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Yves de Kerdrel
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Et maintenant l’affaire Köhler…
par Yves de Kerdrel
Depuis une dizaine de jours maintenant et pour une semaine encore, les Macron ont investi le Fort de Brégançon où ils passent des vacances très discrètes. Puisqu’ils ne se sont livrés, jusqu’ici, qu’à un seul bain de foule. Un drone, sans doute télécommandé par un paparazzi a tenté de survoler la demeure présidentielle. Mais selon nos informations, il n’a pas été abattu par le service de sécurité. Le système de brouillage électronique destiné à permettre au président de la République de vivre « sous cloche », notamment pour ses communications téléphoniques, aurait eu raison de lui et l’aurait envoyé dans la mer.
Après avoir reçu Theresa May, le premier jour de son installation dans cette résidence secondaire des Chefs d’État, il a également eu Vladimir Poutine au téléphone de même que Donald Trump, au sujet de la question iranienne. Car c’est mardi dernier que les Etats-Unis ont officiellement quitté l’accord sur le nucléaire iranien, juste après que cinq avions ATR aient pu être livrés à la république islamique. Et la tension est à son maximum à Téhéran. Tension géopolitique, car les « perses » ne supportent pas de voir les américains jouer le jeu des sunnites saoudiens contre les chiites iraniens. Tension économique car, de fait, la rupture de cet accord va empêcher un grand nombre d’entreprises occidentales de s’installer en Iran. Avec à la clé un grand risque de récession économique.
Köhler rattrapé par le port du Havre
Tension géographique et militaire enfin, car personne ne peut exclure que les iraniens bloquent le détroit d’Ormuz, par lequel transitent les pétroliers sortant du golfe persique. C’est la raison pour laquelle le prix du brent est reparti vivement à la hausse en fin de semaine. Mais cela peut laisser de marbre Donald Trump dans la mesure où les Etats-Unis sont désormais auto-suffisants en brut, dans la mesure où la hausse des prix du pétrole satisfait l’électorat républicain du Texas qui a voté Trump, et dans la mesure où cette hausse du baril, qui ne va pas s’arrêter là, va faire redémarrer l’exploration et l’exploitation de gaz de schistes, si chers au Président américain.
Dans la torpeur estivale de la semaine écoulée un seul point noir est venu chagriner le Chef de l’Etat et son entourage. Ce sont les nouvelles révélations concernant les nombreux conflits d’intérêt d’Alexis Köhler, que nous avions été les premiers à laisser envisager il y a deux semaines, en plein cœur de l’affaire Benalla. Il s’agit d’une série de documents publiés par Médiapart, et notamment de simples procès-verbaux du Port du Havre, dont l’actuel Secrétaire général de l’Élysée était administrateur en sa qualité de responsable de l’Agence des Participations de l’État. Il y côtoyait Édouard Philippe. Et à trois reprises, on découvre que celui qui est maintenant le « maire du Palais » de l’Élysée a contrevenu les règles administratives et déontologiques pour favoriser l’armateur MSC qui appartient à sa belle-famille et dont il a été par la suite directeur financier. Il a même réussi à faire adopter une mesure en faveur de MSC contre l’avis des commissaires du gouvernement qui incarnent l’intérêt général.
L’embarras du parquet national financier
Certes, il n’y a pas mort d’homme. Certes, l’affaire est moins médiatique que le dossier scabreux de Monsieur Benalla. Mais cela a poussé l’association Anticor à déposer une seconde plainte auprès du parquet national financier. Cela a montré la connivence de la macronie avec la Presse, car en dehors du magazine Le Point, aucun grand titre ne s’est intéressé à cette affaire, qui est très grave en droit. Enfin cela place la présidente du Parquet National Financier, Eliane Houlette, dans une situation très difficile, dans la mesure où saisie d’une première plainte, elle aurait dû diligenter une investigation auprès du Port du Havre. Ce qui n’a pas été fait. Alors que dans l’affaire Fillon, elle avait su montrer une plus grande réactivité.
