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Chantiers de l'Atlantique : un nouveau délai pour Fincantieri ?
L'avenir des Chantiers de l'Atlantique est nimbé de brouillard. Il ne reste théoriquement plus qu'un jour au constructeur naval italien Fincantieri pour communiquer à l'autorité de la concurrence européenne les éléments que celle-ci lui demande pour boucler son enquête approfondie ; faute de quoi, la vente de 50 % du capital des chantiers de Saint-Nazaire tombera à l'eau.
Mais il se dit que l'Etat français, soucieux de boucler le projet de constitution d'un "Airbus de la construction navale" mais estimant qu'il n'a pas vocation à demeurer dans le giron public, serait sur le point d'accorder un délai d'un mois supplémentaire.
Le projet a émergé avec la faillite de STX, l'ancien actionnaire sud-coréen des Chantiers de l'Atlantique, en 2016. Depuis, l'Etat, via son Agence des participations (APE), contrôle 84,3 % du capital du constructeur de Saint-Nazaire, tandis que le solde est détenu par le groupe public Naval Group (ex-DCN, à hauteur de 11,7 %), les salariés (2,4 %), ainsi que plusieurs PME locales (1,6 %).
En septembre 2017 et février 2018, Fincantieri et l'APE avaient signé deux accords prévoyant la vente par l'Etat de 50 % du capital des Chantiers (pour 60 millions d'euros), ainsi qu'un prêt de 1 % du capital supplémentaire pour que l'Italien puisse avoir le contrôle mais que l'Etat pouvait reprendre s'il estimait que le nouvel actionnaire ne respectait pas ses engagements (sur la préservation de l'emploi, la propriété intellectuelle et la gouvernance). Nombre d'élus locaux et de syndicats y sont depuis opposés, craignant des transferts de technologies au partenaire chinois de Fincantieri, China State Shipbuilding Corporation (CSSC) : on connait les ambitions mondiales chinoises dans les transports, illustrées à merveille par la constitution en une décision politique du numéro un mondial du ferroviaire, CRRC. Sans parler du volet militaire des Chantiers (qui doivent par exemple assembler la coque du futur porte-avions nucléaire qui doit remplacer le Charles de Gaulle en 2038).
Bruxelles regarde également le projet franco-italien de près : en effet, Fincantieri est déjà numéro un européen de la construction des navires de croisière, tandis que le Français est numéro trois (l'allemand Meyer Werft est deuxième).
La date-butoir de l'accord a déjà été repoussée à quatre reprises depuis 2017, notamment au gré des tensions répétées entre le Président Emmanuel Macron et l'ancien vice-président du Conseil italien Matteo Salvini. Et puis la crise sanitaire est passée par là. L'effondrement du fret international et du tourisme de croisières pendant les confinements, ainsi que les velléités exprimées par de nombreux Etats de relocaliser certaines productions, nourrissent beaucoup d'incertitudes quant à l'évolution du marché de la construction navale. Des doutes que Fincantieri partage - même si ses porte-parole indiquent avoir fait le nécessaire auprès de Bruxelles et que la balle est désormais dans le camp de l'autorité de la concurrence.
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