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Yves de Kerdrel
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Macron renoue avec le monde ancien
par Yves de Kerdrel
En principe, c’est mardi, au plus tard que l’on connaîtra, le nom du successeur de Nicolas Hulot au Ministère de la transition écologique. Raison pour laquelle le séminaire intergouvernemental prévu initialement vendredi 31 août 2018 a été décalée. Toutes les hypothèses sont sur la table. La promotion d’un secrétaire d’état comme Sébastien Lecornu a été vite envisagée, Brune Poirson étant un peu jeune. Mais ce scénario a été écarté. Le recours à François de Rugy, ce qui permettrait de laisser le perchoir à Richard Ferrand. La nomination de Barbara Pompili. A priori, c’est cette dernière solution qui tenait la corde à la veille de ce dimanche. A moins que Daniel Cohn-Bendit, qui hésitait largement et devait rencontrer le président aujourd'hui, ait finir par dire oui. Mais une surprise de dernière minute n’est pas exclue. D’autant plus qu’Emmanuel macron a très mal vécu cette séquence et qu’il veut montrer sa capacité à rebondir.
La meilleure solution, pour cela, qui a été envisagée dès mardi dernier était la nomination d’Alain Juppé. Ce qui permettait de remettre un peu de diplomatie dans ce ministère où les principaux sujets sont planétaires, avant de concerner le lobby de la chasse ou les protecteurs des oiseaux. De plus une telle nomination aurait permis de désunir un peu plus la droite à un moment où l’aile libérale se renforce face à Laurent Wauquiez. Mais le Maire de Bordeaux a vite fait d’imaginer les situations très complexes qu’il aurait à gérer. Et il a très vite décliné. Il reste que la nomination d’un diplomate ou d’un expert scientifique reconnu sur le plan international est sans doute ce qu’il faudrait pour ce ministère afin que l’on arrête de parler d’écologie politique et que l’on se préoccupe d’environnement.
Kohler contre le prélèvement à la source
Une fois la perle rare trouvée le prochain conseil des ministres pourra se tenir au complet, et surtout le président pourra enfin réunir son séminaire gouvernemental. Afin de remotiver des troupes qui en ont bien besoin et de réécrire la feuille de route du dernier trimestre. Ce sera sans doute aussi l’occasion pour le Président de clarifier sa pensée s’agissant de la mise en place du prélèvement à la source. C’est la problématique du pouvoir d’achat qui a relancé le débat sur l’opportunité de cette réforme. Car les feuilles de paye de janvier 2019 seront bien amputées pour beaucoup de français, même si 75 % d’entre eux sont déjà mensualisés. Mais cela pourrait avoir un effet psychologique terrible qui pèserait sur la consommation des six premiers mois de l’année prochaine et sur une croissance qui se cherche.
En principe, la réforme devrait être entérinée. Car on voit mal Emmanuel Macron revenir le 15 septembre sur une mesure qu’il a lui-même acceptée même s’il n’y a jamais été très favorable. De surcroit y renoncer, ce serait se mettre à dos Gérald Darmanin, qui n’a pas un poids politique colossal mais qui a en revanche une forte capacité de nuisance. Sans compter toutes les entreprises qui ont déjà dépensé beaucoup d’argent en logiciels afin d’être prêtes à percevoir l’impôt à compter de janvier prochain. En fait le principal opposant à cette réforme, c’est Alexis Kohler. C’est lui qui a organisé la fuite dans le canard enchainé sur une remise en cause d’ici au 15 septembre. Et il n’est pas écrit qu’il emporte tous les arbitrages.
La dépense publique en dérive
En dehors de ces deux gros dossiers, la finalisation des documents budgétaires commence à inquiéter. D’abord sur la méthode, dans la mesure où l’on a vu réapparaître la politique du rabot, qui est le plus beau symbole du monde ancien. Puisqu’on rabote lorsqu’on ne sait pas choisir quelles dépenses il faut sacrifier et lesquelles il faut garder. Et puis la dépense publique va à nouveau augmenter dans des proportions plus importantes que prévu, c’est-à-dire que la trajectoire sur les finances publiques transmises à Bruxelles au Printemps dernier. Selon les informations de WanSquare, l’augmentation de la dépense publique (hors inflation) devrait être de l’ordre de 0,6 % en 2019, et non de 0,4 % comme le spécifiait le programme de stabilité. Il y a deux explications à cela : une croissance plus faible que prévu et un refus de couper comme prévu dans la fonction publique.
