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BNP Paribas / Le sIècle
Pierre Moussa est mort
Qui n’a pas connu Pierre Moussa n’a pas connu ce que la haute banque française pouvait produire de meilleur en qualités financières, en qualités humaines et en termes d’honnête homme à la façon dont on utilisait cette expression au dix-huitième siècle.
Selon les informations recueillies par WanSquare Pierre Moussa s’est donc éteint samedi dernier à l’âge de 97 ans après une vie ô combien riche. Son père était un universitaire égyptien et sa mère une sage-femme française, fille de sage-femme. C'est sa mère qui l'a élevé, son père étant rapidement retourné en Égypte. Pierre Moussa est entré en 1940 à l'École normale supérieure, avant de passer avec succès l'agrégation des lettres en 1943.
Se destinant à une carrière dans la haute fonction publique, il entre en 1946 à l'Inspection générale des finances dont il sort major. Il partage ensuite sa vie entre les cabinets ministériels, les postes de haut fonctionnaire (Directeur du transport aérien, Président de la fédération française des sociétés d'assurances, ...) et les grandes organisations internationales (OCDE, Banque mondiale). Il occupe plusieurs fonctions liées à l'outre-mer et est professeur à l'école de la France d'outre-mer, à Sciences Po et à l'Ena.
C’est à lui que l’on doit l'expression "complexe hollandais" qui fut utilisée pour souligner la bonne performance de l'économie hollandaise à la suite de la perte de l'Indonésie. En 1962, lorsque la Banque Mondiale créa un nouveau département, consacré au continent africain, Pierre Moussa fut le premier directeur de ce département, et le demeura durant trois ans.
En 1965, il passe dans le privé. En février 1969, Jacques de Fouchier lui confie le poste de directeur général adjoint de la Banque de Paris et des Pays-Bas (Paribas) et quelques mois plus tard, il en devient le directeur général. En 1975, il devient vice-président, puis président-directeur général (1978-1982) de la Compagnie financière de Paris et des Pays-Bas.
Lorsque le gouvernement de Pierre Mauroy entreprend un certain nombre de nationalisations, dont celles des compagnies financières Suez et "Paribas", Pierre Moussa, après avoir en vain essayé de convaincre le gouvernement, d'abord de ne pas nationaliser Paribas, puis de limiter la nationalisation à la partie bancaire du groupe, résolut de réduire la participation de Paribas dans 2 importantes filiales à l'étranger (la Compagnie belge de participations-Cobepa et Paribas Genève SA-Pargesa) en vendant à un nouveau holding une partie de leur capital. Tout cela avec l’aide de son fidèle second Gérard Eskenasi. Montré du doigt par le gouvernement français, il démissionna de la présidence de Paribas, qui fut nationalisée quelques mois plus tard.
En 1984, Pierre Moussa créa Pallas group (devenu ensuite Pallas holding) qui plus tard fusionnera avec la banque Stern et la Compagnie industrielle de Paris. La banque Pallas-Stern, fortement touchée par l'effondrement de l'immobilier du marché parisien à partir de 1991, déposa son bilan en 1995.
Pierre Moussa, qui était tout sauf sectaire, et qui était un homme de grande culture et de débats présida le club Le Siècle du 1er janvier 1966 au 31 décembre 1968. En 1999, il a créé, avec son épouse Annie, la Fondation pour l'entreprise africaine, reconnue d'utilité publique. La dernière fois qu’il a fait parler de lui fût en 2011 lorsque, très loin de son passé bancaire, il publia un ouvrage remarquable sur le monde arabe intitulé "les 25 Empires du Désert". A cette occasion, celui qui était banni des cercles parisiens depuis l’affaire Paribas fût qualifié par la presse, de manière unanime comme représentant en France de ce qui se fait de plus sophistiqué en matière d'élitisme.
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