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Yves de Kerdrel
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Macron et le nouveau contrat social
par Yves de Kerdrel
Les semaines se suivent et finissent par se ressembler pour le couple éxecutif qui continue de souffrir dans les sondages. Avec 42% de bonnes opinions, dans le dernier baromètre Paris-Match-Ifop-Fiducial, Emmanuel Macron perd quatre places et pointe seulement en douzième position. Affichant 45% d’opinions favorables, Édouard Philippe s’en sort à peine mieux avec sa huitième place (soit cinq rangs de perdus par rapport au mois dernier). À noter parmi les belles percées du mois celle du ministre de l’Économie Bruno Le Maire, qui gagne six places pour atteindre le 11ème rang, juste devant le chef de l’État. De manière surprenante, la maire de Lille Martine Aubry, très en retrait de la vie politique nationale depuis plusieurs années, fait elle aussi un bon remarqué (6 places) et pointe ce mois-ci à la quatième place avec 48% de bonnes opinions.
Toujours selon cette enquête, et dans le cadre de duels de personnalité, 55% des Français préfèrent Emmanuel Macron à François Hollande (36%), 9% d’entre eux préférant ne pas se prononcer. Le rapport de force est sensiblement le même entre le président de la République et Nicolas Sarkozy (54%-38%, 8% des Français ne se prononçant pas). Enfin, le chef de l’État est également préféré par 54% des Français face à Jean-Luc Mélenchon (40%). Comme l’a très bien expliqué Jérome Jaffré dans le Figaro, la semaine passée : on est passé d'un niveau de soutien à l'action du président de plus de 40% des Français à environ dix points de moins, autour de 30. L'expérience, quand on consulte les sondages de popularité des 40 dernières années, indique qu'il est extrêmement difficile d'inverser un tel décrochage. Un palier a été descendu et, sauf circonstances exceptionnelles, il ne se remonte pas facilement et peut même poursuivre sa descente.
UN BON PASSAGE AU CONGRES
C’est de bonne guerre, Emmanuel Macron et son entourage espèrent beaucoup sur une victoire de l’équipe de France en finale de la Coupe du Monde de Football contre la Croatie, afin de voir l’ensemble du pays sombrer dans l’euphorie comme en 1998. Jacques Chirac, et même Lionel Jospin avaient pu, à ce moment là, capitaliser sur cet événement sportif. Surtout de manière à faire oublier les ratés en termes de communication sur la piscine de Brégançon, la vaisselle de l’Elysée, l’usage inconsidéré du falcon présidentiel ou encore quelques petites phrases malheureuses de la part de celui qui se voulait le Président de la « parole rare ». Auparavant il lui faudra réussir un autre challenge : celui d’un tête-à-tête avec Vladimir Poutine à l’occasion de ce déplacement à Moscou et au lendemain du sommet de l’OTAN, où Donald Trump a rappelé son attachement à cet organisation, un peu obsolète, et toute entière construite contre la Russie.
Contrairement à l’an passé, le discours d’Emmanuel Macron au Congrès lundi dernier a été plutôt réussi. Bien sûr le Président s’est livré à un trop passage introspectif qui n’avait pas sa place dans cette enceinte. Bien sûr il a cédé à la pression de certains députés qui s’étonnaient que le débat suivant l’allocution présidentielle ait lieu en son absence. Bien sûr il a également été trop long. Mais au lieu d’un discours de philosophie politique, comme en 2017, il a l’essentiellement axé sur la rénovation du contrat social, la mise à plat d’un état-Providence conçu par le Conseil National de la Résistance, à une époque où il fallait reconstruire le pays et inclure les communistes dans la refondation d’une France meurtrie.
LE MODELE SOCIAL FRANÇAIS ENTERRE
Fini donc l’Etat-Providence sur le modèle de Beveridge, que même Churchill avait repris à son compte. Lundi, devant le Congrès, le président de la République a assuré les parlementaires que l’année 2019 serait marquée par le social. Mais pour Emmanuel Macron, l’État providence doit s’adapter aux enjeux du vingt-et-unième siècle. Le chef de l’Etat a évoqué un nouveau système émancipateur, universel, efficace, responsabilisant, couvrant davantage et protégeant mieux. En tenant ces propos il a enterré le fameux modèle social français que la droite comme la gauche ont toujours valorisé alors que notre taux de chômage est au plus haut, notre taux de pauvreté aussi, de même que le taux d’illettrisme.
