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BNP Paribas / Banque
BNP Paribas en pleine forme
Frustrée par la politique de restriction de distribution des dividendes demandée aux établissements de crédit par la Banque centrale européenne (BCE) au plus fort de la pandémie, BNP Paribas se rattrape.
A l’occasion de la publication de ses comptes du troisième trimestre, la première banque européenne par les actifs a annoncé vendredi un programme de rachat d’actions de 900 millions d’euros. Les titres acquis seront annulés. Ce programme, dont la période d’exercice s’échelonne du 1er novembre au 8 février 2022, "n'affectera la situation de capitaux qu'à hauteur d'environ 10 points de base, ce qui signifie que le groupe conservera une forte capacité d'absorption des pertes", indique l’agence de notation Moody's. En effet, le ratio de fonds propres durs CET1 pro forma s’élèverait à 12,9% contre 13% au 30 septembre 2021, a indiqué BNP Paribas.
Fin mars 2020, alors que l’Europe découvrait les affres du confinement strict, la BCE avait fermement recommandé un gel total des dividendes pour les banques sous sa supervision – politique qui a été assouplie en décembre dernier et n’a été levée que le mois dernier.
BNP Paribas n’avait pas procédé à de rachat d’actions depuis 10 ans. Ses actionnaires sont d’autant mieux traités qu’ils ont déjà bénéficié en 2021 d’un versement de dividende de 2,66 euros par action, représentant 50% de son résultat net part du groupe de l’année 2020 (son taux de distribution traditionnel hors années de crise). Avec les 900 millions d’euros supplémentaires du rachat, les actionnaires auront finalement reçu environ 60% du bénéfice.
Mais au regard des comptes publiés vendredi, BNP Paribas peut se le permettre. Son bénéfice net a en effet largement dépassé celui du troisième trimestre… 2019, c’est-à-dire avant que la pandémie ne se répande. Il atteint en effet 2,5 milliards d’euros, soit une progression de plus de 32% sur un an et de 29,2% sur deux ans.
Chose rare dans un contexte de faiblesse persistance de taux d’intérêt, les résultats ont été portés, selon l’administrateur directeur général Laurent Bonnafé, par une "très bonne performance" du pôle Domestic markets, qui comprend sa banque de détail en France, en Italie (via BNL), en Belgique (via BNP Fortis) et au Luxembourg, ainsi que son activité d’épargne. Le Produit net bancaire (PNB, équivalent au chiffre d’affaires) du pôle a progressé de 6,3% par rapport au troisième trimestre 2020, à 4,1 milliards d’euros. En son sein, le PNB des réseaux progresse de 5,1% : l’environnement défavorable de taux n’a pas nui aux revenus de commissions et aux filiales spécialisées (comme le crédit-bail, la gestion de flotte automobile), alors que les frais de gestion ne progressent que de 0,8% – les banques de détail font des efforts draconiens pour réduire les coûts de leurs tentaculaires réseaux d’agences face à la montée d’internet, en particulier en France où la clientèle reste très attachée à la relation avec un conseiller. Conséquence de cet effet ciseaux positif, le résultat brut d’exploitation bondit de près de 15% (à 1,52 milliard d’euros) tandis que les provisions pour coût du risque reculent légèrement (343 contre 353 millions d’euros). Le résultat avant impôt du pôle progresse ainsi de plus de 27%, à 1,18 milliard d’euros.
D’autres motifs de satisfaction se situent au sein du pôle de banque de financement et d’investissement (BFI). Le trading actions et le prime brokerage (service aux hedge funds, très rémunérateur dans un contexte de volatilité), réunis sous la bannière Equity & Prime Services, ont vu leurs revenus grimper de 79% sur un an, pour atteindre 835 millions d’euros. Ce bond permet d’amortir la chute de 28% du trading sur les taux, changes et matières premières ("FICC"), à 896 millions, en raison d’un effet de base très défavorable, l’année 2020 ayant constitué un record en termes d’activité sur ces marchés.
Toujours en BFI, les revenus de la banque d’entreprises (Corporate Banking) ont bénéficié de la relance de l’économie et des échanges internationaux : ils progressent de près de 15% sur un an et de plus de 23% par rapport au troisième trimestre 2019. En définitive, le résultat avant impôt de l’ensemble de la BFI réalise la performance de progresser de 39% sur un an et de… 60% par rapport au troisième trimestre 2019.
Plus généralement, quasiment tous les pôles de BNP Paribas ont dépassé les estimations des analystes, modulo de légers bémols en Personal Finance (crédit à la consommation) et dans l’assurance. Au total, le PNB de BNP Paribas atteint 11,4 milliards d’euros, soit une hausse de 4,7%.
A l’avenir, BNP Paribas pourrait trouver une source de plus-value supplémentaire dans l’avenir de sa filiale américaine Bancwest. Le directeur financier Lars Machenil a déclaré vendredi à ce sujet que le groupe gardait "les yeux ouverts". En mars dernier, les analystes de JPMorgan valorisaient Bancwest à 11,8 milliards de dollars.
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