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Yves de Kerdrel
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Semaine décisive pour le Gouvernement
par Yves de Kerdrel
C’est donc demain le grand jour pour les lignes directrices de l’économie française s’agissant des mois à venir. Car c’est ce lundi que le projet de loi de finances pour 2019, chargé de concilier les mesures fiscales promises par le gouvernement avec la réduction du déficit public, sera présenté en conseil des ministres. Le gouvernement avait jusqu'à présent évoqué une présentation de son texte budgétaire le 26 septembre, les projets de loi de finances étant dévoilés traditionnellement le dernier mercredi du mois de septembre. Mais la date du conseil des ministres a été cette année avancée de deux jours, Emmanuel Macron ayant prévu d'assister les 25 et 26 septembre à l'Assemblée générale des Nations unies, à New York et au sommet de la terre.
Selon une source gouvernementale, la présentation du Projet de loi de finances sera également l'occasion de dévoiler les grands équilibres budgétaires retenus dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale. Mais ce PLFSS, texte budgétaire chargé de définir les dépenses sociales et de santé pour l'année à venir, ne sera à proprement parler dévoilé que lors du conseil des ministres suivant. Avec la prise en compte de tout ce qui vient d’être annoncé par dans le cadre du plan Pauvreté et du plan Santé. Cette séquence risque d’être chahutée pour le gouvernement dans la mesure où il va être attaqué sur son incapacité à réduire la dépense publique (qui va encore augmenter de 25 milliards d’euros), sur son incapacité à réduire le nombre de fonctionnaires, alors qu’Emmanuel Macron s’était engagé à en supprimer 120.000 d’ici 2022 et sur l’importance des prélèvements obligatoires qui viennent de franchir les 1.000 milliards d’euros.
Difficile absence de résultat
La difficulté dans laquelle se trouve aujourd’hui Emmanuel Macron, c’est qu’il est victime d’un procès en ultra-libéralisme alors qu’il n’a pris aucune mesure vraiment libérale depuis un an et demi, et que l’Etat n’a jamais été aussi présent dans le fonctionnement de notre économie. Et par ailleurs il n’est pas en mesure d’afficher le moindre résultat positif. Au contraire puisque la croissance s’érode tous les jours, le pouvoir d’achat est redevenu la première préoccupation pour 55 % des français, très loin devant la sécurité ou le terrorisme. Et même le chômage qui avait amorcé une belle décrue redevient un problème majeur du fait de la chute dans les carnets de commandes des entreprises.
Emmanuel Macron aime à dire que les français n’aiment pas les réformes ou sont réfractaires au changement. Ce qui mérite d’être démontré. Le problème surtout, pour eux est de comprendre où va notre pays. Or qui trop embrasse mal étreint. Emmanuel Macron a voulu se poser en nouveau leader de l’Europe face à une Angela Merkel en perte de vitesse, d’où ses contraintes budgétaires visant à se conformer à la doxa bruxelloise. Le levier le plus important dont il disposait en France pour améliorer très vite les comptes publics résidait dans la hausse de la CSG. Ce qui le prive petit à petit de sa popularité auprès de l’électorat retraité qui est si précieux dans la perspective des élections européennes.
Des gestes pour les retraités dans un but électoral
Or le sondage publié en début de semaine dernière par Le Figaro montrant que le Rassemblement National faisait quasiment jeu égal avec La République en Marche a créé la panique à l’Elysée. D’où le démenti immédiat apporté aux propos de Christophe Castaner sur une réforme des droits de succession qui impacterait même l’assurance-vie, si chère aux retraités. D’où également le geste annoncé jeudi matin sur France Inter par Edouard Philippe afin d’adoucir la note fiscale pour 300.000 retraités. Il reste que cette population qui est très pro-européenne, et très légitimiste à l’occasion de cette élection particulière risque de faire défaut au parti du Président au printemps prochain.
