Gouvernance : un futur pour Renault, des voeux pour l'Alliance
Fin du faux suspens qui durait depuis quelques jours. Le conseil d'administration de Renault s'est réuni aujourd'hui - la démission de Carlos Ghosn entre les mains. Il a bien décidé de dissocier les fonctions de président et de directeur général du constructeur automobile. Dans un communiqué, le groupe annonce les nominations respectives de Jean-Dominique Senard, président de Michelin jusqu'en mai prochain, et de Thierry Bolloré, actuel DG par intérim. Un duo qui devrait trancher avec le style de Carlos Ghosn. Car même si ce dernier s'est montré très efficace à la tête de Renault et de l'Alliance, le groupe a besoin de retrouver de la sérénité après le choc de son arrestation. Jean-Dominique Senard, avec son image de dirigeant social qui a travaillé dans une entreprise à l'ADN familial, va pouvoir y concourir, tout comme Thierry Bolloré, qui a tissé un lien avec les syndicats. "Il est important aujourd'hui de retrouver une forme de sérénité après les événements particulièrement extraordinaires que nous venons de vivre", a d'ailleurs résumé le premier.
En revanche, le nom de Carlos Ghosn n'est pas inscrit dans le communiqué. Seule une phrase salue sobrement le parcours de l'ex-PDG. Et le texte est beaucoup plus alambiqué en ce qui concerne la gouvernance de l'Alliance. "Le conseil d’administration de Renault souhaite superviser activement le fonctionnement de l’Alliance et décide de confier à son président la pleine responsabilité du pilotage de l’Alliance pour le compte de Renault, en liaison avec le directeur général." Et d'ajouter : "A ce titre, le président du conseil d’administration de Renault sera l’interlocuteur principal du partenaire japonais et des autres partenaires de l’Alliance pour toute discussion sur l’organisation et l’évolution de l’Alliance." Néanmoins, selon nos informations, c'est bien Jean-Dominique Senard qui devrait prendre la tête de l'Alliance.
D'ailleurs depuis quelques jours, les déclarations côté Nissan sont beaucoup plus apaisées qu'elles ne l'étaient dans les semaines qui ont suivi l'arrestation de Carlos Ghosn. Le directeur général de Nissan, Hiroto Saikawa, s'est réjoui aujourd'hui du nouveau chapitre qui s'ouvre et a dit espérer que la communication, après plusieurs semaines difficiles, s'améliorera. Il a répété que ce n'était pas le moment pour discuter de la structure idéale de l'Alliance. Le constructeur japonais a également annoncé la tenue d'une assemblée générale (réclamée par Renault), probablement pour mi-avril. Le communiqué de Renault précise que Jean-Dominique Senard "proposera au conseil d’administration tout nouvel accord d’Alliance qui lui semblerait utile à l’avenir de Renault. Il aura vocation à être le représentant principal de Renault dans les organes de direction de l’Alliance et chez Nissan lorsque Renault dispose d’un droit de proposition".
Jean-Dominique Senard bénéficie en tout cas des faveurs de l'Etat, qui - notamment du côté de Bruno Le Maire - a fait une grande partie du travail pour démêler la gouvernance en pleine crise. "L'alliance Renault-Nissan a besoin d'une gouvernance solide et stable pour relever les défis de la double révolution technologique de l'industrie automobile : celle des batteries et moteurs électriques, mais aussi celle des véhicules autonomes", a tweeté aujourd'hui le ministre de l'Économie.
D'autres requêtes ont été formulées puisqu'il est aussi annoncé que Jean-Dominique Senard "devra évaluer et, si nécessaire, faire évoluer la gouvernance de Renault afin notamment d’assurer la transition vers la nouvelle structure. Il présentera ses propositions sur l’évolution de la gouvernance au conseil d’administration avant la prochaine assemblée générale des actionnaires". En effet, si Carlos Ghosn fait face actuellement à la justice, d'éventuelles responsabilités - sous des formes actives ou passives - seront peut-être mises en avant et obligeront le président à faire évoluer la composition du comité exécutif et du conseil d'administration.
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