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Yves de Kerdrel

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Une rentrée plus complexe que prévu
par Yves de Kerdrel

La rentrée gouvernementale – qui sera actée par un séminaire mercredi prochain – s’annonce bien plus difficile que ce qui était prévu. En ce qui concerne les arbitrages budgétaires, les décisions concernant les entreprises, les perspectives de croissance du troisième trimestre et même les affaires judiciaires.
26/08/2018 - 06:55 Temps Lecture 16 mn.

Tout le gouvernement est donc à pied d’œuvre depuis mercredi dernier. Et dès ce jour-là Emmanuel Macron a remplacé le séminaire gouvernemental qui était prévu l’après midi par une réunion d’arbitrages budgétaires mais aussi concernant le calendrier parlementaire. Et Bruno Le Maire, arguant de mauvais chiffres à venir sur la croissance au cours du troisième trimestre – après le trou d’air – du début d’année a obtenu que sa loi Pacte, dont il est question depuis février dernier, soit examinée en priorité, et notamment avant la réforme constitutionnelle.

Édouard Philippe, qui s’exprime aujourd’hui dans les colonnes du Journal du Dimanche, doit clarifier cette rentrée, les différents plans ou projets de loi en préparation dans les ministères et les grandes lignes du budget. Cela, en attendant qu’Emmanuel Macron prenne la parole. Il ne s’est toujours pas adressé aux français depuis la pathétique émission de télévision où il était interviewé par Edwy Plenel et Jean-Marc Bourdin. Mais ses conseillers n’ont pas encore trouvé le bon format d’émission ou de discours et surtout le bon moment. Surtout compte tenu de la révélation d’une nouvelle affaire concernant Françoise Nyssen. La Ministre de la Culture est dans le collimateur du Canard Enchaîné depuis quelques semaines. Et une plainte vient d’être déposée contre certaines pratiques immobilières que sa maison d’édition aurait utilisées, lui permettant d’échapper à des taxes foncières.

Un sondage cruel pour le Président

Comme l’ancienne patronne d’Actes Sud est très loin de faire l’unanimité dans les milieux culturels qu’elle connaît très mal et qu’elle ne cherche pas à apprivoiser. Comme elle a été délestée de tout ce qui concerne les questions d’édition pour éviter les conflits d’intérêts et de tout ce qui concerne les questions de presse au profit du Trésor et de Marc Schwarz, il lui reste un ministère fantôme. Si bien que si elle venait à démissionner, cela ne causerait pas une grande perte pour le gouvernement en dehors des problèmes d’image.

Mercredi dernier, à l’occasion du conseil des ministres de rentrée, le Président de la République qui a donné comme mot d’ordre « ne pas dévier de stratégie » a été cueilli à froid par un sondage assez cruel réalisé par Elabe pour BFM TV. En effet, 54 % des Français interrogées se disent « déçus » de l'action d'Emmanuel Macron. Il s'agit du deuxième plus mauvais chiffre enregistré par l'institut depuis juillet 2017 au sujet du chef de l'État. Si un tiers des sondés reste mesuré et juge qu'il est « trop tôt pour se prononcer », seuls 14% trouvent son action satisfaisante. A noter qu’il y a un an, exactement deux tiers ne se prononçaient pas. Cela signifie que la moitié de ce contingent a été rejoindre les rangs des déçus.

Difficiles arbitrages entre Pénicaud et Buzyn

Si huit Français sur dix le trouvent autoritaire, ils ne sont que 28 % à le juger capable de rassembler les Français. Ils font enfin confiance à l'exécutif (55%) pour mener à bien le chantier du prélèvement de l'impôt à la source. Mais c'est le seul sujet sur lequel une majorité se dégage en sa faveur. Selon Elabe, 59% ne lui font pas confiance pour mener la réforme constitutionnelle, 62% la réduction des déficits ou encore 68% la réforme des retraites. Enfin, pour une majorité également, la politique conduite par l'exécutif dégrade leur situation personnelle (58%) et celle du pays (57%). Ils sont 6% à estimer qu'elle améliore leur vie quotidienne et 16% celle de la France.

