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Pourquoi Renault doit lâcher Nissan

Fusions, Acquisitions / Renault / Renault-Nissan / Fiat-Chrysler / Jean-Dominique Senard / Bruno Le Maire / AllianceBernstein

Fusions, Acquisitions
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La note secrète sur Renault qui affole Bercy

Le meilleur analyste de l’industrie automobile, Max Warburton, qui travaille chez Bernstein, vient de publier une note dans laquelle il recommande à Renault de se séparer de Nissan pour faire vite le rapprochement avec Fiat. Avec à la clé un cours de 90 euros, supérieur de 66 % à la valeur actuelle de l’action.

Max Warburton qui est l’analyste vedette du secteur automobile et qui exerce ses talents chez Bernstein vient de publier une note qui commence à secouer à Bercy. Il recommande en effet à Renault de lâcher sa participation avec Nissan, qui pour des raisons politiques, veut retrouver son indépendance. Et de renouer très vite les contacts avec John Elkann pour un rapprochement avec Fiat-Chrysler. Un schéma très éloigné de celui de Bruno Le Maire et d’Emmanuel Macron, dont la principale préoccupation est de pacifier les relations avec les alliés japonais.

Et puisqu’on ne saurait mieux justifier le raisonnement de l’analyste de Bernstein, nous pensons utile pour nos lecteurs de publier sa lettre ouverte à Jean-Dominique Senard qui sert d’introduction à sa note de 32 pages.

 

"Cher Jean-Dominique,

J'espère que cette lettre vous trouvera en bonne santé, malgré les événements épuisants de ces derniers mois. J'espère aussi que cela ne vous dérange pas que je vous écrive ainsi, et dans un format si public. Cela fait plus de 10 ans qu'on ne s'est pas vus depuis l'époque où je couvrais Michelin. Nous n'avons pas eu l'occasion de nous rencontrer depuis que vous avez pris la présidence de Renault, mais j'espère que ce sera bientôt possible. En attendant, j'ai pensé vous envoyer mes conseils non sollicités sur la situation complexe à laquelle vous faites face avec Nissan d’un côté et Fiat-Chrysler de l’autre.

Je me rends compte que vous êtes déjà entouré d'une armée de conseillers, rémunérés ou non. Vous avez donc probablement l'impression que la dernière chose dont vous avez besoin, c'est d'une autre opinion, surtout de la part de quelqu'un qui est très éloigné de l'action. Mais se trouver à une certaine distance des événements peut parfois être utile. J'ai suivi Renault, Nissan et Fiat pendant près de 20 ans. J'ai pu observer ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas dans l'industrie automobile. Et sans aucun lien avec l'une ou l'autre de ces entreprises, avec les décideurs d'origine ou avec l'État français, je dirais que je peux donner une vision objective et impartiale des choses. Alors voilà : à mon avis, la meilleure façon pour Renault, et pour la France, d'aller de l'avant, c'est de se débarrasser de la participation de Nissan - rien que cela - et de fusionner avec Fiat-Chrysler.

Vous semblez vous accrocher à l'idée que l'Alliance avec Nissan peut être préservée. Mais tout indique le contraire. Nissan dit très clairement qu'il ne veut pas être contrôlé par Renault. Après 20 ans à jouer au citoyen du monde, ce groupe veut réaffirmer son identité japonaise. Nous sommes à l'ère de la dé-mondialisation et de la réaffirmation des identités nationales. Il ne s'agit pas seulement d'une histoire d'électeurs "laissés-pour-compte", mais aussi d'entreprises et de dirigeants malheureux. Les Japonais ont repris le contrôle. Ces changements rendront la collaboration entre Renault et Nissan difficile, voire impossible, comme par le passé.

À mon avis, persévérer avec Nissan pourrait être plus difficile qu'il n'en vaut la peine. Vous êtes entouré d'un grand nombre d'architectes qui ont participé à l'opération originale en 1999. L'establishment français est extrêmement fier de l'Alliance, qu'il considère comme un triomphe de la politique et de la politique industrielle. Ils vous diront qu'elle a renforcé la compétitivité de Renault et créé d'énormes synergies. Mais beaucoup de ces avantages sont exagérés. Oui, une grande partie de l'expertise de Nissan a été transférée dans les premiers temps. Mais cette connaissance est désormais ancrée chez Renault. Travail fait. Et en ce qui concerne les synergies, ne prenez pas les chiffres qui vous sont donnés au pied de la lettre. Il est difficile d'exploiter l'échelle mondiale et les points communs entre Renault et Nissan sont encore assez modestes. Si Renault a tant extrait de son alliance avec Nissan, alors pourquoi PSA, acteur régional, a-t-il des marges beaucoup plus importantes ?

Fiat-Chrysler serait un partenaire plus facile et pourrait offrir de plus grandes synergies. Au risque de créer des stéréotypes, il peut être plus simple de travailler avec des gestionnaires italiens et américains que de travailler avec des Japonais. Plus substantiellement, vous constaterez que FCA est beaucoup plus proche de vous en matière d'ingénierie, d’approvisionnement ou de la gestion financière. Par ailleurs vos deux groupes sont proches en Europe et pourraient être intégrés par le biais de plates-formes, et de fournisseurs véritablement communs, le tout dans la même région. Idem pour le Brésil. Les activités Fiat-Chrysler dans le cadre de l'ALENA pourraient être autonomes, mais il pourrait être possible d'obtenir des points communs pour les petits véhicules multi-segments et de les distribuer en Europe et dans les marchés émergents avec le réseau Renault.

Sur le plan émotionnel, il n'est peut-être pas facile d'abandonner 20 ans d'efforts avec Nissan. Mais à mon avis, il est temps d'en rester là. N'ayez pas peur : séparer les choses sur le plan opérationnel serait très simple. Alors, expliquez la réalité au gouvernement français. Ensuite, approchez le gouvernement japonais et exigez qu'il organise un consortium de banques ou d'acteurs étatiques pour acheter la totalité de la participation de Nissan à la valeur du marché. Prenez les 11 milliards d'euros que cela rapporterait pour fortifier votre bilan. Appelez ensuite votre ami John Elkann et négociez une fusion complète avec Fiat-Chrysler, à des conditions beaucoup plus favorables."

À bon entendeur !

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