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Où est donc passée la croissance ?
par Yves de Kerdrel

Toute l’actualité de la semaine a été marquée par l’affaire Benalla et les possibles dysfonctionnements de la machine élyséenne. D’autant plus qu’Emmanuel Macron s’est montré maladroit dans ses réponses. Mais le vrai problème, c’est la croissance qui traverse un vrai trou d’air.
29/07/2018 - 07:00 Temps Lecture 17 mn.

Depuis une dizaine de jours l’actualité politique n’existe plus qu’à travers l’affaire Benalla. Du nom de cet ancien adjoint au chef de cabinet d’Emmanuel Macron, chargé de la protection du Président à l’occasion de ses déplacements privés et de l’organisation des grands évènements de la Présidence. Depuis que le journal Le Monde a révélé que ce garçon de 26 ans, qui bénéficiait de privilèges certains rue du Faubourg Saint-Honoré, s’est invité à la manifestation du 1 er mai dernier et a été filmé en train de tabasser un couple de touristes, qui n’avaient rien à voir avec des casseurs, l’opposition se déchaine sur cette « affaire d’état » qui a mis une dizaine de semaines avant d’être révélée.

Les deux commissions des lois de l’Assemblée Nationale et du Sénat se sont aussitôt transformées en commissions d’enquêtes, où ont été auditionnés le Ministre de l’Intérieur, empêtré dans ses contradictions, le Préfet de Police de Paris, droit dans ses bottes, le directeur de cabinet d’Emmanuel Macron, qui a dû avouer que le fameux Benalla n’avait fait l’objet d’aucune sanction pécuniaire contrairement à ce qui avait été dit, y compris par Emmanuel Macron. Bref la tournure de ces commissions d’enquête commençait à sentir le souffre. C’est ce qui a décidé le Chef de l’État à sortir de son silence prudent en expliquant devant les parlementaires de son parti que le seul responsable était lui et qu’on n’avait donc qu’à venir le chercher.

UNE OMBRE SUR LA REPUBLIQUE IRREPROCHABLE

Au moment où un sondage Elabe réalisé pour BFM TV révélait que 80 % des français avaient été choqués par cette affaire : s’exprimer devant son seul camp pour invoquer l’immunité présidentielle pouvait apparaître comme une véritable provocation. D’autant plus que depuis mardi soir de nouvelles révélations ont montré que Alexandre Benalla n’avait pas été rétrogradé et qu’il continuait d’afficher une grande proximité avec le couple présidentiel. Cette affaire n’est pas glorieuse. La présidente de la Commission des Lois de l’assemblée nationale qui s’était illustrée l’année dernière en ne faisant pas la différence entre une loi et un décret, n’a pas brillé par son élégance républicaine en refusant à son co-rapporteur, le pourtant très courtois Guillaume Larrivé, l’audition de personnalités proches du Chef de l’État.

Il n’en reste pas moins que cela n’empêche pas le pays de tourner. Et après une virée dans le sud de la France, où il a été tout de même obligé de surseoir à sa venue sur le Tour de France, Emmanuel Macron s’est rendu à Madrid puis à Lisbonne. Comme si rien ne s’était passé. De sa part, c’était sans doute la meilleure démarche à suivre. A condition de s’être expliqué devant les français auparavant. Le fait d’avoir refuser de s’expliquer sur les avantages léonins réservés à l’un de ses très proches collaborateurs, laisse planer un doute sur la république irréprochable qu’Emmanuel Macron voulait assumer. Cela ouvre aussi la porte à une litanie de nouvelles révélations. D’autant que les institutions policières, qui ont été mises à mal, dans cette affaire, ont bien envie de prendre leur revanche et de ne pas en rester là.

D’AUTRES AFFAIRES A VENIR ?

Curieusement, Les Républicains ont été relativement absents des attaques contre le pouvoir, à l’exception de Christian Jacob qui défendra mardi une motion de censure contre le gouvernement, et de Guillaume Larrivé, qui a parfaitement joué son rôle sans jamais se départir de sa courtoisie républicaine. Laurent Wauquiez, une fois encore a été totalement absent. Certes, il n’est pas parlementaire. Mais il se proclame comme le chef de l’opposition. Et malgré cela il est resté silencieux, laissant Marine Le Pen occuper ce vide, ainsi que les députés de la France Insoumise, et même ceux du Parti Socialiste. La motion de censure de ce mardi n’a guère de chance d’être votée, mais elle va permettre aux oppositions à Emmanuel Macron de se remotiver avant les vacances et de donner un sentiment d’inachevé à cette sordide affaire.