D’ailleurs Emmanuel Macron est bien embêté pour trouver une tête de liste pour ces élections européennes. Il a un candidat disponible en la personne de Daniel Cohn-Bendit. Mais ce n’est pas forcément le meilleur moyen de se rallier à lui les retraités déçus par ce début de mandat. L’autre possibilité envisagée est Michel Barnier, qui a toujours sa carte des Républicains. D’une part il faudrait qu’il ait terminé en beauté sa négociation sur le Brexit. D’autre part l’intéressé, même s’il rêve de succéder à Jean-Claude Juncker à la tête de la Commission Européenne, aurait pu être intéressé avec un Macron populaire. Mais avec un gouvernement aussi impopulaire que François Hollande au bout de 18 mois de mandat, cela devient beaucoup plus compliqué.
L'INSEE prudente à son tour sur la croissance
Tout cela se voit aussi à l’attitude d’un Alain Juppé ou d’un Jean-Pierre Raffarin qui se montrent critiques à l’égard du Chef de l’Etat alors qu’il y a un an ils étaient prêts à franchir le Rubicon. En ce sens la démission de la députée Laurence Dumas du groupe La République En Marche n’a bien sûr pas de conséquence sur la majorité parlementaire. Mais le fait qu’elle annonce son intention de rejoindre La Manufacture, l’association de Xavier Bertrand est significative. C’est-à-dire que Laurent Wauquiez ne parvient pas à profiter de la chute de popularité du Chef de l’Etat. Ce qui ouvre des perspectives pour le Président de la Région Hauts de France et pour Valérie Pécresse, qui vient d’enrôler à nouveau Patrick Stefanini pour construire un projet présidentiel.
Au chapitre économique, l’élément majeur de l’actualité est le flash de l’Insee paru à la veille du week-end. Selon notre institut de la statistique, la croissance de l'économie française au deuxième trimestre a bien été de 0,2%, soit le même rythme que sur les trois premiers mois de l'année. Au 30 juin, l'acquis de croissance pour l'ensemble de 2018, à savoir l'évolution du PIB si l'activité stagnait complètement au deuxième semestre, s'établit à donc à 1,3%, comme dans les deux précédentes estimations fournies par l'institut statistique. A ce niveau, l'objectif d'une croissance annuelle moyenne de 1,7% cette année que le gouvernement a repris après avoir envisagé au printemps de la voir monter jusqu'à 2,0%, paraît compliqué à atteindre, à moins d'une très forte accélération en fin d'année. La Banque de France et l'OCDE viennent de revoir chacune, de leur côté, leur prévision 2018 pour la France à 1,6%.
Ralentissement marqué en septembre
Par rapport à la précédente estimation publiée fin août, les composantes de la croissance du 2e trimestre sont quasiment inchangées, à savoir 0,2 point provenant de la demande intérieure et 0,2 point de la variation des stocks des entreprises, la contribution du commerce extérieur étant négative à hauteur de 0,2 point. Les trois mois du printemps ont bien été marqués par une reprise de l'investissement des entreprises (+1,2%) après sa quasi-stagnation (+0,1%) du premier trimestre. Mais la consommation des ménages a baissé (-0,1%), une première depuis l'automne 2016, en raison des grèves dans les transports (SNCF et Air France), qui ont affecté les dépenses de services, et de l'impact de la météo clémente sur les achats d'énergie.
A cet avertissement de l’Insee se sont ajoutées vendredi les dernières estimations de Markit. Il en ressort que la croissance de l'activité dans le secteur privé a ralenti plus fortement que prévu en septembre en France après sa légère accélération du mois d'août, atteignant un plus bas depuis fin 2016 à l'entame du troisième trimestre, selon la version préliminaire des indices IHS Markit. L'indice PMI flash composite, qui combine des éléments des indices des services et du secteur manufacturier, s'est établi à 53,6 ce mois-ci après 54,9 en juillet, en deçà des prévisions des économistes interrogés par Reuters, qui l'attendaient à 54,7 en moyenne. Ce tassement, alimenté par un ralentissement de la progression de l'activité à la fois dans le secteur manufacturier et dans celui des services, le porte à un plus bas depuis décembre 2016.