Après sa visite au Danemark et en Finlande, Emmanuel Macron devrait passer une journée à Luxembourg jeudi prochain avant de recevoir vendredi Angela Merkel. Le but est de faire un point sur l’état de l’Europe avec la menace d’explosion venant d’Italie et la menace des valeurs venant d’Europe Centrale. A moins qu’Angela Merkel annule au dernier moment son aller-retour en raison de la montée en puissance des défilés de l’extrême droite allemande contre les réfugiés. Des manifestations désormais remplies de colonnes néo-nazies et qui commencent à prendre un tour à la fois plus violent et plus inquiétant. C’est dire à quel point on est loin du discours sur l’Europe tenu par Emmanuel Macron il y a un an à la Sorbonne, plein d’emphase et d’idéalisme.
Une alliance Bertrand-Pécresse
Dans ce contexte, qui continue de provoquer une dégradation sensible de la popularité du Chef de l’Etat, celui qui tire les marrons du feu, ce n’est pas Laurent Wauquiez. En revanche l’alliance de la droite libérale et sociale illustrée par la rencontre de vendredi à Chalons en Champagne de Valérie Pécresse et de Xavier Bertrand commence à prendre forme. D’autant que la Présidente de la région Ile de France a vu sa cote de popularité progresser de 5 points après avoir été la première à pointer du doigt la problématique de la perte du pouvoir d’achat.
Au chapitre économique, c’est la guerre commerciale lancée par Donald Trump qui a dominé l’actualité. Donald Trump a fait savoir à son entourage qu'il était prêt à imposer des tarifs douaniers pour l'équivalent de 200 milliards de dollars d'importations chinoises supplémentaires dès que la période de consultation publique pour cette mesure expirera la semaine prochaine. Bien sûr, la Maison blanche n'a pas souhaité faire de commentaire à ce sujet. Mais l'hypothèse d'une intensification de la guerre commerciale avec la Chine pèse sur les marchés, le S&P 500 ayant touché un plus bas en séance après la révélation de cette information.
Verdict jeudi sur la guerre commerciale
Certaines de ces sources ont indiqué que Donald Trump n'avait pas encore pris sa décision. Les Etats-Unis et la Chine se sont déjà mutuellement imposés des tarifs douaniers à 50 milliards de dollars d'importations. Les nouveaux droits de douane viseraient des produits de consommation comme les matériaux de construction, les produits technologiques, les vélos et le textile. La période de consultation publique pour cette mesure proposée par la Maison blanche expire le 6 septembre. Donald Trump pourrait donc imposer les tarifs aussitôt après.
Pour l’heure le chef d’état américain a la chance de son côté. La croissance de l'économie américaine au deuxième trimestre a été relevée à 4,2% en rythme annualisé, au plus haut depuis près de quatre ans, contre 4,1% en première estimation, selon une deuxième estimation publiée mercredi par le département du Commerce. Cette révision, supérieure aux attentes des économistes interrogés par Reuters qui étaient en moyenne d'une croissance de 4,0%, s'explique principalement par une hausse des investissements des entreprises en logiciels plus importante qu'initialement annoncée et par un recul des importations, notamment de pétrole.
Succès des obligations italiennes
La croissance sur la période avril-juin ressort au plus haut depuis le troisième trimestre 2014 et fait suite à une hausse du produit intérieur brut de 2,2% au premier trimestre. Par rapport au deuxième trimestre 2017, le produit intérieur brut américain affiche une progression de 2,9% contre 2,8% en première estimation. Il a augmenté de 3,2% sur les six premiers mois de cette année contre une première estimation de 3,1%, ce qui conforte l'objectif du président américain Donald Trump d'une croissance de 3% par an. La solide croissance du deuxième trimestre pourrait toutefois ne pas durer. Elle a en effet bénéficié d'un coup de fouet avec l'entrée en vigueur des baisses d'impôts adoptées à la fin de l'année dernière par le Congrès et du dynamisme des exportations lié à des ventes anticipées de soja par les agriculteurs américains avant l'entrée en vigueur de tarifs douaniers décidés par Pékin en représailles à ceux imposés par Washington sur des produits chinois.
