WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche
Abonnez-vous
Abonnez-vous à notre newsletter quotidienne

éditorial / Yves de Kerdrel

éditorial
Yves de Kerdrel

éditorial
La difficile équation budgétaire
par Yves de Kerdrel

Après avoir réglé les évènements impondérables de la rentrée, le Chef de l’Etat s’attache à résoudre l’équation budgétaire qui est plus complexe que prévu. Et il surveille de près sa majorité qui montre des signes de faiblesse avec l’élection étriquée de Richard Ferrand au Perchoir et les états d’âme de François Bayrou.
16/09/2018 - 06:58 Temps Lecture 16 mn.

Comme nous l’évoquions la semaine passée, le " poison lent " de l’affaire Benalla a pesé sur l’actualité des jours passés. Cette affaire est sans aucun intérêt. Le seul rebondissement a constitué dans la décision de l’intéressé de se rendre à la convocation des sénateurs – probablement mercredi – prochain, après avoir initialement refusé cette démarché. Et puis tout Paris a glosé sur un appel téléphonique passé mardi soir par Emmanuel Macron à Gérard Larcher afin qu’il fasse en sorte que la commission d’enquête arrête de confondre " l’affaire Benalla " avec une affaire d’état. L’Obs a immédiatement rendu public ce coup de fil que la Présidence du Sénat a largement confirmé. Comme si cette intrusion de l’Elysée dans les rouages du Sénat avait fortement déplu à Gérard Larcher qui entretient pourtant d’excellentes relations avec le Chef de l’Etat.

A l’Assemblée Nationale, la semaine a été marquée par l’élection très étriquée de Richard Ferrand au Perchoir. Un grand nombre de députés La République En Marche ont préféré donner leur voix à Marc Fesneau du Modem. De surcroit l’annonce par le nouveau locataire de l’hôtel de Lassay qu’il ne démissionnerait pas, même s’il était mis en examen dans l’affaire des Mutuelles de Bretagne n’a pas vraiment contribué à redorer son image. Désormais il reste aux députés du groupe majoritaire à élire leur chef de groupe. A priori, c’est l’ancien journaliste Gilles Le Gendre qui devrait être élu. A moins que l’attitude légèrement déplacée de Richard Ferrand à l’égard des candidates ne pousse à l’élection d’une femme, par exemple Amélie de Montchalin.

Record d’impopularité

En termes de popularité le retour de l’affaire Benalla et la rentrée ratée du couple exécutif ont continué à créer des dommages sur l’image du Président et de son Premier Ministre. Dans un sondage Odoxa publiée mardi, Emmanuel Macron a récolté 71% d'opinions défavorables, un record d'impopularité pour lui. Et surtout un niveau que Nicolas Sarkozy n’avait jamais atteint. Emmanuel Macron cède du terrain auprès de tous les secteurs de l'opinion, y compris des proches de La République en marche (-7), à l'issue d'une rentrée marquée par la défection des deux ministres les plus populaires, Nicolas Hulot et Laura Flessel, selon cette enquête réalisée pour L'Express, France Inter et la Presse régionale. Edouard Philippe a perdu pour sa part 5 points à 35% par rapport à une précédente enquête réalisée fin juin, et 64% (+5) des personnes interrogées ont une opinion négative du Premier ministre.

L’une des principales préoccupations du Président de la République est désormais de réussir la présentation du budget. Avec un niveau prévisible de déficit budgétaire qui remonte du fait de paramètres techniques (Dette de la SNCF), du fait du peu de vigueur de la croissance (avec ses retombées sur les recettes fiscales) et de 25 milliards d’euros de dépenses publiques supplémentaires (pour tenir compte de l’inflation). Interrogé vendredi matin sur Europe 1, François Villeroy de Galhau a insisté sur la nécessité de réduire la dépense publique. " Il faut rattraper notre retard sur les dépenses publiques, a martelé le gouverneur de la Banque de France, parce que pour le même modèle social que nos voisins, si on se compare à l'Allemagne, ou même l’Italie ou l'Espagne, cela nous coûte plus cher. Il faut que l'on fasse des progrès là-dessus et limiter les dépenses".

