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L’Élysée dans la tourmente
par Yves de Kerdrel

Une semaine après la victoire de l’équipe de France de football, devenue championne du monde, Emmanuel Macron peine à en tirer les bénéfices tant les erreurs de communication, les problèmes touchant ses collaborateurs, et le report de nombreuses réformes brouillent le message présidentiel.
22/07/2018 - 07:00 Temps Lecture 15 mn.

Emmanuel Macron a la baraka. C’est un fait. Il se déplace à Moscou pour la demi-finale France-Belgique, quitte à annuler la présentation du plan pauvreté. Et la France gagne le match d’un unique but. Il revient dimanche dernier pour la finale France-Croatie. Et là, non seulement la France remporte le titre de championne du monde, mais les images de sa tournée dans le vestiaire, de sa joie dans les tribunes circulent presque plus que celles des joueurs avec les trophées. Au point que certains mauvais esprits assurent qu’il a confisqué à son profit ce titre de champion du monde.

Les images du retour de l’équipe de France à Paris le lendemain seront du même acabit. Les centaines de milliers de personnes amassées toute la journée sur les Champs Élysées ont à peine aperçu le bus des Bleus qui a dévalé la célèbre avenue en l’espace de douze minutes au lieu d’une heure. Le millier de jeunes et de proches des joueurs attendant dans le jardin de l’Élysée ont eu le droit de les voir dix minutes, avant que toute l’équipe de France ait le droit à une visite privée de l’Élysée avant un cocktail en petit comité servi dans le bureau présidentiel. Tout cela sous les yeux de caméras opportunément placées pour afficher la proximité d’Emmanuel Macron avec ces vainqueurs.

UN ELYSEE-GATE ?

Tout cela est de bonne guerre, surtout lorsque la communication élyséenne patine depuis quelques semaines. Jacques Chirac n’avait pas hésité à faire venir les Bleus de 1998 à la garden-party du 14 juillet. Mais tout cela semblait alors plus naturel. Au point qu’une polémique s’est établie sur cet accaparement. Et que l’entraineur des Bleus a dû intervenir au journal de 20 heures pour assurer qu’il n’avait pas été récupéré par le Chef de l’État. En fait tout cela aurait pu être très normal, et même très bien vécu par les milliers de français qui n’ont fait qu’entrevoir leurs héros, si l’Élysée n’était pas devenu en milieu de semaine le siège d’une sombre affaire.

Le Monde a en effet révélé mercredi soir avant d’en faire sa « Une » le lendemain, qu’un chargé de mission à l’Élysée – a priori adjoint au chef de cabinet du Président de la République – avait participé à la manifestation du 1 er mai dernier coiffé d’un casque de CRS et avait tabassé sans raison deux personnes à terre avant de s’enfuir. La vidéo de ses agissements circule allègrement sur les réseaux sociaux. Mais le scandale vient surtout du fait que l’intéressé a été mis à pied par le directeur de cabinet d’Emmanuel Macron juste après les faits et jusqu’à la mi-mai, tout en gardant son bureau à l’Élysée. Heureusement le parquet a immédiatement ouvert une enquête. Mais cette affaire tombe mal pour Emmanuel Macron dans la mesure où elle entretient une sorte de culture de l’impunité, après l’affaire Ferrand qui n’empêche pas l’intéressé de donner les leçons de morale à tous les parlementaires.

MACRON SUR LA DEFENSIVE

Cela tombe d’autant plus mal que plusieurs rédactions s’apprêtent à publier de nouveaux faits accablants sur les conflits d’intérêt existant entre le deuxième personnage de l’appareil d’état, Alexis Köhler, le secrétaire général de l’Élysée, et le groupe MSC auquel il est lié familialement. De nombreux articles ont déjà été publiés sur ce sujet. Mais il est question cette fois d’éléments nouveaux et graves qui concernent le maire du Palais de l’Élysée. Peut-être Emmanuel Macron continuera-t-il à rester de marbre comme il l’a été jusqu’à présent à chaque fois qu’un de ses proches a été attaqué ? Il reste qu’en ajoutant à cela les tensions entre le cabinet du Chef de l’État et son porte-parole, Bruno Roger-Petit, l’ambiance commence à devenir délétère au Château.

