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Le fléau des entreprises zombies
D’après la définition d’Oxford Economics, une entreprise zombie est, au sens large, une société âgée d’au moins dix ans dont la rentabilité – l’EBIT ou l’EBITDA – n’a pas été suffisante pour couvrir les intérêts associés à sa dette pendant au moins trois années consécutives - le ratio entre ses revenus et les intérêts à verser est inférieur à 1. Au sens strict, est également pris en compte la faible croissance du bénéfice dans les années à venir. Selon Oxford Economics, il existe, au sens large, 12% de firmes zombies dans les économies avancées, et 6% au sens strict. Le plus inquiétant est que ces chiffres ne font qu'augmenter depuis les années 80.
Les problèmes que soulèvent les entreprises zombies sont multiples. Des études montrent que les zombies ont tendance à être moins productives. Par conséquent, une part plus importante de sociétés zombies au sein de l’économie pourrait peser sur la productivité globale. De plus, la survie des entreprises zombies peut évincer les investissements et l'emploi à destination des entreprises saines. Concrètement, les prix des produits des entreprises saines décroissent et les salaires qu'elles versent ainsi que leurs coûts de financement augmentent, puisque les zombies leur font concurrence sur tous ces plans.
C’est pourquoi la zombification des entreprises est un phénomène pris très au sérieux par des institutions internationales comme la Banque des règlements internationaux qui y consacre des analyses et mesure fréquemment leur nombre. France Stratégie résumait les enjeux autour de la zombification ainsi dans une récente note, "la création de richesses passe par la capacité d’une économie à faire émerger puis grandir de nouvelles entreprises mais tout autant par sa capacité à faire disparaître les entreprises les moins efficaces. Les entreprises zombies freinent cette dynamique de renouvellement du tissu productif et empêchent la bonne allocation des ressources, notamment en piégeant des ressources productives qui seraient plus utiles au développement des entreprises performantes".
Ces entreprises zombies ne sont pas apparues par hasard. Le comportement de certaines banques fragiles est souvent cité par les études, en ce sens qu'elles refinancent ces entreprises pour leur permettre de payer les intérêts sur les prêts en cours, et ainsi d'éviter, ou du moins, retarder, la faillite. Cette pratique permet aux banques d'avoir des bilans plus sains, car elles déclarent moins de prêts non performants et font moins de provisions pour pertes sur leurs prêts. Elles présentent ainsi également de meilleurs ratios prudentiels - car elles évitent de mobiliser leurs fonds propres. La conséquence de ces perfusions provenant des banques fragiles rend possible la survie des entreprises zombies de survivre alors qu'elles devraient disparaître. Une autre cause est souvent évoquée pour expliquer l'émergence d'entreprises zombies est la baisse tendancielle des taux d’intérêt depuis les années 80. Aussi, pour mettre fin à ce phénomène, d'aucuns proposent une hausse des taux d'intérêt au travers de politiques monétaires moins accommodantes.
Une solution évidente sur le papier, qu'Oxford Economics juge comme étant mauvaise. Oui, cela anéantirait vraisemblablement les entreprises zombies et libérerait ainsi des ressources pour les entreprises les plus efficaces boostant ainsi leur potentiel, ceci dans la plus simple logique schumpéterienne. Cependant, ces dernières devraient également assumer des taux d'intérêt plus élevés. Au total, le cabinet de recherche économique estime que l'effet net pourrait être négatif. Une autre méthode pour endiguer le phénomène pourrait consister à suivre l'exemple du Danemark qui a vu son taux d'entreprises zombies décroître malgré une politique monétaire accommodante comprenant des taux d'intérêt négatifs depuis 2014.
La Banque centrale du Danemark a publié une étude - en décembre 2019 - et y explique que "le Danemark offre un bon cadre pour la résolution des problèmes des entreprises en difficulté, en réduisant la durée des procédures d'insolvabilité. Cela contribue à la fermeture des entreprises non rentables, et, et donc, à contenir la prévalence des entreprises zombies". Le fameux système de flexisécurité à la danoise pourrait également avoir son rôle à jouer puisque "le haut degré de protection des revenus au Danemark peut également réduire l'opposition à la fermeture d'une entreprise zombie car les coûts pour les employés affectés peuvent être plus faibles que dans les pays à faibles revenus de protection. Cela rend moins impopulaire la décision des créanciers de forcer la fermeture d'une entreprise", précise l'étude.
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