Emmanuel a eu raison de dire que des pans entiers de notre population sont trop peu ou trop mal couverts par la Sécurité sociale et que nous sommes aujourd’hui laissés seuls face à des risques majeurs comme celui de la perte d’autonomie ou des retraites incertaines. Alors qu’en France, l’ensemble des dépenses liées à la protection sociale frôle les 800 milliards d’euros par an, c’est-à-dire plus du double du budget de l’État. Mais en parlant d’un nouveau contrat social, Emmanuel Macron tient aussi à redonner de l’air à des organisations syndicales décrédibilisées après le KO de l’automne dernier, le fiasco de la grève perlée de la SNCF, et la nomination de Jean-Claude Mailly comme senior advisor du groupe de conseil de Raymond Soubie.
ROUX DE BEZIEUX MARQUE SON TERRITOIRE
Bien sûr le nouveau Medef, désormais présidé par Geoffroy Roux de Bézieux, va devoir trouver sa place dans cette refondation que souhaite entreprendre le Chef de l’Etat. Puisque les projets de l’Elysée vont naturellement affecter les bases du paritarisme. Le successeur de Pierre Gattaz prend ses marques. Il devrait nommer bientôt une nouvelle directrice de la communication. En attendant Geoffroy Roux de Bézieux a présidé la semaine passée son premier conseil exécutif. A cette occasion, le conseil a procédé au renouvellement de sa gouvernance. Il accueillera comme invités permanents Alexandre Saubot, Yves Dubief (président de l’UIT), Pierre Courbebaisse (président de la FFP) et Frédéric Sanchez (président du Medef International).
Le conseil a désigné à l’unanimité les présidences de sept premières commissions : Patrick Martin pour ce qui est de la formation et de l’éducation, Claude Tendil, pour la protection sociale, Hubert Mongon, pour les relations du travail, Yves Dubief pour la fiscalité, Jacques Chanut pour la croissance et les territoires, Bernard Spitz pour tout ce qui concerne l’Europe où il possède un carnet d’adresses incomparable, et Jean-Luc Monteil pour l’animation du réseau des régions et territoires. Par ailleurs le bureau du Medef est désormais constitué, outre son Président, de Patrick Martin, véritable numéro deux en tant que président-délégué et trésorier, de Marie-Anne Barbat-Layani, directrice générale de la fédération des banques ou de Jean-Luc Bélingard.
CROISSANCE TOUJOURS SOLIDE AUX US
Au chapitre économique, il faut retenir de cette semaine que les Etats-Unis ont connu une croissance solide dans la première moitié de l'année et la Réserve fédérale prévoit toujours de relever ses taux d'intérêt progressivement, ainsi que l’a écrit la Fed dans son rapport semestriel transmis vendredi au Congrès des Etats-Unis. Ce document a été remis en prévision de l'audition du président de la Fed, Jerome Powell, par les parlementaires américains mardi et mercredi. Le contenu de ce rapport de 63 pages est conforme aux perspectives actuelles de la Fed telles qu'elles ressortent de ses réunions de politique monétaire.
Pour la banque centrale américaine, la solide croissance économique et la faiblesse du taux de chômage justifient des hausses de taux mais l'absence de fortes pressions inflationnistes permet d'agir de manière progressive. La Fed juge donc que l'économie américaine continue de profiter du moral élevé des consommateurs et des entreprises, de la progression passée du patrimoine des ménages, de la croissance économique solide à l'étranger et de conditions de financement favorables aux Etats-Unis. Dans ce contexte, la Fed s'attend à ce que de nouvelles hausses progressives de taux soient appropriées alors qu'elle s'efforce de continuer à soutenir un cycle d'expansion économique qui est désormais le deuxième plus long jamais enregistré.
