Macro-économie / Taux / GSA / Julien Marcilly / économies émergentes / Dette
Macro-économie / Taux
GSA / Julien Marcilly / économies émergentes / Dette
La dette menace la croissance des pays émergents / Leurs finances publiques risquent d’être accaparées par la hausse des montants à rembourser
"C’est connu depuis longtemps qu’une grande partie de la dette des pays émergents arrive bientôt à échéance, or assez peu ont pu anticiper ". Julien Marcilly, chef économiste chez Global Sovereign Advisory (GSA), n’a pas été surpris par les derniers chiffres publiés par la Banque mondiale. Il confie à WanSquare s’attendre à ce que "certains émergents vont devoir se refinancer sans avoir le choix l’an prochain", et ce à un coût bien plus important ; prenant l’exemple de l’Égypte, il explique que "d’un taux à 10 ans qui était à un peu moins de 6 %, on voit maintenant qu’il a presque gagné 20 points supplémentaires". La dernière étude publiée par GSA se penche sur la question et son chef économiste estime "qu’on voit déjà beaucoup d’États à travers le monde dont la croissance est affectée par la question de la dette".
La Banque mondiale estime que les conséquences de cette hausse des coûts d’emprunts devraient continuer à "détourner le peu de ressources disponibles au détriment de secteurs critiques qui en ont besoin, tels que la santé, l’éducation et l’environnement". Une tendance qui confirme ce qui est observé depuis de longues années, GSA arguant que "depuis 2013, la dette publique des économies émergentes et en développement a presque doublé, passant de 37 % à 67 % du PIB ". D’autant plus que l’horizon est loin d’être dégagé puisque "ce ‘mur de la dette obligataire annoncé depuis longtemps pour l’année 2024 sera en fait plus épais que prévu : les volumes à refinancer resteront élevés jusqu’en 2028".
Problèmes multiples
L’intégralité des pays émergents ne se retrouve pas dans la même situation, le rapport de la Banque mondiale avance que "le coût global du service de la dette des 24 pays les plus pauvres devrait s’envoler en 2023 et 2024, avec une augmentation qui pourrait atteindre jusqu’à 39 %". Indermit Gill, économiste en chef et vice-président senior du groupe de la Banque mondiale, s’en inquiète étant donné que "des niveaux d’endettement record et des taux d’intérêt élevés ont précipité de nombreux pays vers la crise".
Les conséquences économiques et sanitaires de la pandémie de Covid-19 en 2020-2021 se font lourdement sentir puisque les équipes d’Indermit Gill estiment qu’elle a "eu pour conséquence un endettement public supplémentaire d’environ 10 points de pourcentage de PIB pour les économies émergentes et en développement (soit environ un tiers de la hausse totale observée au cours des dix dernières années)". La mauvaise nouvelle est que ces besoins de financements en hausse ne s’accompagnent pas d’un flux d’investissement correspondant, loin de là, avec "des créanciers privés [qui] se sont largement abstenus de prêter aux pays en développement, ayant reçu 185 milliards de dollars de plus en remboursements de capital qu’ils n’en ont décaissé en prêts", selon la Banque mondiale.
Une pointe d’optimisme néanmoins, Julien Marcilly se montrant davantage confiant pour les pays asiatiques où "le niveau d’endettement public est globalement maîtrisé " et pour l’Amérique Latine où "des marchés très profonds et liquides permettent d’émettre à différentes maturités. Cette crédibilité en matière de politique monétaire fait qu’aujourd’hui les investisseurs sont prêts à y aller".
Dénouement complexe
Julien Marcilly a également indiqué à WanSquare que "depuis 20 ans, la Chine a beaucoup plus prêté, notamment aux exportateurs de matières premières. La Chine est désormais un créancier important de nombreux pays. Or quand un pays fait défaut, pour restructurer sa dette, plus le nombreux de créanciers autour de la dette est important plus se mettre d’accord est complexe". Une nouvelle donne comparée à des précédents historiques plus simples à dénouer.
Une complexité qui pourrait vite se retrouver sur le devant de la scène dans le cas d’un nouveau choc touchant les économies émergentes. La publication de GSA s’est ainsi intéressée aux "perspectives d’évolution de la dette publique dans les cinq prochaines années, et plus précisément aux impacts sur celle-ci d’éventuels chocs non anticipés sur les taux d’intérêt (+300 points de base) et le taux de change (dépréciation de 30 % de la devise locale) dans chacun de ces 85 pays l’année prochaine". Ces seuils certes arbitraires permettent de comprendre quels pays souffriraient le plus s'ils étaient confrontés à de tels évènements ; ils seraient ainsi particulièrement nombreux à souffrir face à un " choc combiné de taux d’intérêt et de taux de change, 30 de ces pays verraient leur dette publique augmenter de plus de 10 points de PIB d’ici 2028".
Le scénario avec une hausse des taux d’intérêt verrait souffrir tout particulièrement le Brésil, la Hongrie, l’Inde, la Malaisie, la Thaïlande et l’Afrique du Sud, qui se trouvent présenter "les mêmes vulnérabilités, alors que leurs dettes de marché respectives représentent 72 %, 91 %, 74 %, 83 %, 90 % et 87 % de leurs dettes publiques totales". Dans un tel cas, ces six pays "subiraient une hausse moyenne de 9,4 points de pourcentage de leur dette publique par rapport au scénario central". Tandis que " parmi les pays les plus à risque en cas de choc sur les taux de change, c’est-à-dire parmi les pays dont le ratio de dette sur PIB diffère de plus de 10 points de pourcentage par rapport au scénario", on retrouverait 13 États qui possèdent plus de 50 % de leur dette totale qui est libellée en devises étrangères. Ces pays se trouvent être l’Angola, le Bélize, la République dominicaine, le Ghana, la Jamaïque, la Jordanie, le Kenya, le Laos, la Mongolie, le Mozambique, les Philippines, la Tunisie et l’Ukraine.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

