Béatrice Belorgey (BNPP) : faire monter en gamme la banque privée
Depuis 2013, la directrice de la banque privée en France de BNP Paribas n’a pas chômé. Béatrice Belorgey, souligne la nécessité - dans cette période où tout va très vite - de tenter de nouvelles choses, quitte à devoir parfois les laisser de côté afin de rester parmi les meilleurs. C’est ainsi que son entité s’apprête à lancer au premier trimestre de l’an prochain un robo-advisor. "Outre l’algorithme de la banque privée et sa stratégie d’investissement, nous aurons l’interface clients beaucoup plus conviviale d’une fintech", fait valoir la dirigeante. "Globalement le numérique permet d’évacuer des actes simples. Nos banquiers privés peuvent ainsi se concentrer sur la personnalisation du service, pour répondre aux besoins de clients de plus en plus exigeants".
Ce projet de robo-advisor, développé en une année, va être suivi d’autres initiatives. Ainsi, la banque privée prévoit-elle un modèle à distance pour 2019. L’établissement offrira alors les mêmes services mais sans que les clients n’aient à se déplacer. Ces changements sont co-construits avec les intéressés puisque l’entité a mis en place une plateforme d’échange avec la clientèle, joliment baptisée : le cercle des influenceurs. "On fait ce qui est nécessaire pour monter en gamme et avoir une croissance forte", commente Béatrice Belorgey, qui félicite également son équipe et sa somme de compétences.
Car la banque privée en France compte 100 milliards d’euros d’actifs sous gestion, dont 30% sont le fait de portefeuilles de plus de 5 millions d’euros (le reste étant dans le segment 250.000 à 5 millions d’euros). D’ailleurs lorsque la barre des 100 milliards d'euros a été passée, Béatrice Belorgey a appelé Marie-Claire Capobianco - responsable de la banque de détail en France et mère de la banque privée au sein de BNPP. Et depuis fin 2012, l’entité a crû de 2 points de base de plus en croissance annuelle que le reste du marché. "C’est un beau modèle, efficace, adossé à un réseau auquel nous avons ajouté deux moteurs supplémentaires : celui de la conquête externe et de la synergie avec les équipes du corporate pour capter les cessions d'entreprises". Et d’ajouter : "Nous faisons ce qui est nécessaire pour monter en gamme et accélérer la croissance, dans un environnement réglementaire (Mifid2), qui relève les barrières à l'entrée."
Dans ce cadre, la banque privée a noué un partenariat avec la fédération France Angels, qui accompagne de jeunes entrepreneurs. Et Béatrice Belorgey s’est aussi investie dans le petit frère Mer Angels, qui s’intéresse aux entreprises qui réinventent le maritime. Un projet qui lui tient particulièrement à cœur puisque Béatrice Belorgey est marin dans l’âme. C’est d’ailleurs dans ce cadre qu’elle a rencontré le père de ses trois enfants. Car si son mari est également diplômé de Sciences Po - où il a d’ailleurs eu comme professeur Michel Pébereau - les époux ne sont pas issus de la même promotion.
Le couple a d'ailleurs eu un impact sur la carrière de Béatrice Belorgey qui a quitté CIB en France pour rejoindre le Luxembourg en 2000 afin de suivre sa moitié. C’est là qu’elle choisira de quitter sa spécialité pour intégrer la banque privée. Son patron de l’époque lui confie alors la création de l’offre financière - du conseil, en passant par le Forex et l’exécution - pour le Grand-Duché. Un véritable challenge pour celle qui avait alors 38 ans. Un autre défi lui sera ensuite présenté en 2005 : celui de prendre la tête de l’information financière. Béatrice Belorgey négocie alors un poste de trois ans, à la sortie duquel elle pourra retourner dans la banque privée.
Mais la crise financière a entre temps pointé le bout de son nez, et BNP Paribas avait alors besoin de garder une personne d’expérience dans ce poste stratégique de relations avec les investisseurs. "Il y avait parfois des investisseurs en panique, pas souvent pour les bonnes raisons. Il fallait à chaque fois faire retomber la température, répondre inlassablement aux questions, tout en gardant à l’esprit que chaque nationalité a sa façon de réagir".
Si Béatrice Belorgey a été choisie pour ce poste, c’est notamment pour sa casquette d’analyste financière. Car après une première expérience chez KPMG, la patronne a rejoint la banque de détail comme analyste crédit puis l’équipe CIB, d’abord sur la partie taux, où elle planchait sur les emprunts d’Etat, avant de passer sur la partie corporate, telles que les émissions d’entreprises. "C’était très concret, du financement de l'économie. On était très loin des subprimes", précise Béatrice Belorgey, qui aimait durant cette période l’adrénaline et les interactions entre les différents comportements des marchés.
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