De ce côté-ci de l’Atlantique, une adjudication d'obligations d'Etat italiennes à cinq et dix ans a rencontré jeudi un franc succès, témoignant de l'appétit des investisseurs pour la dette souveraine de la péninsule à la veille de la décision très attendue de Fitch sur la note de crédit du pays. Le Trésor italien a vendu pour 7,75 milliards d'euros au total d'obligations sur quatre lignes différentes, deux à taux fixe et deux à taux variable, un montant qui correspond au haut de la fourchette indicative donnée vendredi dernier. La demande a été forte, la récente hausse des rendements italiens face à leurs homologues de la zone euro ayant aiguisé l'appétit des investisseurs.
La Banque Postale met la main sur la CNP
L'adjudication à dix ans a été réalisée avec un rendement brut de 3,25%, au plus haut depuis mars 2014, contre 2,87% il y a un mois. La demande de titres a représenté 1,37 fois l'offre, contre 1,42 fois lors de la précédente adjudication. Le rendement brut de l'émission à cinq ans a atteint 2,44%, au plus haut depuis décembre 2013, contre 1,80% il y a un mois. Elle été souscrite 2,12 fois. Ces dernières semaines, pendant que Giovanni Tria s'efforçait de rassurer les marchés financiers sur la volonté du gouvernement de réduire le poids de la dette, Luigi Di Maio et Matteo Salvini mettaient l'Union européenne en demeure d'accepter une trajectoire budgétaire plus expansive en Italie.
Côté business, le gouvernement, a donc donné jeudi le coup d'envoi du rapprochement entre CNP Assurances et la Banque postale, pour créer un nouveau pôle financier public qui assurera l'avenir de La Poste, confrontée au déclin du courrier à l'heure du numérique. Dans le cadre du projet de loi Pacte, relatif à la croissance et la transformation des entreprises, il a décidé de transférer une partie de la participation de l'Etat de 74% au capital de La Poste à la Caisse des dépôts qui deviendra du coup l'actionnaire de contrôle de l'établissement postal public dont elle détient déjà 26% du capital. A l'issue de l'opération, qui sera menée tout au long de 2019, la Caisse des dépôts détiendra entre 50% et 60% de La Poste. De leur côté, la CDC et l'Etat apporteront en contrepartie à La Poste leur participation de 41% et de 1% dans CNP Assurances dont les activités seront rapprochées de celles de la Banque postale, devenue ces dernières années le relais de croissance du groupe public postal.
Consolidation possible dans les télécoms en 2019
Coté Caisse des Dépôts, où cette opération à des allures de Monopoly de l’ancien temps, on justifie le rapprochement avec la Banque Postale par la nécessité de retrouver un réseau. Ce qui est curieux à un moment où les banques font toutes une croix sur leurs agences. Par ailleurs ce garant de l’épargne publique va faire quelques mécontents en demandant à l'Autorité des marchés financiers d'accorder une dispense d'OPA concernant le franchissement de la majorité au capital de la CNP. L'évolution du capital de CNP Assurances couvait depuis plusieurs années, mais le sujet est revenu l'an dernier sur le devant de la scène avec insistance depuis l'élection à la présidence de la République d'Emmanuel Macron qui n'a jamais caché son souhait de clarifier le rôle de l'Etat actionnaire.
A noter enfin que Martin Bouygues a déclaré que son groupe se montrerait ouvert quant aux opportunités de consolidation du marché français des télécoms, tout en précisant qu'aucune opération ne serait possible avant le début de l'an prochain. Martin Bouygues avait rencontré fin mai Patrick Drahi en vue d'évoquer un possible rachat de l'opérateur SFR par Bouygues, une proposition qui avait été rapidement déclinée par le fondateur d'Altice. Le PDG de Bouygues a expliqué qu'aucune nouvelle discussion ne pourrait avoir lieu pendant la ré-attribution en cours de fréquences mobiles prévue dans le cadre de l'accord "New Deal" conclu entre le gouvernement français et les opérateurs. Cette procédure, enclenchée début août, devrait s'étaler sur une durée de cinq mois. Ses propos font écho aux déclarations du numéro un du secteur Orange, dont le PDG Stéphane Richard a estimé qu'une consolidation était inévitable mais peu probable avant 2019.
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