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Renault/Alliance : le temps qui passe abîme les liens ?

Les médias japonais s'attendent à ce que le parquet de Tokyo requière un nouveau mandat d'arrêt contre Carlos Ghosn. Pendant ce temps-là, la crise politique court.
Carlos Ghosn
Carlos Ghosn

Le temps judiciaire est long. Et dans le cas de Carlos Ghosn les craintes de nouveaux griefs pourraient se matérialiser. Selon les médias japonais, le parquet de Tokyo va requérir un nouveau mandat d'arrêt contre Carlos Ghosn, sur de nouveaux soupçons de minoration de revenus. En effet, une garde à vue supplémentaire peut être décidée si de nouvelles accusations sont formulées à son encontre. La procédure en question pourrait durer 22 jours à partir de lundi 10 décembre, et concerne la dissimulation de revenus sur trois années de plus, pour un montant de 4 milliards de yens (31 millions d'euros). Et pour ne rien arranger, les investigations pourraient être étendues à d'autres motifs. Bien que Carlos Ghosn nie toutes les charges qui lui sont reprochées, la machine judiciaire est en marche et les dégâts avec elle. Car outre le cas personnel de Carlos Ghosn, c'est l'avenir de Renault - en très grande partie à travers l'Alliance - qui est en question. Or, les Japonais ne se montrent pas rassurants.

Pour mémoire, le dirigeant a été arrêté le 19 novembre dernier. Dans la foulée, Bruno Le Maire, ministre de l'Économie français, a déploré "n'avoir pas d'informations". Il a demandé à ce que les charges soient "rapidement" transmises à l'État actionnaire et à Renault. "Je ne souhaite pas qu'il y ait des modifications entre les équilibres de pouvoirs", a ajouté le ministre. "Le directeur général de Renault doit rester président de l'alliance." De leur côté, fin novembre, les trois constructeurs - Renault, Nissan et Mitsubishi - ont publié un communiqué commun pour réaffirmer leur attachement à l'alliance automobile franco-japonaise. À l’issue d'une réunion entre les parties, le patron de Mitsubishi Motors, Osamu Masuko, a indiqué que la direction de l'alliance évoluerait plutôt vers une gouvernance conjointe sous la houlette des directeurs généraux des trois constructeurs automobiles. Les hommes forts n'auraient pas évoqué la question d'un changement de la structure capitalistique de l'alliance, lors de la rencontre.

Mais rien n'est joué. La crise politique fait rage. Et celle-ci doit être éteinte avant que toutes les velléités d'évolutions et/ou promotions de personnes ne voient le jour. Parmi les déclarations qui ont de quoi faire trembler l'Alliance : celles d'Hiroto Saikawa, qui assure la présidence par intérim de Nissan depuis l'arrestation de Carlos Ghosn, lors d'une réunion avec les salariés du groupe. Le directeur général aurait indiqué que la "relation avec Renault ne se fondait pas sur une base équitable", selon le quotidien économique Nikkei. Un porte-parole de Nissan a déclaré qu'Hiroto Saikawa avait à nouveau parlé de la trop grande concentration de pouvoirs dans les mains d'une seule personne. Pour ne rien arranger, il y a également le manque d'informations dont dispose la France sur le dossier. Selon l'AFP, ce mercredi, le constructeur français n'avait toujours pas pu obtenir du partenaire japonais les éléments de son enquête interne transmis à la justice japonaise.

Pour mémoire, Renault et Nissan ont créé l'alliance en 1999, lorsque le constructeur français a sauvé son concurrent nippon de la faillite. Le groupe français détient aujourd'hui 43,4 % du capital de Nissan, tandis que ce dernier possède 15% de Renault. Pour autant, il y a quelques jours, Nikkei a expliqué que Nissan apporte "davantage à l'alliance" et ne tirait pas avantage de cette supériorité. En fin de semaine dernière, à l'occasion du sommet du G 20, Emmanuel Macron a rappelé au Premier ministre japonais Shinzo Abe son attachement à ce que l'alliance Renault-Nissan soit préservée. En 2017, l'Alliance a permis 5,7 milliards d'euros de synergies. Les risques pour l'avenir de Renault sont importants. Le temps qui passe fait ressortir les frustrations, et inquiète en cette période de guerre commerciale, où la priorité devrait être donnée aux alliances qui portent leurs fruits. Face à des États-Unis qui n'en perdront pas une miette. 

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