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Macro-économie / Taux / Julien Marcilly / Global Sovereign Advisory

Macro-économie / Taux
Julien Marcilly / Global Sovereign Advisory

exclusif L'année 2023 vue par... Julien Marcilly / Chef économiste de Global Sovereign Advisory

EXCLUSIF. WanSquare a demandé à des économistes et des dirigeants de grandes entreprises de livrer leur vision pour 2023 après une année 2022 marquée par les chocs inflationniste, énergétique, géopolitique et monétaire. Chaque jour nous publions leurs réponses aux questions que vous vous posez. Une série à lire, partager et conserver précieusement.
Julien Marcilly - DR
Julien Marcilly - DR

La récession est-elle inéluctable en Europe d’ici les prochains mois ?

 

La croissance devrait être faible cette année, mais ce ne sera sans doute pas la récession profonde annoncée par beaucoup au printemps dernier. L’exemple de l’Allemagne est parlant : son économie était vue comme le patient malade de la zone euro, en raison de la taille de son secteur industriel très dépendant des approvisionnements russes d’énergie. Près d’un an plus tard, la situation est beaucoup moins mauvaise qu’initialement anticipé : la consommation de gaz du pays a été réduite d’environ 20% par rapport à la moyenne des trois années précédentes (en ajustant des températures clémentes) sans pour autant que la production industrielle ne s’effondre : elle était quasi-stable sur un an en novembre dernier. Et l’économie allemande continuait de créer des emplois en décembre dernier.  D’ailleurs, la confiance des entreprises a cessé de se dégrader, même si elle reste à un niveau en ligne avec une croissance économique proche de zéro dans beaucoup de pays de la région.

 

 

Faut-il s’inquiéter d’un découplage entre les Etats-Unis et la zone euro ? 

 

En Europe, la forte hausse des prix du gaz et de l’électricité depuis le début de la guerre en Ukraine fait craindre à beaucoup d’entreprises industrielles une augmentation spectaculaire de leur facture énergétique et donc une perte de compétitivité-prix face à leurs concurrentes d’autres régions, en particulier américaines. Mais aux Etats-Unis, les entreprises exportatrices peuvent quant à elles s’estimer lésées par l’appréciation du dollar.

Pour l’Union européenne (UE) prise dans son ensemble, la métallurgie est le secteur le plus exposé à la crise énergétique. Elle est suivie de la chimie, du secteur du papier et de l’agro-alimentaire. Mais les entreprises européennes réalisent des gains de compétitivité vis-à-vis de leurs concurrentes américaines dans des filières du textile-habillement et de l’automobile. Dans ces secteurs, les pertes de rentabilité aux Etats-Unis résultant de la hausse du dollar sont en effet d’une plus grande ampleur que celle du choc énergétique en Europe.

 

 

Le ralentissement économique chinois vous préoccupe-t-il ?

 

Le ralentissement de l’économie chinoise n’est pas nouveau : il a débuté il y a une dizaine d’années. Il s’explique surtout par la moindre croissance démographique et de l’investissement, en particulier dans l’immobilier et la construction qui représentent environ trois dixièmes de l’économie. C’est un processus normal : plus le niveau de revenu par habitant augmente, plus la croissance ralentit. Désormais, une croissance de l’ordre de 4% par an semble être la nouvelle norme en Chine pour les années à venir. Lors du 20ème Congrès du Parti communiste chinois en octobre dernier, la croissance du PIB n’était d’ailleurs pas apparue comme une priorité absolue, l’accent ayant plutôt été mis sur la nécessité d’être "frugal".

Néanmoins, les autorités ont changé de cap en fin d’année pour répondre à la montée du mécontentement social résultant la politique "zéro Covid" mais aussi de la forte hausse du chômage des jeunes (qui atteint désormais près de 18% dans les régions urbaines, soit quasiment deux fois plus qu’en 2019) et de celle des inégalités de revenu depuis le début de la pandémie. La remise en cause de certaines mesures prudentielles du marché immobilier et surtout celle de la politique "zéro Covid" devraient favoriser un rebond de la croissance cette année. Mais cette reprise serait dans un premier temps volatile à cause de fermetures temporaires d’entreprises liées à un nombre de cas positifs excessif parmi les employés.

 

 

L’inflation actuelle, d’où qu’elle vienne (matières premières, pénuries multiples, hausses de salaires), a-t-elle franchi son pic ? 

 

Aux Etats-Unis oui : l’inflation annuelle mesurée par l’indice des prix à la consommation est en baisse continue depuis l’été. Mais elle reste supérieure à 7%, dans un contexte de taux de chômage toujours très bas (3,5% seulement) et de croissance vigoureuse des salaires.