La semaine passée a été, malgré tout, également marquée par un sommet social où étaient présents les représentants de l’ensemble des organisations syndicales et ceux du patronat. Le but était pour Emmanuel Macron de les assurer que les prochaines réformes se feraient davantage en concertation avec eux. A commencer par celle de l’assurance-chômage qui inquiète largement le Medef. Ce devrait être le point d’orgue de la rentrée de septembre et le Chef de l’État ne veut pas d’une réforme a minima, mais d’une large réforme qui tienne compte de la formation comme du statut des contrats courts. Il n’a pas abandonné l’idée d’un système de bonus-malus, largement défendue par le Prix Nobel d’économie Jean Tirole.

L’INTOUCHABLE DEPENSE PUBLIQUE

L’autre événement de la rentrée devrait être le plan Pauvreté, initialement prévu pour ce début juillet. Mais au sommet de l’état on ne cache pas que pour le moment, il n’y a pas de mesures structurantes dans ce plan. Et les grandes associations caritatives qui ont été sondées par les conseillers techniques sont revenues très déçues par le manque d’ambition de ce Plan. A coté de cela, Matignon et Bercy travaillent sur le cadrage budgétaire. Mais là encore, il faut s’attendre à voir la dépense publique rester en l’état, faute de volonté. Pourtant les 44 experts du comité Cap 22 ont recensé une vingtaine de mesures faciles à adopter et permettant d’économiser une trentaine de milliards d’euros. Même la publication de leur rapport a été interdite par le Premier Ministre.

Il reste qu’à droite, c’est toujours le désert. Laurent Wauquiez, qui a déjeuné avec Nicolas Sarkozy, à l’occasion d’une étape du Tour de France s’est fait expliquer par l’ancien Président qu’il devrait prendre la tête de liste LR pour les européennes. Ce qui n’est pas du tout son intention, sachant bien qu’il n’y a que des coups à prendre. D’autant que le discours des Républicains sur l’Europe n’est pas construit. De leur côté les centristes d’Agir, menés par Franck Riester, prépareraient la constitution de leur propre liste, quitte à être absorbés ensuite par En Marche, mais avec de bonnes places en situation d’être élues.

DIX ANS APRES LA GRANDE CRISE…

Au chapitre économique il faut souligner la multiplication des notes appelant à se méfier d’une surévaluation des marchés. Par ailleurs les trois hommes qui ont joué un rôle central dans la réponse américaine à la crise financière de 2008 ont exprimé cette semaine leur inquiétude sur le fait que l’empire américain puisse oublier les leçons tirées de la crise. Les anciens secrétaires du Trésor, Henry Paulson et Timothy Geithner, et l'ancien président de la Réserve fédérale Ben Bernanke ont participé à une table ronde pour marquer le 10e anniversaire de la crise financière de 2008. Paulson était à la tête du Trésor lorsque la crise a éclaté en 2008, Geithner était à la tête de la Fed de New York pendant la crise puis a pris la direction du Trésor sous Obama, et Ben Bernanke a été président de la Réserve fédérale pendant toute la crise.

"Il est important que les gens se concentrent sur les leçons. Nous ne sommes pas sûrs que tous les gens se souviennent de tout ce dont ils ont besoin de se souvenir", a déclaré Paulson. Cette phrase est à mettre en regard du fait que l'administration Trump a été le fer de lance d'un assouplissement de Dodd-Frank, la loi adoptée après la crise financière pour resserrer les échappatoires réglementaires financières. La loi de 2010 a été conçue pour rendre le système financier américain plus stable et éviter une autre crise. Ces règles imposent que les banques ayant des actifs de plus de 50 milliards de dollars soient considérées comme importantes sur le plan systémique, de sorte qu'elles sont assujetties à des restrictions plus strictes. En mars, le Congrès a voté pour porter cette limite à 250 milliards de dollars, se plaignant que la limite inférieure avait restreint les prêts. Mais Paulson, Geithner et Bernanke ont averti que le relâchement de cette législation pourrait mettre en danger l'économie.

