Laëtitia Bénard (Allen & Overy) : avocate, associée, board member et plus encore
A l'origine, Laëtitia Bénard ne visait pas le métier d’avocat. Non. Elle voulait être Présidente de la République. Elle a finalement déroulé son parcours universitaire dans le domaine du droit et ne le regrette pas, elle qui estime que la politique ne lui conviendrait finalement pas tant que ça - le besoin d’affirmer ses convictions étant trop important. Laëtitia Bénard n'en oublie néanmoins pas le rôle sociétal que doit jouer sa maison, Allen & Overy.
Et elle est bien placée pour peser dans les décisions. Laëtitia Bénard, qui est associée depuis 2009, a été élue en février membre du conseil d’administration du cabinet anglo-saxon. Ce rôle de "garant des valeurs du cabinet et des intérêts de ses associés, qui donne le cap de la stratégie à long terme", comme elle le définit, est un véritable sésame. Laëtitia Bénard est la première et seule Française à avoir intégré le board, qui compte 10 associés (dont trois femmes) de sept nationalités différentes. La stratégie à long terme fait partie de ses sujets. La diversité - dans sa globalité - aussi. Il s'agit de l'un des chevaux de bataille de cette femme de 43 ans, qui a beaucoup voyagé et entretient un lien privilégié avec l’Afrique, où elle a adopté son petit garçon.
Laëtitia Bénard va dans de nombreux pays personnellement, pour les conseils d’administration mais aussi pour son travail d’avocate en tant que tel. Elle dirige le département de propriété intellectuelle à Paris. Spécialiste des brevets, particulièrement dans le domaine pharmaceutique, sa matière est le plus souvent extraterritoriale. Elle a d’ailleurs été détachée à New York en 2005-2006 pour parfaire sa connaissance du contentieux aux États-Unis. Ses clients sont pour beaucoup américains voire suisses. Car si aujourd’hui son expérience lui permet d’affirmer une légitimité certaine, plus jeune, il lui était bien difficile en tant que femme de se voir confier des dossiers par les laboratoires français.
Son expérience, Laëtitia Bénard la doit en partie à Pierre Lenoir. C’est avec cet avocat chevronné que celle qui aime la littérature a grandi. D’abord au sein du cabinet français Jeantet Associés, puis dans un cadre totalement différent chez Andersen Legal dès 2001, qui développait sa pratique juridique, avant la crise Enron. Les deux avocats partiront ensuite chez Allen & Overy. Cabinet que Laëtitia Bénard n’a pas quitté depuis 2003. Elle y a peu à peu monté les marches. En 2017, elle a pris la co-direction du groupe Sciences de la Vie au niveau mondial. Allen & Overy est organisé par départements, mais au-delà de ces derniers, la firme a des regroupements sectoriels "qui permettent de développer les secteurs tous domaines d’activité confondus".
En ce qui concerne sa spécialité, Laëtitia Bénard a vu les dossiers sur sa table évoluer. Il y a dix ans par exemple, les batailles entre laboratoires innovants et ceux spécialisés dans les génériques constituaient l’essentiel du contentieux dans ce domaine. L’avocate a choisi son camp : celui des premiers. Mais depuis, les affaires se jouent également sur d’autres terrains. Sont en lumière actuellement : les médicaments biologiques et biosimilaires, qui soulèvent de nouvelles questions. Pour sa part, Laëtitia Bénard aime faire évoluer la jurisprudence dans sa matière. Elle cite notamment la possibilité - qui était quasiment inenvisageable il y a une dizaine d'années - d’obtenir des référés. Ce qu’elle a réussi en obtenant des premières décisions emblématiques dès 2010. Plus récemment, elle a également obtenu la première décision en France reconnaissant la validité d’un brevet de seconde application thérapeutique. "Les victoires juridiques les plus marquantes sont celles qui font évoluer le contentieux."
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