Une possible mesure de sur-amortissement

L’une des inconnues de cette équation budgétaire, c’est la croissance de l’économie française. Bruno Le Maire a officiellement donné le chiffre de 1,7 % pour 2018, il y a quelques jours. François Villeroy de Galhau, qui dispose des carnets de commandes des entreprises françaises, s’est montré un peu plus prudent au micro d’Europe 1 évoquant un chiffre de 1,6 % et rappelant que " c'est supérieur à la vitesse de croisière de l'économie française". L’économiste Gilbert Cette avait lui prédit en milieu de semaine un fort rebond de la croissance pour le dernier trimestre. Mais toutes les informations émanant des entreprises permettent de douter d’un tel regain de dynamisme. Si bien que le chiffre de croissance pour le quatrième trimestre dépendra surtout de la consommation des ménages.

De manière à soutenir l’économie l’an prochain le budget a été prié de travailler en dernière minute sur une mesure de sur-amortissement des investissements comme celle mise en place par Manuel Valls et qui avait bien porté ses fruits. Car le gouvernement table sur une hausse du produit intérieur brut de 1,7% l'an prochain, soit un niveau similaire – ou supérieur - à celui attendu cette année. Le point noir c’est le déficit public qui s’établira en 2019 à 2,8% l'an prochain, après 2,6% cette année. Mais ce chiffre, est en hausse de 0,4 point par rapport au programme de stabilité budgétaire envoyé fin avril à Bruxelles. Ce qui n’est pas très sérieux. Même s’il y a toujours des impondérables. In fine le taux de dépense publique rapporté au PIB devrait baisser, passant de 54,6% en 2018 à 54% l'an prochain. En volume, la dépense publique devrait néanmoins augmenter de 0,6%, soit 0,2 point de plus que ce qui avait été prévu au printemps. Cela représente une hausse de 25 milliards d'euros en intégrant l'inflation, contre 20 milliards en 2018.

Réflexions sur les critères européens

En fait Emmanuel Macron réalise à quel point les marges de manœuvre sont étroites. Sauf à refranchir le seuil des 3 % du déficit public par rapport à la richesse nationale. Curieusement, cette semaine, un rapport, très peu médiatisé du Conseil d’Analyse Economique, dépendant du Premier Ministre s’interrogeait sur la pertinence des critères de Maastricht ou évoquait la possibilité de pouvoir les utiliser sur une perspective plus longue que le rythme annuel. Au même moment, un think-tank allemand faisait part de travaux du même ordre. Ce qui témoigne de la difficulté des économies européennes à faire jouer d’éventuels amortisseurs publics en cas de ralentissement de l’économie.

Enfin sur un tout autre sujet, c’est cette semaine, en principe que l’Elysée devrait communiquer sur sa réorganisation interne avec la nomination d’un directeur général des services et celle d’un directeur de la communication. C’est Sylvain Fort, actuellement en charge des discours, qui devrait reprendre ce poste, en lieu et place de l’ancien journaliste de Challenges, Bruno Roger-Petit. Mais Emmanuel Macron qui a du mal à se séparer de collaborateurs devrait conserver ce dernier comme conseiller technique. Certains évoquent le fait qu’il pourrait devenir le mémorialiste du quinquennat. Par ailleurs c’est un proche d’Emmanuel Macron, Jérôme Rivoisy, actuellement directeur adjoint de Pôle emploi, Jérôme Rivoisy qui deviendrait directeur général des services de la présidence de la République. Issu de la promotion "Léopold Sédar Senghor " sortie en 2004 de l’ENA, la même qu’Emmanuel Macron, il a débuté sa carrière à la direction du Trésor, à Bercy, avant de travailler au tribunal administratif de Paris puis de rejoindre l’inspection générale des finances, où a également officié le chef de l’Etat.

La Banque de France prudente

Au chapitre économique, comme nous l’avons évoqué plus haut, la Banque de France a annoncé officiellement vendredi avoir abaissé sa prévision de croissance pour 2018 à 1,6%, contre 1,8% anticipé en juin, dans un contexte international moins dynamique et plus incertain. Cette révision s'explique principalement par un trou d'air plus marqué qu'attendu au premier semestre 2018, a expliqué la Banque dans un rapport. Cette dernière a également abaissé sa prévision de la croissance du produit intérieur brut (PIB) en France en 2019 à 1,6%, contre 1,7% précédemment, mais maintenue inchangée son estimation pour 2020 à 1,6%.

La demande intérieure devrait revenir à des niveaux plus normaux après deux années particulièrement dynamiques, a relevé la Banque de France. Après une année 2017 exceptionnelle en termes de demande mondiale adressée à la France, la contribution du commerce extérieur à la croissance resterait nettement positive en 2018 puis serait neutre ensuite. La Banque de France a réitéré s'attendre à ce que la progression de l'activité s'établisse à partir de mi-2018 sur un rythme trimestriel de 0,4% en moyenne, un rythme de croissance ainsi plus modéré que celui, très élevé, atteint en 2017 (0,7% par trimestre), mais plus soutenu que celui observé au premier semestre 2018 (0,2% par trimestre).