Il reste que si ce dossier prospère, la rentrée risque d’être difficile pour Emmanuel Macron. D’abord parce qu’Alexis Köhler demeure son collaborateur le plus fidèle, le plus travailleur et le plus respecté des grands patrons comme des hauts fonctionnaires. Ensuite parce que de nouvelles révélations sont attendues dans l’affaire Benalla, comme par exemple l’obtention d’un passeport diplomatique, après son licenciement…. Enfin parce que la réforme constitutionnelle qui devait être le point d’orgue de la rentrée parlementaire semble être reportée sine die, faute d’un accord des sénateurs, et d’une forte tension au Parlement, y compris avec François de Rugy, le patron de l’Assemblée Nationale.
Rentrées en désordre à droite
On en saura sans doute plus, soit le mercredi 22 août, soit le 29 août, date des deux premiers conseils des ministres de rentrée. L’un de ces conseils sera suivi d’un séminaire intergouvernemental. Par ailleurs l’opinion publique attend des nouvelles d’une réorganisation des services internes de l’Élysée. C’est… Alexis Köhler qui est chargé de ce travail. En principe, à côté du cabinet et des fonctions politiques serait créé un poste de directeur général des services qui jouerait le rôle d’un directeur des ressources humaines. Toute la question est de savoir si dans deux ou trois semaines, surtout s’il y a d’autres révélations, le secrétaire général de l’Élysée ne sera pas trop « démonétisé » pour accomplir ce travail qui demandera une grande rectitude.
A droite on prépare les rentrées politiques. Valérie Pécresse entend réunir à Brive le 24 août tout ce que la droite compte de libéraux et d’européens. Laurent Wauquiez va essayer de montrer qu’il compte encore de nombreux soutiens, en faisant sa traditionnelle ascension du Mont Mezenc deux jours plus tard. Mais la rentrée risque d’être difficile pour lui, compte tenu de la forte baisse du nombre des adhérents aux Républicains depuis le début de l’année. Celui qui reste attentif à tout cela est bien sûr Nicolas Sarkozy… qui aura, pour sa part à gérer de nouvelles échéances judiciaires dés la rentrée. Concernant notamment l’annulation de sa mise en examen.
Emploi salarié décevant pour la France
Au chapitre économique, encore une nouvelle décevante concernant l’économie française puisque la croissance de l'emploi salarié en France, hors Mayotte, s'est établie à +0,2% dans le secteur privé au deuxième trimestre comme au cours des trois premiers mois de l'année, avec 31.000 emplois créés, selon l'estimation "flash" publiée vendredi par l'Insee. Même si elle reste modérée et marque une nette décélération par rapport à la hausse de 0,6% observée au quatrième trimestre 2017, cette nouvelle progression permet à l'économie française de se maintenir en situation de créations nettes d'emploi dans le secteur privé pour le treizième trimestre consécutif, soit depuis le printemps 2015. L'Insee a revu en légère baisse le nombre d'emplois créés au premier trimestre, à 46.000 contre 47.700 précédemment, sans que cela ne modifie le rythme de progression de l'emploi salarié privé sur la période, qui a été confirmé à +0,2%.
Sur les douze mois à fin juin, les créations nettes d'emploi salarié dans le secteur privé ont atteint 241.100 - soit une progression de 1,3% - un chiffre en retrait par rapport à celui de fin mars (300.700) et surtout celui de fin décembre 2017 (354.300). Hors intérim, la hausse s'avère comparable, avec une progression de 0,2% sur le trimestre (soit 29.900 créations d'emploi) et une hausse de 1,0% sur un an (avec un total de 186.500 emplois créés). Globalement, à fin juin, le nombre total d'emplois salariés dans le secteur privé atteignait 19,41 millions, contre 19,17 millions un an plus tôt. Au deuxième trimestre, l'emploi salarié privé a continué de croître dans les services marchands, enregistrant une hausse de 0,2%, soit 29.600 emplois créés, ce qui marque un léger ralentissement par rapport au premier trimestre, qui avait connu une progression de 0,3% avec 36.900 emplois créés.
