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Régulation / Concurrence / mifid

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MiFID II : la guerre des prix pour les analystes financiers

La directive européenne MiFID II a introduit des changements forts. Parmi eux, un tout nouveau cadre de rémunération à l’analyse financière. Les premiers effets se font sentir et ne sont pas au goût de tous.
Droit - justice - avocat - code - régulation
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Depuis le 3 janvier dernier, date de l’entrée en vigueur de la directive européenne MiFID II, les notes de recherche des analystes financiers sont payantes. Au nom d’une transparence optimale, l’Autorité européenne de régulation des marchés, l’Esma, avait alors tranché : les frais d’exécution (ou de courtage) et les frais de recherche doivent être séparés. Avant l’instauration de MiFID II, les gestionnaires d’actifs incluaient le coût de la recherche dans les commissions chargées au client. Désormais, il doit être à leur charge.

Car d’après le gendarme boursier européen, la société de gestion retire un bénéfice des recherches engagées, autre que pour son client, et doit en payer le prix. D’autre part, ce changement a été conçu pour freiner les incitations des banques et courtiers à fournir gratuitement des analyses financières comme moyen d’attirer des gestionnaires de fonds. 

La manière d’affecter ces nouveaux coûts reste toutefois à la discrétion du gestionnaire d’actifs. Partant de là, les sociétés de gestion ont plusieurs choix : absorber les coûts de recherche, les répercuter sur la clientèle, ou enfin diminuer l’appel à la recherche. Et dans tous les cas, il y a des perdants. Que ce soit la société de gestion elle-même qui l’impute sur son compte de résultat, le client qui paye plus cher pour un service équivalent à l’avant-MiFID II ou la profession toute entière d’analystes financiers, qui voit baisser les commandes.

Alors, huit mois après l’instauration de cette recommandation, comment les sociétés de gestion ont-elles répercuté ces nouveaux frais de recherche ? Si la plupart d’entre elles ont choisi de prendre à leur charge ces nouveaux coûts, c’est au détriment de l’ensemble de la profession des analystes financiers. Selon le Financial Times, "cette décision a incité les grandes banques d’investissement à réduire les prix qu’elles facturent aux analystes dans le but de préserver leur part de marché". En grande partie, la déflation massive des services d’analyste financier s’est réalisée sur les petits fournisseurs indépendants, "qui dépendent largement des revenus de la recherche pour survivre". Un rapport de force déséquilibré qui, d’après les données obtenues par Euro IRP (l’association européenne des prestataires de recherche indépendants) a permis aux sociétés de gestion de l’UE de conserver en moyenne des revenus annuels à 10.000 dollars – contre 6.000 ou 7.000 dollars avant l’intronisation de MiFID II.  

D’après l'étude, 21% des fournisseurs indépendants d’analyse financière interrogés déclarent avoir touchés des revenus inférieurs cette année et 70% disent percevoir des revenus stables. Dans une note écrite au mois d’avril dernier, les membres d’Europ IRP partageaient déjà leurs craintes majeures pour la profession : "Le secteur indépendant éprouve des turbulences à court terme. Le marché actuel de la recherche sous MiFID II ne fonctionne pas efficacement, cela pourrait se faire au détriment de l’investisseur final". Autrement dit, la mesure prise par l’Esma aurait l’effet complètement inverse à celui escompté.

Pourtant, ces inquiétudes à l’égard de la profession d’analystes financiers sont à nuancer. D’après le Financial Times, 60% des fournisseurs spécialisés prévoient une augmentation des prix de la recherche sur les cinq prochaines années. D’abord, il est probable qu’une majeure partie de réduction des coûts ait déjà été effectuée. Et puisqu’il est difficile d’effectuer des transactions sur les marchés de capitaux sans de précieux analystes, il se pourrait que la directive MiFID ait simplement permis d’éliminer la surcapacité du secteur et promette un bel avenir à ceux qui ont conservé leur emploi.

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