La BCE conforme à sa doxa

Malgré ses révisions à la baisse, la Banque de France estime que la croissance du PIB devrait rester supérieure à la croissance potentielle, ce qui contribuerait à la poursuite de la baisse du taux de chômage. Dans ce contexte, elle anticipe une baisse progressive du taux de chômage, à 9,1% en 2018, 8,8% en 2019 et 8,5% en 2020, après 9,4% en 2017 et 10,1% en 2016. Le pouvoir d'achat des ménages devrait de son côté progresser de façon soutenue entre 2018 et 2020. La Banque de France a par ailleurs légèrement relevé sa prévision d'inflation pour 2018, à 2,1% sur un an, contre 2% estimé en juin, après le pic enregistré à l'été sous l'effet notamment des prix de l'énergie. La hausse des prix devrait ralentir l'année prochaine, mais la prévision d'inflation pour 2019 a été relevée à 1,7%, contre 1,5% précédemment.

La Banque centrale européenne a laissé sa politique monétaire inchangée jeudi, conformément aux attentes, confirmé son intention d'arrêter ses achats de titres sur les marchés à la fin de l'année et répété vouloir laisser ses taux inchangés au moins jusqu'à l'été prochain. Les achats d'obligations sur les marchés, principal volet du programme d'assouplissement quantitatif à l'œuvre depuis 2015, seront ramenés de 30 milliards d'euros à 15 milliards en octobre, a dit la BCE, confirmant un calendrier qui n'était auparavant que prévisionnel. Elle a ajouté que ces achats devraient cesser totalement après décembre, un arrêt qui devra encore faire l'objet d'une décision formelle. Dans son communiqué, l'institution répète prévoir que ses taux d'intérêt resteront à leurs niveaux actuels au moins jusqu'à l'été 2019 et, en tout cas, aussi longtemps que nécessaire.

Un français à la tête de la BCE ?

Concernant les mouvements à venir à la tête de la BCE, le commissaire européen au Budget, l'Allemand Günther Oettinger, s’est déclaré favorable à la nomination d'un Français à la présidence de la Banque centrale européenne après le départ de Mario Draghi l'an prochain. Le mieux, a-t-il ajouté, serait d'avoir un président de la Commission européenne allemand et un Français intelligent à la tête de la BCE, a-t-il dit selon les propos rapportés par Handelsblatt. Si ces propos n’ont pas manqué d’être relevés en France, il n’est pas certain qu’ils aient plu à Angela Merkel qui plaide toujours pour un allemand ou un néerlandais. Rappelons que le mandat de Mario Draghi s'achèvera le 31 octobre 2019.

Coté business la principale annonce de la semaine réside dans la vente par Natixis à son actionnaire, la BPCE d’activités périphériques pour un montant de 2,7 milliards d’euros. Cette opération construite par Benoit d’Angelin pour la BPCE et Cyril de Montmarin pour Rothschild a été très appréciée par les investisseurs. Puisque dès le lendemain, Natixis évoluait parmi les plus fortes hausses de l'indice boursier européen Stoxx 600. Grâce à cette transaction, Natixis prévoit de verser à ses actionnaires une distribution exceptionnelle pouvant atteindre 1,5 milliard d'euros, sauf projet d'acquisition importante d'ici à la clôture de la transaction, attendue au plus tard à la fin du premier trimestre 2019. La capacité théorique de Natixis à verser un dividende sur la période 2018-2020 atteint ainsi 5,6 milliards d'euros.

Natixis entend aussi profiter de ses nouvelles marges de manœuvre pour se développer via des acquisitions, notamment dans la gestion d'actifs. Lors d'une conférence téléphonique, François Riahi, son directeur général, a dit qu'aucun projet d'acquisition n'était actuellement en discussion. Mais le groupe a porté d'un milliard à 2,5 milliards d'euros son budget consacré aux opérations de croissance externe pour la période 2018-2020. Sa stratégie est soutenue par BPCE, qui se dit prêt à apporter si besoin des capitaux à sa filiale.

précédents ÉDITORIAUX
précédents
ÉDITORIAUX

Éditorial / Yves de Kerdrel

Éditorial / Macron face aux poisons lents !

09/09/2018 - 06:58

Éditorial / Yves de Kerdrel

Éditorial / Macron renoue avec le monde ancien

02/09/2018 - 06:58