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La Banque de Suède met un terme aux taux d'intérêt négatifs
La Banque de Suède a relevé ce matin son taux d'intérêt directeur à 0%, mettant fin à près de cinq années de taux négatifs qui, conjugués à une politique monétaire expansionniste, ont soutenu l'activité mais accru l'endettement des ménages. En février 2015, la Banque centrale de Suède avait introduit un taux d'intérêt négatif, fixé à -0,10%, invoquant les risques de déflation. Un an plus tard, elle avait abaissé ce taux repo - le taux des prises en pension -, à -0,50%, avant de le relever de 25 points de base en décembre 2018. "L'inflation a été proche de l'objectif de la Riksbank de 2% depuis début 2017 et la Riksbank estime que les conditions sont bonnes pour que l'inflation reste aussi proche (de l'objectif) à l'avenir", a-t-elle expliqué ce matin. Elle prévoit une inflation à 1,7% pour l'exercice courant et pour 2020. Aussi, la plus ancienne banque centrale du monde devrait maintenir son taux directeur à 0% jusqu'en 2021, n'entrevoyant un nouveau relèvement qu'en 2022 (à 0,13%), et poursuivre sa politique de rachats d'actifs pour stimuler l'économie.
L'annonce, largement anticipée, ne fait pas l'unanimité chez les gouverneurs de la Riksbank, dont deux sur six ont voté contre. Et les analystes restent plutôt circonspects face à un durcissement de la politique monétaire intervenant au moment où la conjoncture mondiale montre des signes inquiétants. De fait, l'Institut suédois de la conjoncture (KI) a publié hier des prévisions de croissance, de chômage et d'inflation nettement plus pessimistes que celles de la Banque centrale, justifiées selon lui par les incertitudes liées au Brexit et les tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine même si "le ton s'est adouci" récemment dans ce dossier, relève KI. Si "l'inflation a augmenté ces derniers mois et devrait continuer à augmenter dans les mois qui viennent, elle devrait se maintenir sous les 2%", objectif officiel de la Riksbank, "le ralentissement de la conjoncture et les prévisions d'inflation modérée auraient justifié de laisser les taux inchangés", écrit l'institut dans un rapport.
Dans son dernier rapport sur la politique monétaire, la Riksbank a abordé de front les critiques éventuelles de sa hausse de taux. "Le fait que le taux des prises en pension soit relevé par rapport aux niveaux les plus bas alors que l'économie s'affaiblit à partir d'un niveau élevé ne signifie pas que la cible d'inflation ne sera pas atteinte", expliquait-elle. Robert Bergqvist, économiste en chef chez SEB, estime lui que le retour des taux suédois en terrain neutre est une bonne décision. "Un taux négatif envoie un signe de crise. Ce qui fait que vous n'obtenez pas l'effet attendu de la politique monétaire, car les gens se mettent à épargner" plutôt que de consommer, explique-t-il. De plus, il faut rappeler que, se focaliser uniquement sur le taux d'intérêt nominal n'est pas pertinent pour juger du degré d'accommodement de la politique monétaire, il est préférable de se référer au taux d'intérêt réel qui reflète davantage les véritables conditions financières. Ainsi, si le taux directeur nominal est maintenant à 0% le taux d'intérêt réel, lui, - le taux nominal ajusté de l'inflation -, est proche de -2%, la politique monétaire suédoise reste donc relativement accommodante malgré ces 25 points de base de hausse.
Avec cette manœuvre, la Banque de Suède est la première banque centrale à sortir du régime des taux d'intérêt négatif. Désormais, elles ne sont plus que quatre à donner cette orientation à leur politique monétaire : la Banque centrale Européenne, la Banque du Japon, la Banque nationale Suisse et la Banque nationale du Danemark.
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