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Renault-Nissan : après l’alliance, la méfiance
Jean-Dominique Senard n’imaginait sans doute pas, en acceptant, il y a quelques mois, de devenir le chairman non exécutive de Renault, que tant d’évènements allaient intervenir aussi rapidement. Il y a eu le nouveau flot d’accusations à l’égard de Carlos Ghosn au Japon, qui lui vaut un nouvel emprisonnement. Il y a eu l’enquête interne de Renault montrant que l’ex-tycoon avait détourné plus de 11 millions d’euros à son profit. Il y a eu surtout le projet de rapprochement avec Fiat Chrysler que Bruno Le Maire a fait échouer de peur de vexer les Japonais, en faisant revenir le centre de gravité du groupe en Europe.
L’État n’a beau avoir que 15 % du capital de Renault et deux représentants à son conseil d’administration, son intransigeance a fait fuir la famille Agnelli. Bruno Le Maire a beau être un ministre libéral, dans un gouvernement libéral auprès d’un Président libéral, il n’a pas compris que le capitalisme ne peut supporter la moindre intervention étatique. Il ferait bien de relire l’histoire de ces marins malouins qui au dix-septième siècle développaient le commerce par les mers et enrichissaient l’arrière-pays breton et normand. Un jour ils reçurent la visite de Louis XIV qui leur demanda "en quoi puis-je vous aider ?". Et le monarque de s’entendre répondre : "Sire surtout ne faites rien."
Non seulement Bruno Le Maire s’est mêlé de questions qui ne concernaient que les administrateurs de Renault. Mais en plus de cela, il a filé à Tokyo pour aller expliquer aux dirigeants de Nissan, qui ne cachent plus leur aversion pour l’alliance avec Renault, que l’État allait faire descendre sa part au capital du constructeur français, et que ce projet avec Fiat n’était vraiment pas une bonne idée.
À croire que Bruno Le Maire est aussi fin tacticien comme ministre de l’Économie que praticien lorsqu’il était ministre de l’Agriculture et qu’il ne savait pas à quoi correspondait un hectare. Chez Renault, on sait très bien que l’alliance avec Nissan ne fonctionne plus. Que l’affaire Ghosn a fait fuir au galop vingt années de confiance. Et que quels que soient les signes envoyés par Bercy, plus rien ne sera aujourd’hui comme avant. Ce qui pose évidemment le problème de l’Alliance Renault-Nissan. Le groupe a donc décidé, à juste titre, de rappeler à Nissan qu’il était son principal actionnaire avec 43 % du capital. De fait : à quinze jours de l’assemblée générale de Nissan, le groupe au losange vient d’annoncer, dans un courrier révélé par le Financial Times, qu’il n’acceptait plus la refonte prévue de la gouvernance du groupe japonais. Comme la majorité des deux tiers est nécessaire, cela bloque, de facto, le projet de Nissan.
Et il ne s’agit pas là d’un geste de mauvaise humeur. Mais de bon aloi. Nissan prétend vouloir améliorer la gouvernance de son groupe. Mais le constructeur français, et premier actionnaire se trouve insuffisamment représenté au sein des trois comités du conseil que Nissan veut mettre en place. Si le patron de Renault, Jean-Dominique Senard, doit participer au comité de nomination, le directeur général Thierry Bolloré est écarté dans les deux autres. En agissant ainsi, Renault rappelle au japonais qui est son premier actionnaire qui l’a sauvé du désastre il y a vingt ans et ce n’est que justice. Il reste quelques jours aux dirigeants de Nissan de montrer, s’ils le veulent vraiment, qu’ils tiennent à cette alliance avec Renault, au-delà des mots et des sourires figés.
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