Compte tenu du dérapage des recettes fiscales que nous évoquions la semaine passée et dont Gérald Darmanin a donné les éléments lors de la réunion sur les arbitrages budgétaires, il a été décidé de passer à la paille de fer un certain nombre d’allocations et de minimums sociaux. D’autant plus que, statutairement, leur évolution est liée à celle de l’inflation et que celle-ci tutoie désormais les 2,3 %. De même les allocations familiales pourraient être touchées par cette politique du rabot, faite dans l’urgence afin d’éviter un nouveau dérapage (en valeur absolue) du déficit budgétaire. Certains ministres, en tous cas, semblent ne pas être en totale adéquation avec les arbitrages sur le budget. Dans une lettre datant de juillet révélée par L'Express, Muriel Pénicaud s'est opposée au projet gouvernemental de faire financer par les entreprises les arrêts maladie de courte durée.

La question cruciale du pouvoir d’achat

De son côté, la Ministre de la Santé, Agnès Buzyn, qui doit présenter cet automne un plan pauvreté et un plan en faveur de l’hôpital a pris la plume le 5 juillet dernier pour s’opposer au gel du RSA qu’elle souhaite voir exclu de la liste des prestations sociales dont l’évolution ne suivra pas celle des prix à la consommation. Après avoir relativisé les économies potentiellement engendrées (quelques centaines de milliers d’euros par an), la ministre de la Santé a avancé aussi un risque politique alors que le gouvernement doit présenter mi-septembre un certain nombre de mesures sociales. Mais dans l’entourage d’Emmanuel Macron, on semble camper sur une ligne dure, concernant les prestations sociales. En l’absence de « grain à moudre » pour reprendre la fameuse expression d’André Bergeron.

C’est bien parce qu’il y a un problème budgétaire serré, un problème de dépense publique que le gouvernement ne parvient pas à réduire, et un problème de pouvoir d’achat (qui a reculé de 0,6 % au premier semestre) que Valérie Pécresse a décidé de placer la rentrée de son mouvement Libres sous cette problématique, qu’elle a martelée dans les interviews et dans son discours de rentrée. Elle n’a pas eu une phrase à l’égard de Laurent Wauquiez. En revanche, la surprise de son meeting a résidé dans la participation par vidéo de Xavier Bertrand et de Christian Estrosi. Afin de montrer qu’elle est désormais loin d’être isolée à droite. Aujourd’hui c’est au tour de Laurent Wauquiez de faire sa rentrée que l’on attend sur des thèmes sécuritaires et régaliens avec une nouvelle dénonciation de l’Europe-passoire.

Le patron de la Fed répond à Trump

Au chapitre économique, la rentrée des banquiers centraux a eu lieu cette semaine, comme chaque année à Jackson Hole où la Banque de France était représentée par Sylvie Goulard, sous-gouverneur. S'exprimant quelques jours après les critiques du président américain Donald Trump contre la poursuite du resserrement monétaire aux Etats-Unis, Jérôme Powell a pris la parole pour expliquer pourquoi ce processus graduel de hausse des taux demeure approprié. L'économie est solide. L'inflation est proche de l’objectif de 2% et la plupart des américains qui cherchent un emploi en trouvent un. D’où cette conclusion lapidaire : « Si la robuste croissance des revenus et de l'emploi se poursuit, de nouveaux relèvements progressifs de la fourchette d'objectifs pour le taux des fonds fédéraux seront probablement appropriés », a dit le président de la Fed.

Les propos de Jérôme Powell n'étaient pas une réponse directe aux déclarations de Donald Trump, qui a dit lundi n'être pas emballé par la stratégie de hausse des taux qui va à l'encontre de sa politique de stimulation de la croissance. Mais la conférence de Jackson Hole figure parmi les événements les plus en vue de la Fed, qui attire l'attention des médias mondiaux et des intervenants d'autres banques centrales. Les thèmes de discussion cette année incluaient notamment les changements intervenus dans la structure des marchés et Jérôme Powell en a profité pour expliquer pourquoi l'évolution des concepts de plein emploi et de taux d'intérêt neutres renforçait la logique d'une hausse progressive des taux.

