Carlos Ghosn a choisi le « confesseur » pour sa défense
Il y a quelques années, l’avocat de Carlos Ghosn était de l’autre côté de la barrière. Surnommé le "Confesseur" pour sa capacité à extraire des aveux aux suspects, ou encore "Monsieur bien au carré", Motonari Ohtsuru a été dès 2005 à la tête de l’unité qui enquête aujourd’hui sur le patron spécialiste de l’automobile. S’il n’a pas hésité par le passé à dénoncer les "esprits démoniaques" qui rongent la société japonaise, il a également affiché de l’empathie pour les personnes qu’il poursuivait. Aujourd’hui, avocat, il prend l’un des plus grands dossiers "col blanc" au monde.
Pour rappel, la garde à vue de Carlos Ghosn a finalement été prolongée aujourd’hui. Il faudra donc attendre le 10 décembre prochain pour savoir si le patron de Renault - arrêté le 19 novembre à Tokyo - sera libéré sans charges, ou inculpé, et incarcéré dans la foulée ou libéré sous caution. En tout cas, si la justice nippone s'en tient à aux premières pièces puisqu'une autre garde à vue peut-être mise en place pour de nouveaux griefs. Très discret dans la presse, son avocat n'a pas répondu aux sollicitations des agences comme l'AFP qui souhaitait confirmer son rôle auprès de Carlos Ghosn.
Les médias ont tout de même quelques éléments le concernant. Motonari Ohtsuru, 63 ans, connaît parfaitement les rouages de la brigade spécialisée dans les affaires financières qui enquête sur son client. L'ex-procureur a notamment planché sur les fraudes comptables d'une société internet, Livedoor, portée par Takafumi Horie et une affaire de délit d'initié d'un gestionnaire de fonds célèbre au Japon dans les années 2000.
Motonari Ohtsuru est aussi un homme de convictions. "Nous ne devons pas accepter une société dans laquelle les comportements injustes triomphent sur les gens qui gagnent leur vie à la sueur de leur front ou ont perdu leur travail dans des restructurations d'entreprises, dans laquelle de tels agissements dament le pion à des entreprises qui respectent la loi", avait-il écrit dans un article publié sur le site internet du ministère de la Justice.
Il n’était néanmoins pas dénué d’empathie pour ceux qu’il poursuivait. "Beaucoup de gens impliqués dans des délits sont des salariés qui travaillent dur. Je me suis dit parfois que j'aurais fait comme eux à leur place", avait-il confié en 2005, selon le quotidien Mainichi Shimbun. D’où le fait qu’il n’y ait pas une totale contradiction dans le fait qu'il ait changé de camp, en devenant avocat de la défense en 2011.
"M. Otsuru est l’un des meilleurs choix en tant qu’avocat de M. Ghosn parce qu’il connaît les techniques des procureurs", a expliqué un ancien procureur aujourd’hui dans le privé, Yoji Ochiai, et cité par le Wall Street Journal. Et d’ajouter que l’avocat sera un atout précieux si la défense souhaite obtenir un accord. Un avis qui n’est pas partagé par tous les spécialistes. "Pour que Ghosn soit innocenté, vous devez vous battre en expliquant que cette affaire est totalement fausse depuis le début. Mais [M. Otsuru] n'est pas ce genre d'homme", estime un autre procureur avec qui il a travaillé, Nobuo Gohara. À voir si le choix de l'équilibre penchera positivement dans la balance pour Carlos Ghosn.
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