Exercice de communication pour le patron de Nissan
Alors que des tensions au sein de l'Alliance se font jour régulièrement depuis l'arrestation de Carlos Ghosn, le patron de Nissan s'est exprimé dans la presse française. Dans une interview accordée aux Échos, Hiroto Saikawa sépare le bon grain de l'ivraie. Ce n'est pas un hasard si le Japonais - qui a pris la tête de Nissan - a livré sa vérité dans un grand quotidien hexagonal. Celui qui est parfois accusé d'avoir tué le père, tente depuis plusieurs jours de rassurer sur l'Alliance - modèle que les Français souhaitent et auraient tout intérêt à préserver. "L'Alliance n'est pas importante, elle est cruciale ! (...) J'ai grandi avec elle et, aujourd'hui, je suis persuadé que l'Alliance est un avantage compétitif clef pour nos entreprises", a-t-il déclaré. " Il n'y a personne chez Nissan, Renault ou Mitsubishi qui envisage de se passer de cette Alliance. C'est elle qui nous permet de rivaliser avec les géants de l'industrie automobile". Et d'ajouter que la priorité du moment est la stabilité et non pas l'évolution de la structure de l'actionnariat. À ce sujet, il indique que la présence de l'État français au capital de Renault n'est pas une difficulté pour Nissan.
Hiroto Saikawa a profité également de l'entretien pour balayer d'un revers de main la thèse du complot, selon laquelle il aurait évincé Carlos Ghosn, sachant que celui-ci voulait le pousser vers la sortie. Pour mémoire, Hiroto Saikawa a été nommé directeur général en 2017 de Nissan et président par intérim à la suite de l'arrestation de Carlos Ghosn. "C'est absurde et je ne peux pas comprendre que l'on puisse croire une seconde à un tel scénario ! Regardez les faits. Ils sont graves. J'ai été le premier choqué par ce que l'enquête a montré." Il rappelle aux Échos que la légitimité - bien méritée - de Carlos Ghosn chez Nissan ait pu faire que rien n'ait fuité avant. Il estime que la mise en place d'une meilleure procédure récente pour les lanceurs d'alerte a pu également jouer dans ces révélations, parfois tardives. Hiroto Saikawa dit souhaiter que les administrateurs de Renault aient une connaissance complète du dossier. "Je pense que, lorsque ce sera le cas, ils tireront la même conclusion que nous", explique-t-il. L'homme fort de Nissan assie par ailleurs sa légitimité en développant ses priorités pour son groupe. L'exercice permet ainsi à Hiroto Saikawa de faire directement entendre sa voix en France où les questions sont multiples et où la défiance envers les Japonais pouvait s'installer.
Parallèlement, le tribunal de Tokyo a rejeté ce mardi la demande de libération sous caution de Carlos Ghosn. Le tribunal a considéré qu'il y avait un risque de destruction de preuves, a précisé la chaîne de TV publique NHK. L'avocat devrait faire appel de ce refus de remise en liberté, selon la NHK, mais si la décision de le maintenir en prison est confirmée par un deuxième juge, Carlos Ghosn restera en détention provisoire au moins jusqu'au 10 mars. Cette mesure pourra être étendue sur demande du procureur par période reconductible d'un mois, rapporte l'AFP. Vendredi, le tribunal a cependant autorisé les visites de sa famille, en plus de celles de ses avocats et du personnel consulaire de la France, du Liban et du Brésil, les trois pays dont il est citoyen.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