Rebond de la production industrielle
Non seulement l’économie française tourne moins vite que prévu, mais elle crée moins d’emplois nouveaux que prévu et même que ce qui était constaté en 2015 sous François Hollande. La seule consolation provient de la production industrielle qui s'est redressée en juin, a annoncé vendredi l'Institut national de la statistique et des études économiques. La production manufacturière a rebondi de 0,6% en juin par rapport au mois précédent, après un recul de 0,5% en mai (révisé depuis l'estimation initiale de -0,6%). Dans l'ensemble de l'industrie, la production a augmenté de 0,6% également en juin, après une baisse de 0,2% en mai. Les économistes interrogés par Dow Jones prévoyaient un rebond de 0,6% de la production industrielle en juin.
Sur les marchés, on a enregistré un léger mouvement de panique lié à la dégringolade de la livre turque. Celle-ci a touché un nouveau plus bas record face au dollar au lendemain d'une rencontre apparemment infructueuse entre une délégation turque et le secrétaire d'État américain Mike Pompeo sur le sort du pasteur Andrew Brunson, accusé de terrorisme par Ankara et actuellement placé en résidence surveillée. Les relations entre la Turquie, membre de l'Otan, et Washington se sont détériorées en raison de l'emprisonnement du pasteur évangéliste américain et de leurs divergences sur le conflit en Syrie.
Casino à nouveau attaqué dans des volumes faibles
Du côté du business, c’est le calme plat, même si certains évoquent une très grosse opération de fusion transeuropéenne au mois de septembre. Les volumes de transactions se sont raréfiés. Ce qui entraîne des amplitudes inexpliquées. L’action Casino a été, la victime de ce phénomène et a même touché un nouveau plus bas après l'abaissement de la recommandation de Bernstein sur le titre, l'intermédiaire ayant réduit sa valorisation pour prendre en compte l'impact financier des accords de franchise en France. Le distributeur a contesté, dans un communiqué, les calculs de Bernstein qui avait abaissé sa recommandation sur la valeur à "sous-performance" contre "performance de marché" et réduit son objectif de cours de 26% pour le ramener de 35 à 26 euros.
Casino a répondu dans un communiqué n'avoir aucune obligation de racheter les magasins transférés aux franchisés, dont il dit qu'ils sont au coeur de sa stratégie, en particulier pour les enseignes Franprix et Leader Price. Dans le scénario très improbable où tous les magasins transférés devraient être fermés simultanément, le coût exceptionnel pour le groupe serait limité à environ 50 millions d'euros, écrit la société. Bernstein s’est dit en outre préoccupé par l'impact potentiel de cette réévaluation sur le refinancement à venir d'une partie de la dette du groupe, les actions Casino servant de collatéral. De son côté le groupe a confirmé son engagement de réduire sa dette financière nette en France d'au moins un milliard d'euros en 2018, ce qui inclut tous les éléments liés aux transactions avec les franchisés.
Morgan Stanley fait grimper Renault
En matière de rumeurs boursières, on a appris cette semaine qu’Engie, dont le cours est presque à son plus bas historique, avec une capitalisation boursière de 31 milliards d’euros voyait sa filiale brésilienne examiner l'intérêt d'une offre sur la société de production d'électricité Companhia Energética de Sao Paulo (CESP). Une porte-parole d'Engie a confirmé à Dow Jones que l'entreprise passait CESP en revue, dans le cadre des examens réguliers que mène l'entreprise sur des actifs susceptibles de compléter utilement son portefeuille.
A noter enfin la très belle contre-performance à la hausse dans un marché baissier de Renault. Il faut dire que Morgan Stanley a relevé son conseil de neutre à surpondérer, au motif d'une valorisation anormalement basse. Le courtier américain note qu'hors Nissan, le coeur d'activité dans l'automobile (déduction faite des liquidités et des capitaux de RCI) est aujourd'hui valorisé négativement par le marché. Alors que les investisseurs continuent à valoriser PSA en extrapolant à l'avenir le niveau exceptionnel de rendement dégagé actuellement, ils n'accordent à Renault aucun crédit quant à l'atteinte des objectifs de son plan 2022, note Morgan Stanley, alors qu'au contraire de ses pairs, le plan stratégique du groupe ne repose pas sur une poursuite de l'expansion du marché européen. Le cours de Renault équivaut à une option gratuite sur la progression des résultats, résume – très justement - la banque américaine.
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