Dirigeants, gouvernance / Matthieu Pigasse / Center View Partners / Centerview France
Dirigeants, gouvernance
Matthieu Pigasse / Center View Partners / Centerview France
Pour l'instant Matthieu Pigasse n'est que salarié de Centerview France
Selon les informations obtenues par WanSquare, c’est le 24 avril dernier qu’ont été signés "les registres de baptêmes" attestant de la création de la société Centerview Partners France, dont le siège social provisoire est situé au 95 rue de la Boétie, près des Champs-Élysées.
Parmi les trois parties fondatrices figurent deux sociétés américaines : Lightyear France GP II LLC, société à responsabilité limitée de droit de l’État du Delaware, représentée par Jeanne Vicari et Lightyear France Limited Partner LLC, société à responsabilité limitée de droit de l’État du Delaware représentée par Matthew Walsh. La troisième société est une coquille française, Lightyear, société par actions simplifiée au capital de 100 euros, représentée par son Président, Stuart Johnston. Mais elle est totalement détenue par une autre société américaine Lightyear Intermediate Holdings LLC immatriculée dans l’État du Delaware, connu pour ses nombreux avantages fiscaux et sa discrétion légendaire.
La banque française que va donc diriger Matthieu Pigasse a été constituée sous le régime d’une société en commandite simple avec comme commandités les sociétés Lightyear France GP II LLC et Lightyear SAS, dont tout laisse à penser qu’elles représentent en partie les intérêts de Matthieu Pigasse et comme commanditaire la société Lightyear France Limited Partner LLC. Vis-à-vis du droit bancaire français, c’est la coquille Lightyear SAS qui a décaissé 98 % des capitaux constitutifs.
En termes de gestion au jour le jour, il est convenu que Centerview France est administrée par un ou plusieurs gérants, choisis parmi les associés commandités ou en dehors de la société et qui sont soit désignés par les statuts, soit par décision prise à la majorité en nombre des associés commandités et à la majorité en nombre et en capital des associés commanditaires. Pour l’heure, Lightyear France GP II LLC est désignée en qualité de premier gérant statutaire.
Enfin pour ce qui est de la répartition des futurs bénéfices que Centerview France ne va pas manquer d’engranger rapidement, eu égard au carnet d’adresses et au savoir-faire de son créateur les statuts précisent que le résultat net est réparti entre les associés commandités et commanditaires. Une partie (non précisée) du résultat net avant impôt égale à la part qu’il détient dans le capital social à la clôture de l'exercice est prélevée et attribuée en priorité à chaque associé commanditaire. C’est ce qu’on appelle le préciput, destiné à l’actionnaire américain afin de couvrir, au moins, les coûts fixes qu’il va supporter.
Le solde du résultat net avant impôt, après prélèvement du préciput des commanditaires, est réparti entre les associés sur décision du premier gérant statutaire. Une première partie de ce solde sera répartie entre les associés selon une formule de calcul évolutive au cours des premières années. L’autre partie sera versée aux associés en proportion du nombre de parts qu’ils détiennent.
Tout dépend bien sûr du pacte d’actionnaires liant les trois sociétés parties prenantes à la constitution de Centerview France. Mais selon l’avis de plusieurs avocats auxquels ont été soumis ces statuts, ils font ressortir que Centerview France aura une structure très comparable à celle de Lazard, et ses animateurs seront davantage des salariés, sûrement très bien rémunérés, que des entrepreneurs comme Matthieu Pigasse entendait le devenir, après son départ de Lazard. Mais les statuts actuels peuvent être amenés à évoluer, ainsi que nous l'a précisé la porte-parole de Matthieu Pigasse. Dans ce cas ce serait une autre histoire !
Enfin il est cocasse de remarquer que tout le montage de création de la structure française de Centerview France passe par l’État du Delaware, paradis fiscal bien connu. Dans une discussion avec les lecteurs du Monde en 2009 Matthieu Pigasse s’interrogeait sur les décisions du G20 convoqué par Nicolas Sarkozy pour apporter des solutions à la crise financière de 2008. Il y saluait "la volonté des grandes puissances mondiales de lutter contre les paradis fiscaux" Avant d’ajouter : "Le diable est néanmoins dans les détails et dans la mise en œuvre de cette volonté. Quels sont les paradis fiscaux à inscrire ou non sur cette liste ? Hongkong, Macao, le Delaware, Andorre en font-ils partie ? Surtout, au-delà de la liste, quelles sanctions et quelles mesures de rétorsion prendre à l'encontre de ces zones de non-droit ?" C’est donc dans une "zone de non-droit" que l’ancien patron de Lazard a donné le départ de sa nouvelle carrière de banquier !
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