Yannick Jung (BNPP) : voyage au cœur de CIB
Le grand voyage de Yannick Jung, 45 ans, a commencé en Alsace. De cette terre marquée par la guerre et la proximité avec l’Allemagne ainsi que de ses années en Angleterre, à l’école européenne de Culham (près d’Oxford) et à l’époque où le pays vivait des heures difficiles, le banquier a pu éprouver la nécessité d’un projet européen. Pourtant ce n’est pas la politique qui l’a porté - même si son parti a obtenu 40% aux élections fictives de son école en 1989, à l’époque des européennes !
C’est au début de ses études, en classes préparatoires et après son année de terminale à Varese en Italie, qu’il découvre Paris ; ville qu’il n’avait arpentée qu’une seule fois. Mais Yannick Jung ne passera pas ses quatre années de l’ESCP en France, loin s’en faut ! Il posera ses valises quelques mois à Seattle, puis au Sénégal. S’en suivra un VIE au Vietnam chez CA Indosuez, où il a « fait ses armes de banquier », à une époque où les investissements étrangers arrivaient en masse.
Yannick Jung optera ensuite pour un poste à Paris, afin de se rapprocher de sa moitié. Toujours sur une fonction concrète, à savoir ici le financement de projets chez BNP. C’est là qu’il découvre le secteur des télécoms et des médias. « On a développé une belle franchise », raconte Yannick Jung. En 1999, alors que le rapprochement avec Paribas s’opère, il décide de quitter l'établissement pour rejoindre une start-up. Une aventure nouvelle s'ouvre alors au sein de cette jeune banque d’affaires qui aidait les entreprises innovantes à lever des capitaux et faisait du conseil. Yannick Jung y investira ses maigres économies ainsi que beaucoup de temps et d’énergie. Malheureusement des sommets connus à ses tout débuts, la société périra au moment de la bulle Internet.
Yannick Jung, qui avait mis énormément de cœur dans cette affaire, est sorti abattu par l’issue finale. Il a néanmoins la chance d’être à nouveau accueilli par Michel Konczaty chez BNP Paribas. A nouveau donc il retravaille sur les médias et les télécoms. Il planche ainsi sur la restructuration de Vivendi (c'est alors la grande vague de LBO en Europe). Il participe à la création d'Altice, mais aussi à l’IPO de seloger.com et à la privatisation de Türk Telekom.
Alors que Yannick Jung, âgé de 35 ans, entre à nouveau dans une phase de réflexion sur son avenir, son patron de l’époque, Eric Raynaud, lui propose trois positions : à Hong Kong, Sydney et Tokyo. « Il ne m’en a esquissé que les contours. Plus tard, il me dira que s’il m’avait tout dit du poste à Tokyo, je ne l’aurais probablement pas pris », se souvient Yannick Jung. Ce choix, autant le fait de sa femme - haute fonctionnaire - que de lui, le conduit à vivre des aventures formidables. Il y découvre la fidélité des entrepreneurs japonais pour leur banque. Moins agréable, il a également dû gérer la défiance des étrangers face à l’euro en pleine crise ou encore l’expérience traumatisante de Fukushima. Il se souvient notamment d’avoir dû demander à ses employés d’être présents le lundi, la Banque du Japon ayant signifié que les marchés ouvriraient malgré la catastrophe du vendredi et alors que les répercussions du tsunami étaient loin d’être circoncises.
En 2012, il rentre avec son épouse et sa fille (sa « plus belle réussite »). Il sera notamment en charge des équipes responsables de relations avec les grosses mid-cap européennes, qui étaient en partie tombées dans l’escarcelle de BNP Paribas à la suite de la fusion avec Fortis. Sa mission : devenir leader du marché entreprises en Europe. Dès 2014, il se penche sur l’unification des unités EMEA à travers quatre ou cinq ensembles. Avant de se concentrer sur les modèles opérationnels et sur la modernisation.
Aujourd’hui, Yannick Jung est dans une stratégie de conquête. Il s’attache aussi à penser la BFI et le banquier de demain. Lequel saura mieux analyser et interpréter les données pour poser « le meilleur diagnostic pour proposer les meilleurs services possibles ». « Il y a le capital et dorénavant la data qui sont importants. Au milieu de tout ça, il y a les hommes qui sont la clef. » Yannick Jung, qui est très abordable, reconnaît volontiers un management parfois intrusif. Mais il fait confiance et valorise la loyauté, souligne-t-il.
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