Mois d’août terne en France pour l’économie

A la suite de ces propos, Wall Street a augmenté ses gains et le dollar a nettement creusé ses pertes. Selon les intervenants, Jérôme Powell a conforté le sentiment, qui se dégageait déjà du compte rendu publié mercredi de la dernière réunion du FOMC, selon lequel la Fed estime se rapprocher d'un taux neutre pour l'économie, qui sonnerait la fin du cycle de relèvement des taux directeurs. Selon certains intervenants, la baisse du dollar s'explique également par les défis structurels évoqués par le président de la Fed: un soutien budgétaire qui ne durera pas, une évolution démographique défavorable et un reflux de la mobilité économique. Il s'est également montré incertain sur la capacité du pays à sortir de sa situation de faible productivité.

Comme nous le laissions envisager plus haut à l’occasion de trop faibles recettes fiscales, le climat des affaires s'est légèrement dégradé ce mois-ci en France, revenant à son niveau de mai 2017 malgré une progression dans l'industrie, mais il se maintient à un niveau relativement élevé, toujours au-delà de sa moyenne de longue période, qu'il dépasse depuis janvier 2016, selon les données publiées jeudi par l'Insee. L'indicateur global du climat des affaires, calculé à partir des réponses des chefs d'entreprise interrogés dans le cadre de cette enquête mensuelle, s'inscrit en baisse d'un point, à 105. Le climat des affaires enregistre une érosion continue depuis le début de l'année, après avoir culminé à 112 en décembre 2017 en clôture d'une séquence haussière entamée à l'été 2016. Son évolution suggère un essoufflement de la croissance et ne laisse pas présager d'une amélioration sur la deuxième partie de l'année, alors que la croissance a déjà été poussive sur les six premiers mois de l'année, compliquant d'autant les plans du gouvernement en matière budgétaire.

Nouvelles rumeurs sur la Société Générale

A l'inverse de la tendance générale, le climat des affaires s'est amélioré dans l'industrie : l'indicateur de l'industrie manufacturière s'est établi à 110, en hausse d'un point par rapport à sa valeur de 109 en juillet (révisée en hausse d'un point par rapport à la précédente estimation). Cette progression dépasse les attentes des économistes interrogés par Reuters, qui l'attendaient stable à 108 en moyenne. L'indicateur des services a quant à lui reflué d'un point à 104, sa valeur de juillet ayant été rehaussée d'un point à 105 par rapport à la première estimation. L'indicateur du bâtiment a reculé d'un point à 108 et celui du commerce détail, dont la valeur de juillet a également été revue en hausse d'un point, a cédé trois points, à 111. Quant au climat de l'emploi, il reste stable à 108, note l'Insee.

Du coté du business, ce n’est pas encore la rentrée. Ce qui laisse plus d’importance aux rumeurs en tous genres. UniCredit et Société générale ont refusé vendredi de commenter une information de presse selon laquelle la première banque italienne travaille avec un banquier-conseil de Rothschild sur une éventuelle fusion avec la banque française. Le quotidien italien Milano Finanza a rapporté vendredi, sans citer de sources, que des négociations entre les deux banques en vue d'une éventuelle fusion ou acquisition se poursuivaient. Le journal ajoute qu'UniCredit travaille avec des consultants réputés, dont Daniel Bouton de Rothschild, ancien président de la Société générale, qui a démissionné en 2009 à la suite de l'affaire Kerviel après avoir dirigé la banque pendant dix ans.

L'administrateur délégué d'UniCredit, Jean-Pierre Mustier, est également un ancien dirigeant de la SocGen et sa nomination à la tête de la banque italienne en 2016 a relancé les spéculations autour d'un rapprochement entre les deux établissements. En juin, le Financial Times a rapporté qu'UniCredit envisageait une fusion avec sa rivale française tout en ajoutant que l'instabilité politique en Italie avait retardé le projet. Interrogé en août sur d'éventuels projets d'acquisitions, Jean-Pierre Mustier a dit que le plan stratégique de la banque jusqu'en 2019 était focalisé sur la croissance organique mais que le prochain plan pourrait inclure la croissance externe. Pas de réaction de la Société Générale, mais au printemps dernier, Frédéric Oudéa avait montré peu d’enthousiasme pour des fusions bancaires transfrontalières auxquelles pousse François Villeroy de Galhau, le gouverneur de la Banque de France.

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