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Un membre de cabinet sur trois mieux rémunéré que son ministre ?

Le député René Dosière a publié son scanner annuel des cabinets ministériels. L’élu considère que la rémunération moyenne d’un conseiller a augmenté au sein de 12 ministères « dans des proportions choquantes ».
Ministère - Matignon
Ministère - Matignon

Chaque année, depuis plus de dix ans, le député de l’Aisne, René Dosière (PS) publie sur son blog une analyse détaillée du document budgétaire consacré aux effectifs dans les cabinets ministériels. Globalement, ces derniers (2.366 personnes, +1,6 %) ainsi que les rémunérations (+2,6 % à 120 millions d’euros) qui y sont attachées progressent à un rythme modéré. Mais le diable est dans les détails.

Tout d’abord, il convient de rappeler que Matignon est un ministère à part. Le Premier ministre compte 59 conseillers (+3 sur un an), contre 241 au total pour le reste du gouvernement. Édouard Philippe est également aidé par des fonctions dites support, qui regroupent 427 personnes (+3), contre 1.639 en tout pour les autres maisons. Le locataire de Matignon dispose par exemple d’une protection renforcée ou encore d’un personnel d’intendance conséquent. En revanche, le nombre de chauffeurs est modéré.

Pour ce qui est des rémunérations, René Dosière note des documents plus complets avec le temps. En 2018, le coût en personnel du gouvernement s’élève donc à 120 millions d’euros (27,7 millions pour Édouard Philippe, 92,2 millions pour les autres, soit une enveloppe de 3,2 millions par ministère. "La rémunération moyenne d’un conseiller ministériel augmente dans 12 ministères dans des proportions choquantes voire scandaleuses compte tenu du contexte économique et financier de l’année 2018 et en particulier de l’évolution des rémunérations dans la fonction publique".

Sont notamment concernés : le porte-parolat (+49,1 %, à 9.180 euros), le secrétariat d’État à l’Égalité hommes/femmes (+25,9 % à 9.078), ou celui aux Affaires étrangères (+17,2 % à 9.928). A noter que Marlène Schiappa a de son côté contesté la hausse, qu'elle situe à environ "10 ou 15 %". Sur France 3, elle a notamment évoqué le changement de sa directrice de cabinet, qui n'est "pas rémunérée sur la base de l'administration", contrairement à son ancienne collaboratrice.

En revanche, six ministères affichent une diminution, comme au sein du cabinet de la secrétaire d’État auprès du ministre des Armées (9.046 euros, -19,9 %), ou la secrétaire d’État aux Finances (8.554 euros, -15 %). Onze cabinets sont restés stables, comme la Justice (10.286 euros) et les Comptes publics (9.463 euros). "La stabilité des rémunérations se constate dans les cabinets où elles étaient les plus élevées, les augmenter à nouveau serait perçu comme de la provocation", commente le député socialiste.

Pour mémoire, en 2017, Emmanuel Macron et Édouard Philippe avaient diminué le nombre de ministres (30 au lieu de 38) et limité le nombre de conseillers (10). Ainsi, le nombre de personnes travaillant en cabinet avait baissé de 47 % (25 % pour le cabinet étendu aux emplois-support). En revanche, la rémunération moyenne brute (primes comprises) des 232 membres des cabinets ministériels s’élevait à 9.186 euros mensuels soit une hausse de 20,5 % par rapport au gouvernement Valls.

René Dosière rappelle que de manière générale, le niveau des rémunérations en cabinet dépend de plusieurs facteurs : administration d’origine (un haut fonctionnaire des finances est mieux payé qu’un membre du tribunal administratif, par exemple), ancienneté et grade de l’intéressé. Il n’existe par ailleurs pas de cadrage des rémunérations en fonction de l’emploi de cabinet occupé. "Dans ces conditions, le niveau de la rémunération est déterminé par le ministre, qui dispose en outre des primes de cabinets dont le montant est compris" dans les rémunérations précédemment évoquées.

Longtemps distribuées en toute opacité, ces primes figurent désormais sur la fiche de paie et sont soumises à l’impôt. "Chaque ministère dispose d’un montant global de primes dont on ignore les critères de calcul", précise néanmoins René Dosière. En 2018, l’enveloppe a atteint les 21,5 millions d’euros dont 6,8 millions versés à 218 conseillers ministériels (soit 75 % des effectifs), le reste étant attribué au personnel-support. Par exemple, les conseillers au Sport ont reçu 5.425 euros en moyenne, aux Finances 5.080 euros, à la Culture 2.365 et 1.127 euros à l’Agriculture. Tout mis bout à bout, le député considère que c'est " le cabinet (au sens large, ndlr) le plus dispendieux de la Vème République, au point que l’on peut estimer qu’un membre de cabinet sur trois perçoit une rémunération supérieure à celle de son ministre (9.940 euros brut)".

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