Feuilleton de l'été / Mathilde Périnet / Global Sovereign Advisory
Feuilleton de l'été
Mathilde Périnet / Global Sovereign Advisory
Ils et elles feront le monde d'après - Mathilde Périnet
Après une enfance et adolescence carolomacériennes rythmées au son plaintif de la flûte traversière - ses dix ans de conservatoire jalonnèrent de façon peu commune sa scolarité, la musique occupant 50 % de son temps -, Mathilde Périnet s'éloigne de ses Ardennes natales. À l’issue du baccalauréat, Sciences Po Paris a les faveurs de la jeune femme, "j’étais très indécise sur ce que je voulais faire. J’ai pensé que cette école me donnerait les outils pour m’adapter à des environnements variés, m’apporterait une certaine ouverture sur le monde et me permettrait de mener plusieurs vies professionnelles", confesse-t-elle.
Elle n’a alors pas encore croisé la route de ce qui constituera plus tard son cœur de métier : les sciences économiques. Et ces dernières de se révéler à elle à l’occasion d’un terrible évènement… De fait, crise financière mondiale oblige, ses premières années rue Saint-Guillaume portent le sceau de la déliquescence de l’économie planétaire, "tous les cours d’économie étaient évidemment teintés de cet environnement de crise, ce qui donnait à cette partie du cursus une très forte réalité". Les aspects quantitatifs de la discipline finissant de convaincre la passionnée de sciences de poursuivre dans cette voie, Mathilde Périnet intègre le master "économie et politiques publiques" que l’école parisienne dispense en collaboration avec Polytechnique et l’ENSAE. C’est l’économie du travail et sa dimension appliquée qui attisent le plus sa curiosité ; son mémoire est ainsi consacré au marché du travail hexagonal et au déficit de mobilité géographique dont il souffre.
Son goût pour cette branche de l’économie la conduit ensuite à rejoindre la Banque centrale européenne et évoluer au cœur du département qui y est dédié pendant près de deux ans. "C’est un sujet de recherche crucial pour les Banques centrales", fait-elle valoir, surtout depuis la décennie passée lors de laquelle un débat vit le jour à propos d’une possible disparition de la courbe de Phillips (les Banques centrales s’appuient sur cette théorie qui postule l'existence d'une relation négative entre le taux de chômage et l’inflation). À Francfort, Mathilde Périnet participera à la réalisation d’un rapport sur les effets différenciés de la crise de 2008 et de la crise des dettes souveraines sur le marché du travail en zone euro. "Nous avons eu la chance de présenter nos travaux devant certains des membres du Conseil des gouverneurs, ce qui renforce le sentiment d’avoir un impact", se remémore-t-elle.
Puis, désireuse d’étendre ses horizons, elle quitte l’institut d’émission. "J'aspirais toujours autant à travailler sur des problématiques afférentes au marché du travail, néanmoins, je souhaitais étudier des économies qui font face à des défis autres que ceux rencontrés par les pays avancés ", explique-t-elle. En conséquence de quoi, elle devient consultante à la Banque mondiale où elle s’intéresse notamment à la situation des jeunes kenyans sur le marché du travail local. L’expérience dure huit mois jusqu’à ce que le besoin se fasse sentir d’élargir la focale, "j’avais envie d’avoir une approche plus macroéconomique et d’étendre le champ de mes compétences", se souvient-elle.
C’est alors qu’une opportunité idoine éclôt à seulement quelques mètres de son lieu de travail au Fonds monétaire international, au sein du département Afrique. "Ce continent possède beaucoup de pays bénéficiant d’un programme auprès du FMI [conditionné à la conduite de réformes économiques structurelles, ndlr], cela m’a donc attirée d’être très impliquée auprès d’eux puisque les équipes sont en communication constante avec les autorités publiques", plaide-t-elle. Alors analyste, Mathilde Périnet n’en est pas moins amenée à se rendre sur le terrain car "l’on m’a fait confiance assez vite ", souligne-t-elle. L’Afrique de l’Ouest étant dans son giron, elle demeure marquée par l’une de ses premières missions en Guinée-Conakry ; "en charge des questions relatives à la dette publique, j’ai dû présenter le fruit de mon travail mené durant plusieurs semaines devant une assemblée de quarante personnes, dont plusieurs ministres".
À la suite d’une aventure "exceptionnelle" de quatre années à l’institution de Washington, Mathilde Périnet effectue un second passage – éclair – à la Banque mondiale avant de retrouver le Vieux continent. Alors âgée de 29 ans, elle signe son retour en France chez Global Sovereign Advisory (GSA), jeune pousse du conseil aux gouvernements fondée par Anne-Laure Kiechel, ancienne responsable de l’activité de conseil aux Etats de Rothschild & Co. Mathilde Périnet est séduite à l’idée d’appartenir à une structure à taille humaine délivrant des conseils proches du cousu main. "J’avais eu l’occasion de voir Anne-Laure Kiechel aux côtés de pays et suivi l’activité de GSA depuis son émergence. C’est une entité unique dans le milieu qui a une approche très différenciante", affirme-t-elle, arguant vouloir être au plus près des États et les accompagner sur un panel de sujets extrêmement large. Elle va - très - vite devoir se mettre au diapason…
En effet, dotée d’un portefeuille comprenant plusieurs pays (GSA en conseille une vingtaine), Mathilde Périnet est aux prises avec la crise pandémique à peine entre-t-elle en fonction. Activité économique à l’agonie, déficits publics abyssaux ; GSA est intensément sollicité par les États au printemps 2020. "Les gouvernements sont venus avec de nombreuses questions, dont évidemment celle de la réponse de politique économique qu’il était pertinent de formuler ", déclare-t-elle. Bien que la reprise économique se soit amorcée depuis désormais quelques mois, les États continuent d’entretenir des liens étroits avec GSA, toutefois, "la nature de leur questionnement a évolué", remarque Mathilde Périnet. "Alors qu’en plein cœur de la crise pandémique, ils souhaitaient savoir comment construire un plan budgétaire de soutien puis de relance, ils s’intéressent dorénavant, entre autres, à la croissance économique de demain, notamment à son caractère inclusif ", précise-t-elle.
Épanouie chez GSA, la flûtiste veut continuer de parfaire sa partition et, sans leur donner le la, guider des États ayant plus que jamais besoin de jouer juste.
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