Philanthropie : Denis Duverne et Serge Weinberg lancent un appel aux personnes aisées
"Avec Serge Weinberg, nous avons lancé ce matin une nouvelle initiative en faveur de la philanthropie http://changerparledon.com. Nous espérons passer rapidement de 40 à 400 signataires !", a tweeté mardi Denis Duverne, président d'AXA. Les deux dirigeants souhaitent inciter les personnes aisées à consacrer 10 % de leurs revenus annuels ou de leur patrimoine à la philanthropie, que ce soit par le biais d'associations ou de fondations. Cet appel raisonne à plus d'un titre. D'abord parce - même s'il n'est pas politique au sens où on l'entend au quotidien, il touche bien à l'étymologie du mot, à savoir ce "qui concerne le citoyen". Or, actuellement tous les regards sont braqués vers la révolte des Gilets Jaunes, qui pour beaucoup demandent plus de justice sociale et une meilleure répartition des richesses. Si une réponse est bien évidemment attendue de l'Etat, celui-ci ne pourra pas tout. Et Serge Weinberg, président de Weinberg Capital Partners, et Denis Duverne - qui, rappelons-le ne lancent pas Changer par le don dans le cadre des manifestations - ne manquent pas de le faire remarquer. "Ces initiatives sont d’autant plus nécessaires que l’action publique a trouvé ses limites : limites en terme de légitimité vis-à-vis des acteurs proches du terrain, limites quantitatives quand la dépense publique représente 55 % du PIB. L’Etat n’a pas d’autre choix que de partager la gestion du bien commun avec les citoyens". Et pour cela Denis Duverne et Serge Weinberg en appellent aux personnes aisés.
Leur initiative, publique, fait écho à ce que ce pratique de l'autre côté de l'Atlantique. "Si aux États-Unis, Bill Gates et Warren Buffett ont lancé il y a quelques années le “giving pledge” (promesse de don) par lequel 170 personnes très fortunées se sont engagées à donner à des associations sans but lucratif 50% de leur fortune, une telle promesse repose sur un environnement juridique et fiscal différent du nôtre. Le système français permet, au travers des dispositions existant en matière d’impôt sur le revenu, d’impôt sur la fortune immobilière et de droits de succession, d’apporter une contribution plus significative qu’elle ne l’est aujourd’hui aux associations et fondations", est-il expliqué sur Changer par le don. Certes les systèmes sont différents, mais le rapport à l'argent, à l'impôt et le fait de rendre public ce type d'actions n'est aussi pas le même d'un territoire à un autre. Au pays de l'Oncle Sam, les actes philanthropiques sont au contraire assumés et les actes de partage des patrons régulièrement applaudis. La philanthropie y est presque un élément de gouvernance ou de management. Ces différences ont sans surprise un impact sur les chiffres. En 2015, les dons et legs aux associations et fondations ont plafonné et représentent environ 7,5 milliards d'euros, soit 0,3% du PIB contre plus de 1 % au Canada et plus de 1,5 % aux Etats-Unis. "Nous lançons cet appel parce que nous sommes convaincus que si tous les Français dont la situation financière est confortable nous rejoignaient, de nombreux projets nouveaux verraient le jour et des initiatives existantes prendraient un nouvel élan, contribuant à la prospérité de notre pays et à sa cohésion sociale", est-il précisé sur le site internet.
Peut-on exporter cette culture de la philanthropie ? En tout cas, plusieurs personnalités, venues de divers horizons et dont certaines sont déjà connues pour leurs actions, se sont engagées pour Changer par le don. Ces dernières sont présentées sur le site internet de l'initiative et s'expriment sur leur démarche. On compte ainsi parmi les signataires : Xavier Fontanet, ancien patron d'Essilor. "La générosité est par essence discrète faute de quoi elle peut devenir une forme de pharisaïsme. Ceci étant posé, les temps changent ! Il est maintenant important de mettre une lumière sur le secteur bénévole et son financement", explique-t-il pour sa part. Le fondateur et l’associé-gérant de Mediafin Édouard Tétreau fait également partie de l'aventure, tout comme Sophie Boissard, la directrice générale de Korian. Henri de Castries et Claude Bébéar, tous deux anciens dirigeants d'AXA sont dans la liste. Est également présent Gonzague de Blignières, co-fondateur de Raise, qui compte d'ailleurs un fonds de dotation, accélérateur philanthropique dédié aux start-up françaises. L'ancien banquier de Bear Stearns, aujourd'hui président du conseil de My Money Bank, Alain Demarolle a aussi apporté sa pierre. Charles-Henri Filippi, qui est passé de Citi à Lazard, est engagé, à l'instar de Pierre de Lauzun (Amafi) ou de Denis Metzger (Chequers Capital). Sans oublier des acteurs issus d'univers tout à fait différents, comme Line Renaud, Marc Levy ou Muriel Robin.
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