Covea de plus en plus agressif
L'indice des services a reculé à 54,3 en septembre, après 55,4 en août, alors que les économistes tablaient sur une baisse moins marquée et l'attendaient à 55,2 en moyenne. Parallèlement, l'indice du secteur manufacturier a lui aussi baissé, à 52,5 contre 53,5 en août, un niveau là encore inférieur aux attentes des économistes, qui prévoyaient 53,3 en moyenne. Malgré un ralentissement de la demande, les entreprises du secteur manufacturier et des services ont continué de renforcer leurs effectifs, à un rythme légèrement amoindri par rapport à juillet, tandis que les chefs d'entreprise interrogés restent majoritairement optimistes. Cependant de très nombreuses entreprises cotées en bourse n’hésitent pas à évoquer la baisse de leurs carnets de commandes à l’occasion de la publication de leurs comptes semestriels.
Coté business l’actualité de la semaine a été encore une fois marquée par les rumeurs et les spéculations en tous genre concernant la SCOR. WanSquare a révélé que Covéa a désormais mandaté Lazard pour étudier les moyens de prendre le contrôle du réassureur français présidé par Denis Kessler. Le groupe mutualiste, qui est dans une situation asymétrique, puisqu’il n’a pas d’actionnaires, est déjà entouré de Crédit Suisse et de Barclays. Il a également musclé sa communication. Ce qui a amené Augustin de Romanet, l’administrateur référent de Scor a envoyer un courrier à Thierry Derez, patron de Covea et administrateur de Scor sur la question de ses conflits d’intérêts. Les statuts du réassureur prévoient que tout administrateur qui se trouve dans une telle situation dispose d’un mois pour démissionner. Ce qui amène à la date de demain, un mois après l’envoi du courrier hostile aux administrateurs de SCOR.
Rebond spectaculaire de Casino et Rallye
L’autre actualité importante réside dans le rebond spectaculaire des actions Rallye et Casino. Rallye qui est la holding de contrôle de Casino, a donc obtenu une ligne de crédit de 500 millions d’euros auprès de cinq banques à l’approche d’une importante échéance de remboursement, en attendant que Casino procède aux cessions d’actifs annoncées pour réduire sa dette. Cette ligne de crédit, à échéance 30 juin 2020, a été contractée auprès de BNP Paribas, Crédit Agricole CIB, Crédit Industriel et Commercial, HSBC et Natixis, a annoncé la holding de Jean-Charles Naouri dans un communiqué, qui souligne la volonté des banques d’accompagner Rallye dans la durée. Contrairement aux pratiques bancaires habituelles, cette ligne de crédit n’est assortie d’aucun nantissement de titres Casino qui seraient apportés comme garantie.
Attaqué par le fonds vautour Muddy Waters fin 2015 pour manque de transparence et accumulation de dettes, Casino avait été contraint de céder ses très rentables actifs asiatiques pour regagner la confiance des investisseurs. A nouveau mis sous pression par le marché au printemps, il a lancé un deuxième plan de cession d’actifs de 1,5 milliard d’euros. Mais depuis la fin du mois d’août les ventes à découvert se sont multipliées sur le titre Rallye comme sur l’action Casino, compliquant la communication du groupe sur sa capacité à rééquilibrer sa situation financière. En agissant ainsi les banques et les dirigeants du groupe ont permis à l’action Rallye de regagner 25 % dans la semaine et à l’action Casino de grimper de 20 %. Cela n’a pas forcément tué la spéculation de fonds opaques et très organisés, mais cela leur a fait perdre de l’argent et sûrement découragé certains qui ont été conduits à opérer des rachats de titres précipités. Malgré tout, selon les informations de WanSquare, en fin de semaine, les positions ouvertes sur le titre Casino représentaient le montant record de 19,4 % du capital du géant de la distribution.
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