Macro-économie / Taux / Shinzo Abe / Japon / Premier ministre
Macro-économie / Taux
Shinzo Abe / Japon / Premier ministre
Le successeur de Shinzō Abe ne devrait pas faire de vagues
C’est la seconde fois que sa rectocolite hémorragique l’aura poussé à démissionner de son poste de Premier ministre du Japon. En 2007 déjà, alors qu'il était âgé de 53 ans, Shinzō Abe avait été désigné à la tête du pays un an plus tôt en étant le plus jeune Premier ministre depuis soixante-dix ans et sa maladie chronique avait eu raison de son mandat. Sans surprise, à peine eut-il démissionné vendredi dernier que les spéculations allaient bon train à propos de son successeur. Après tout, le Japon est tout de même la troisième puissance économique mondiale, loin devant l’Allemagne.
C’est l’élection à la tête du Parti libéral-démocrate (PLD) du 14 septembre qui sera décisive. Cette élection interne est en effet clé dans la désignation du Premier ministre, puisque le Parti libéral-démocrate (PLD) et son allié, le parti Komeito, contrôlent les deux chambres de la Diète – la chambre des représentants et la chambre des conseillers. À l’heure où nous parlons, trois candidats ont fait part de leur désir de se présenter à la tête du PLD dont l'ancien ministre de la Défense Shigeru Ishiba, 63 ans, assez populaire au sein du parti, et le chef de la stratégie politique du PLD, Fumio Kishida, 63 ans, un ancien ministre des Affaires étrangères. Toutefois, c’est le troisième candidat qui fait figure de favori : il s’agit de Yoshihide Suga, le secrétaire général et porte-parole du gouvernement de Shinzo Abe depuis décembre 2012. Agé de 71 ans, il a également été ministre des Affaires intérieures et des Communications entre 2006 et 2007 pendant le premier mandat de Shinzo Abe.
Évidemment, se pose la question du changement de politique économique potentiel avec l’arrivée au pouvoir d’un nouveau Premier ministre. Shinzō Abe avait fait des "trois flèches" le cœur de sa politique économique, surnommée par tous Abenomics. D'abord, pour lutter contre la très faible inflation dont souffre le pays depuis une vingtaine d'années, une politique monétaire accommodante via des achats d’actifs massifs effectués par la Banque centrale du Japon (BoJ), dont la taille de son bilan a été multipliée par quatre depuis décembre 2012, laissant parfois perplexe (la BoJ achète des ETFs). Les deux autres flèches se concentraient sur les réformes structurelles visant, d'une part, à doper la productivité et changer la place des femmes dans la société et d'autre part, à mener une politique budgétaire expansionniste – le déficit budgétaire a représenté en moyenne 4,75% du PIB entre 2012 et 2019, selon le FMI.
Compte tenu de l’importance des Abenomics sur la trajectoire du Japon durant la décennie passée, "tout changement politique significatif est peu probable" selon Naohiko Baba, économiste spécialiste du Japon chez Goldman Sachs. Rappelons que le Japon subit de plein fouet la crise économique, le PIB en volume a décroché de 9% au deuxième trimestre, par rapport à son niveau d’avant-crise. Ainsi, au regard de ce contexte économique âpre, le nouveau Premier ministre devrait "maintenir le statu quo et poursuivre la reconstruction de l'économie", explique Naohiko Baba. Chez M&G Investments, on anticipe que la politique menée devrait tout de même varier selon qui est élu entre Yoshihide Suga d'une part, et Fumio Kishida ou Shigeru Ishiba d'autre part. Le premier "poursuivrait probablement les politiques que l'administration actuelle a mises en place pour lutter contre la pandémie au cours des troisième et quatrième trimestres". En revanche, "Fumio Kishida, et Shigeru Ishiba, sont considérés comme des options plus perturbatrices pour les marchés en raison de leur position sur l'austérité budgétaire". Les Abenomics n'auraient rien à craindre si Yoshihide Suga était amené à devenir Premier ministre, explique Wolfgang Fickus, membre du comité d’investissement de Comgest, car après tout, "il en est le co architecte".
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