TRUMP S’ENERVE CONTRE UN DOLLAR FORT

Nous laissons le système financier dépasser les protections que nous avons mises en place et nous rendons le système très fragile et vulnérable à la panique, a déclaré Geithner. Le trio a également exprimé son inquiétude face à l'important déficit budgétaire aux Etats-Unis et à l'accumulation de la dette, qui devrait atteindre 33 billions de dollars en 2028. Combinée avec ce qu'ils appellent le système politique dysfonctionnel des Etats-Unis, une nouvelle crise financière devrait frapper assez rapidement, selon leurs déclarations.

En attendant Donald Trump s’est vivement préoccupé du dollar qu’il juge trop fort. Par ailleurs, s'agissant des taux d'intérêt, le président américain a affirmé avoir mis un homme très bien à la tête de la Fed, en l'occurrence Jérôme Powell, mais il s'est dit préoccupé par le fait que les relèvements de taux aux Etats-Unis puissent désavantager le pays puisque la Banque du Japon et la Banque centrale européenne ont conservé des politiques monétaires très accommodantes. Ce n'est pas la première fois que Donald Trump se départit de l'usage bien établi voulant que les présidents américains ne s'expriment pas sur la politique de la banque centrale et la valeur du dollar.

UN BEAU SALON de FARNBOROUGH

En matière de business, il faut souligner l’annonce faite par l'équipementier Plastic Omnium d’avoir signé une option de vente de sa filiale Plastic Omnium Environment BV au consortium Latour Capital/Bpifrance. Le closing de l'opération devrait intervenir d'ici à la fin de l'année 2018. Plastic Omnium affirme ainsi sa volonté de concentrer tous ses moyens humains et financiers sur le développement de ses activités automobiles. Lors de la publication de son chiffre d'affaires du premier trimestre 2018, Plastic Omnium avait indiqué que son pôle environnement, qui fabrique notamment les poubelles équipant les immeubles, avait vu son activité reculer de 4,3% à changes et périmètre constants sur cette période.

Boeing a crié victoire jeudi après avoir dépassé Airbus sur le nombre de commandes lors du salon de Farnborough durant lequel les premier avionneurs mondiaux ont réalisé une performance à peu près comparable à celle de l'an dernier, soit 900 commandes fermes ou provisoires à peu près engrangées avec l'aide des loueurs. Boeing, le premier avionneur mondial, a dit avoir récolté 528 commandes et engagements lors du salon, tandis qu'Airbus a fait état de 431 commandes nouvelles, soit 371 sur une base comparable en faisant abstraction des CSeries de Bombardier nouvellement acquis. De son côté, CFM International, coentreprise de Safran et General Electric, a annoncé jeudi avoir engrangé des commandes et engagements portant au total sur 858 moteurs LEAP et CFM56, lors du salon aéronautique de Farnborough. Ces commandes et engagements, ainsi que des accords de services à long terme, représentent un montant de 15,7 milliards de dollars.

Enfin l'opérateur télécoms Iliad a annoncé mercredi qu'Iliad Italie avait franchi le cap du million d'abonnés mobiles, 50 jours après le lancement de son forfait. De fait, fort du succès de ce lancement, Iliad Italie a décidé d'étendre son offre commerciale au prix de 5,99 euros par mois aux 200.000 prochains abonnés. A la fin mai, le groupe avait dévoilé un forfait unique à 5,99 euros par mois en Italie, sans engagement et garanti à vie, comprenant les appels et sms illimités et 30 gigabits de connexion de données en 4G+. Ce forfait comprend également les appels et sms illimités en Europe ainsi que les appels illimités vers 60 destinations internationales. Avec cette offre, le groupe entend bousculer le marché mobile italien, notamment Vodafone et Telecom Italia. En devenant le quatrième opérateur de réseau mobile en Italie, le groupe marque une étape importante de son développement en s'ouvrant un marché d'environ 16 milliards d'euros.

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