En Europe, le principal point d’attention cette année sera l’écart entre les niveaux d’inflation entre pays. Le manque de coordination des réponses budgétaires depuis le début de cette crise énergétique, lui-même en partie lié aux niveaux disparates d’endettement public, explique en partie ces écarts d’inflation au plus haut depuis le lancement de l’euro. Cet écart avoisine 15 points de pourcentage entre les pays Baltes d’un côté et la France et l’Espagne de l’autre. Il complique grandement la tâche de la Banque centrale européenne (BCE), qui doit mener une politique monétaire unique pour vingt économies aux trajectoires économiques très différentes les unes des autres. Cette situation rappelle d’ailleurs celle des années 2000, au cours desquelles les ménages, entreprises et Etats des pays du sud de la zone euro s’étaient rapidement endettés en bénéficiant déjà à l’époque de taux d’intérêt réels beaucoup plus bas que leurs homologues du Nord du continent. Cette absence de convergence fut d’ailleurs à l’origine de la crise des dettes des zones euro des années 2010.

 

 

Estimez-vous que le dollar va continuer de s’apprécier ? Quelles conséquences pour l’économie mondiale ?

 

Au cours des dix premiers mois de l’année 2022, le dollar s’est apprécié face à la quasi-totalité des devises, au point d’atteindre un niveau jamais atteint depuis plus de vingt ans. Plusieurs raisons expliquent cette forte appréciation du dollar. D’abord, l’aversion au risque des investisseurs, dans un contexte mondial de forte incertitude économique et géopolitique a favorisé les actifs dits sans risque sur les marchés financiers. Ensuite, le durcissement de la politique monétaire de la Réserve fédérale américaine a été d’une plus grande ampleur que celui effectué par les autres banques centrales. Enfin, la hausse récente des termes de l’échange des Etats-Unis, reflétant celle des prix des produits exportés comme l’énergie, y contribue aussi.

Mais la baisse des prix de matières premières énergétiques et l’intégration par les marchés que le pic d’inflation (et donc que la fin du cycle de resserrement monétaire se rapproche) est dépassé aux Etats-Unis a poussé le dollar à la baisse depuis le début du mois de novembre. Toutes les devises émergentes ne devraient pas profiter de cet environnement plus favorable. En effet, parmi celles dont le solde courant s’est détérioré significativement cette année sous l’effet d’énergie importée plus coûteuse, certaines n’ont pas vu leur devise se déprécier suffisamment face au dollar pour que leur solde courant retrouve un niveau proche de la normale après s’être dégradé cette année sous l’effet d’une hausse de la facture énergétique. Dans ce contexte, d’après nos calculs, l’Inde est parmi les grandes économies émergentes celle dont le risque de dépréciation est le plus élevé. Le Pérou, la Pologne, la République tchèque et, dans une moindre mesure, le Mexique, la Thaïlande et Israël sont aussi dans ce cas de figure. La nouvelle dévaluation de la livre égyptienne en ce début d’année vient d’ailleurs illustrer ce risque.

 

 

Estimez-vous que les prix des matières alimentaires vont augmenter cette année ?

 

Après avoir beaucoup augmenté, les prix de la plupart des matières premières alimentaires ont reculé depuis l’été. Si à première vue ce reflux est surprenant, il reflète les anticipations à la baisse de la croissance économique mondiale ainsi que le compromis trouvé entre la Russie et l’Ukraine pour que cette dernière puisse exporter une partie de sa production de produits agricoles par voie maritime. Mais dans les mois à venir, les perspectives d’évolution de production et de consommation mondiale plaident pour des tensions persistantes sur les principaux marchés agricoles mondiaux, avec des tendances différentes d’une denrée à l’autre. Le marché mondial du blé devrait bénéficier des meilleures perspectives de production en Russie et au Canada, si bien que les pressions haussières sur les prix devraient être moins fortes (sous réserve que la Russie maintienne sa participation à l’accord sur les exportations ukrainiennes).

En revanche, le marché du riz, relativement épargné en 2022, verrait les approvisionnements mondiaux contraints par les nouvelles restrictions à l’exportation décidées par l’Inde, deuxième producteur mais, de loin, premier exportateur mondial. De même, des tensions plus fortes sont à attendre sur les marchés du maïs et du sorgho, là aussi en raison de baisses de productions significatives parmi les pays producteurs (notamment l’Union européenne pour le premier et les Etats-Unis pour le second).

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