UNE HAUSSE DES TAUX DE LA BCE A L’ETE 2019
Toujours sur le plan monétaire, le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, a déclaré mercredi que la Banque centrale européenne, dont il est membre du conseil des gouverneurs, pourrait commencer à relever ses taux d'intérêt au plus tôt à partir de l'été 2019. Dans un discours prononcé dans le cadre du Forum Paris Europlace, le banquier central a souligné que le rebond de la croissance et de l'inflation en zone euro permettaient à la BCE de mettre en oeuvre sa stratégie de normalisation progressive et prévisible de la politique monétaire. Les achats nets d'actifs devraient prendre fin en décembre ; le premier relèvement des taux d'intérêt pourrait intervenir au plus tôt à partir de l'été 2019 en fonction des perspectives d'inflation, a-t-il déclaré.
La BCE avait auparavant indiqué que les taux d'intérêt ne seraient pas relevés au moins jusqu'à l'été 2019, amenant les investisseurs à se demander si les mois d'été étaient compris dans cette prévision ou pas. François Villeroy de Galhau a également appelé à renforcer l'union monétaire. C’est un sujet qui lui tient très à cœur et qui l’amène à parler régulièrement aux différents patrons des grandes banques françaises. La politique monétaire ne doit pas rester la seule partie à jouer et la zone euro doit se doter d'autres instruments économiques, a indiqué le Gouverneur de la Banque de France avant d’ajouter qu’une Union économique plus forte est une combinaison efficace entre le partage du risque privé - Union bancaire et Union des marchés de capitaux - et le partage du risque public - MES renforcé et budget.
L’ABERRATION BRUXELLOISE POUR ALSTOM
Comme l’on pouvait le redouter, la Commission européenne a annoncé vendredi ouvrir une enquête approfondie sur le projet de rachat d'Alstom par Siemens annoncé en septembre 2017 pour mieux lutter contre le géant chinois CRRC. Le groupe français et l'allemand Siemens ont signé le 23 mars leur accord de rapprochement prévoyant que le nouvel ensemble sera basé et coté à Paris. La Commission explique dans un communiqué qu'elle craint que la concentration ne réduise la concurrence pour la fourniture de plusieurs types de trains et de systèmes de signalisation. Ce qui prouve à quel point elle est complètement déconnectée des enjeux mondiaux où les chinois taillent des croupières aux européens.
Dans une réaction transmise communiquée par Alstom, les deux groupes disent continuer de travailler étroitement avec Bruxelles afin de la convaincre de la logique de leur rapprochement, qu'ils réaffirment vouloir boucler au premier semestre 2019, un report envisagé début juin par rapport au délai initial prévu fin 2018. La Commission, qui a jusqu'au 21 novembre, pour prendre une décision, rappelle que l'ouverture d'une enquête approfondie ne préjuge pas de l'issue de la procédure. Henri Poupart-Lafarge, le PDG d'Alstom qui dirigera le futur Siemens Alstom, s'était montré confiant dans sa capacité à s'entendre avec la Commission européenne pour résoudre les questions de concurrence découlant de son projet de fusion avec le pôle ferroviaire de Siemens. La réalisation de l'opération dépend aussi de l'approbation des actionnaires d'Alstom lors de l'assemblée générale prévue mardi prochain.
ACCOR SORTI DU JEU D’AIR FRANCE
S’agissant du feuilleton d’Air France-KLM, l’entreprise espère boucler son difficile processus de recrutement d'une nouvelle direction dans les prochaines semaines afin qu'elle puisse être opérationnelle en septembre. La présidente non exécutive, Anne-Marie Couderc qui pilote un comité de nomination au sein du conseil d'administration du groupe franco-néerlandais a fait le point sur ce processus de désignation devant les conseils d'administration d'Air France-KLM, Air France et les organisations syndicale. Elle a confirmé que les auditions des candidats se poursuivent activement.
Elle a aussi regretté que des perturbations externes regrettables et négatives pour le Groupe aient ralenti le processus qui était, selon elle, bien avancé mi-juin. Cela vise les interventions plus que maladroites d’Accor qui souhaitait faire main basse sur la participation de l’Etat au sein de la compagnie tricolore. Anne-Marie Couderc a aussi regretté les rumeurs autour de candidatures potentielles dont celle de la PDG de la RATP, Catherine Guillouard, qui n'a jamais été candidate, malgré son expérience du secteur aérien, et n'a donc jamais été intégrée au processus de sélection.
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