Selon les informations de WanSquare, le Palais de l’Élysée a été extrêmement secoué par cette affaire. Un certain nombre de conseillers officieux rasent les murs. Les broyeuses ont fonctionné avant que la justice vienne perquisitionner au Château. Surtout Emmanuel Macron n’ignore rien du fait que la prochaine victime de la presse, c’est Alexis Köhler, son plus proche collaborateur, dont les nombreux conflits d’intérêt sont actuellement dans les mains du Parquet National Financier. Le Chef de l’état a montré sa fébrilité et sa maladresse dans l’affaire Benalla. On n’ose imaginer ce que ce serait si le secrétaire générale de la Présidence de la République venait à être mis en cause, par la justice ou par des révélations de presse.

UNE IMPOPULARITE GENANTE POUR LES REFORMES

Dans le baromètre mensuel de juillet réalisé par l’institut de sondage Ipsos pour le magazine le Point, Emmanuel Macron poursuit sa chute dans l'opinion (-4%). Il a atteint son niveau le plus bas depuis mai 2017, date de son élection. Publiée ce mardi 24 juillet, l'étude a été effectuée auprès de 999 personnes les 20 et 21 juillet, soit juste après les révélations de l’affaire Benalla. Et celle-ci semble ternir la popularité du président. En un mois, le chef de l’État a perdu 4 points d’opinions favorables, atteignant seulement 32% d’avis positifs. Le chiffre est le même pour le Premier ministre, Édouard Philippe. Le baromètre mensuel révèle que 60% des sondés ont une opinion défavorable du président, c’est un point de plus que le mois dernier. Ce chiffre n’était jamais monté aussi haut. Concernant Édouard Philippe, 56% des sondés ont affirmé avoir une opinion défavorable. Le président et son Premier ministre n'ont jamais été aussi bas dans les sondages depuis l'arrivée à l'Élysée d'Emmanuel Macron, en mai 2017.

Si cette impopularité croissante se concrétise au cours de l’été, par la révélation de telle ou telle affaire, cela signifie qu’Emmanuel Macron sera en très mauvaise posture à la rentrée pour affronter un calendrier de réformes qu’il a lui-même très largement rempli. A commencer par celle de l’assurance-chômage. Chacun sait que pour effectuer des réformes complexes, il faut pouvoir bénéficier d’un capital politique important. Ce qui était encore le cas avec la SNCF, mais qui ne l’est déjà plus aujourd’hui et qui reste difficile à percevoir pour la rentrée.

L’OBJECTIF DE CROISSANCE NE SERA PAS ATTEINT

Au chapitre économique, l’actualité principale, c’est l’évanouissement complet de la croissance en France. Celle-ci est, en effet, restée très poussive au deuxième trimestre, pénalisée par la faiblesse d'une consommation des ménages affectée par les grèves dans les transports, et l'accélération attendue par les économistes au deuxième semestre ne devrait pas suffire pour atteindre l'objectif gouvernemental d'une croissance de 2% sur l'année. L'Insee a fait état dans sa première estimation publiée vendredi d'une hausse de 0,2% du produit intérieur brut sur la période avril-juin, alors qu'après la hausse de 0,2% du premier trimestre, la plus faible enregistrée depuis l'été 2016, les économistes interrogés par Reuters tablaient en moyenne sur un léger mieux (+0,3%), tout comme l'Insee et la Banque de France.

L'acquis de croissance pour 2018, à savoir l'évolution du PIB si l'activité stagnait au cours des deux prochains trimestres, se situait à 1,3% au 30 juin. A ce niveau, l'objectif de 2% retenu par le gouvernement dans le programme de stabilité des finances publiques remis en avril à la Commission européenne sera très difficile à atteindre, l'Insee tablant pour sa part sur une croissance limitée à 1,7% dans sa première prévision publiée en juin. Pour atteindre la croissance de 1,7%, objectif de la loi de finances (pour 2018), il faudrait 0,55% par trimestre au T3 et au T4. Pour 2% il faudrait 1% par trimestre alors n’y pensons pas, observe dans une note Philippe Waechter, chef économiste d'Ostrum Asset management.

L’EFFET FEUILLE DE PAIE

Les trois mois à fin juin ont été marqués notamment par les grèves à la SNCF et Air France, dont l'Insee estimait avant l'été qu'elles auraient un impact négatif de 0,1 point de PIB au plus. L'institut souligne vendredi que ces conflits ont pénalisé la consommation des ménages en services, qui ont tout juste progressé de 0,1% contre de l'ordre de 0,5% en temps normal, leurs dépenses de transport reculant de 3,2%. Dans le même temps, la consommation des Français en biens a reculé de 0,3% en raison de la faiblesse des dépenses en énergie, liée aux températures supérieures à la normale, et en biens alimentaires. Au bout du compte, la consommation totale des ménages, traditionnel moteur de l'économie française, accuse une rare baisse (-0,1% après +0,2% au 1er trimestre), la première depuis le troisième trimestre 2016.

Le plus inquiétant dans tous ces chiffres – et le moins surprenant aussi – réside dans la très faible consommation des ménages. Cela montre qu’il existe bel et bien depuis la hausse de la CSG, un problème « feuille de paie » en France. Problème qui va se trouver amplifié par la mise en place du prélèvement à la source. Certains très proches du Chef de l’État, et anciens de la Commission Attali, ont tenté, encore récemment de le pousser à surseoir cette réforme. Mais il semble rester droit dans ses bottes, en dépit de l’effet désastreux que cela aura sur l’opinion et sur la croissance.

LES ETATS-UNIS EN PLEINE SANTE

Aux Etats-Unis, la situation est exactement inverse. L'économie américaine a, en effet, connu au deuxième trimestre sa plus forte croissance en près de quatre ans, portée par le dynamisme de la consommation des ménages et l'accélération des exportations de soja vers la Chine avant l'entrée en vigueur de droits de douane début juillet. Le produit intérieur brut des Etats-Unis a progressé de 4,1% en rythme annualisé sur la période avril-juin, selon la première estimation du département du Commerce publiée vendredi. Il s'agit de sa meilleure performance depuis le troisième trimestre 2014. La croissance du premier trimestre a été révisée en hausse de 0,2 point à 2,2%. La hausse de 4,1% en rythme annualisé est conforme aux attentes des économistes. Elle s'est établie à 3,1% sur les six premiers mois de l'année, en bonne voie pour atteindre l'objectif d'une croissance de 3% l'an affiché par l'administration Trump.

Avant même la publication des chiffres, le président américain et certains de ses conseillers économiques avaient crié victoire. Donald Trump a ainsi déclaré dans la semaine sur Twitter que les Etats-Unis avaient "les meilleurs chiffres financiers de la planète." Malgré tout, une enquête réalisée auprès des principaux économistes par Reuters et publiée la semaine passée montre qu'ils s'attendent à un ralentissement sensible de la croissance à l'avenir. Ils estiment que les tarifs douaniers vont peser sur la consommation des ménages en renchérissant les biens importés et sur l'investissement des entreprises en fragilisant les débouchés à l'export.

UNE BULLE DE PRIVATE EQUITY ?

Du côté du business, la semaine a été marquée par de très nombreuses publications de résultats, en grande majorité, très favorables. Bien sûr pour les groupes de luxe comme LVMH, Kering ou Hermès qui ont battu des records dans des proportions incroyables. Mais l’événement de la semaine réside sans nul doute dans les excellents résultats de PSA-Peugeot-Citroën qui a réussi à rendre Opel-Vauxhall rentable, un an seulement après l’avoir acquis à General Motors. L’action du constructeur automobile s’est, de fait, envolée. Et ces résultats montrent la pertinence des choix et de la gestion menée par Carlos Tavarès.

Comme l’a souligné une remarquable étude réalisée par d’Angelin & Co, l'activité de Private Equity est restée forte depuis le début de l’année, notamment en Amérique du Nord et en Europe, tandis que l'Asie a connu une certaine baisse d'activité suite au pic du troisième trimestre 2017. La valeur globale des transactions a atteint 118 milliards au deuxième semestre. Les opérations deviennent plus importantes et plus audacieuses, comme en témoigne la récente transaction Blackstone - Thomson Reuters de 17 milliards de dollars. Il faut s’attendre à ce que l'activité dans cette industrie continue à être forte, d’autant plus que les fonds ont la quantité la plus élevée de cash jamais enregistrée (1.071 milliards de dollars à la fin juin). Le bémol réside dans le fait que les opérations de LBO aux États-Unis sont actuellement de l'ordre de 6 fois l'effet de levier. De fait, l'offre persistante d'une dette bon marché combinée à des valorisations toujours croissantes, conduit à des niveaux d'endettement inquiétants depuis 2007. Par ailleurs : 75 % des prêts à effet de levier américains en circulation et récemment émis sont «covenant-lite». C’est à dire qu’ils comportent peu de références ou de restrictions pour les émetteurs.

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