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Professions financières / BNP Paribas / Banque / Assurance

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BNP Paribas / Banque / Assurance

BNP Paribas bien doté pour son plan 2025

Fort d'un bénéfice record l'année dernière malgré un dernier trimestre plus terne dans les activités de marchés, l'établissement a construit un plan stratégique prudent centré sur les métiers de banque de proximité et sur l'efficacité opérationnelle.
Jean-Laurent Bonnafé, administrateur directeur général de BNP Paribas - ERIC PIERMONT / AFP
Jean-Laurent Bonnafé, administrateur directeur général de BNP Paribas - ERIC PIERMONT / AFP

Peu importe si les investisseurs ont mal réagi en début de séance à la publication des comptes 2021 de BNP Paribas - pour des résultats en deçà des attentes au quatrième trimestre dans les métiers de banque de financement et d'investissement (BFI). Fondamentalement, la performance de la première banque de la zone euro par les actifs est impressionnante : elle affiche un bénéfice net record de 9,49 milliards d'euros pour l'année, en hausse de 34,4% en glissement annuel et de 16% par rapport à 2019, pour un produit net bancaire (équivalent du chiffre d'affaires) de 46,24 milliards d'euros, en hausse de 4,4% par rapport à 2020 et de 3,7% par rapport à 2019 - en dépit d'un environnement de taux d'intérêt extrêmement faibles. "2021 a permis d'effacer le choc de la crise", a ainsi pu constater Jean-Laurent Bonnafé, administrateur directeur général de BNP Paribas.

Certes, le bénéfice est flatteur dans la mesure où le coût du risque (provisions pour créances douteuses, qui permettent de couvrir les éventuels défauts de paiement, rapportées à l'encours de prêts total) a été considérablement réduit par rapport à l'exercice précédent (34 points de base - pb - contre 66), grâce au redémarrage rapide de la croissance qui a permis à BNP Paribas d'enregistrer un nombre d'entrées en défaut de clients "limité". Ce solde intermédiaire n'a donc que très peu pesé sur ses bénéfices en 2021 (le coût du risque est même inférieur de 5 pb à celui de 2019 et d'1 pb à celui de 2018).

Des reprises de provisions minimes

Mais contrairement à nombre de ses concurrentes, en particulier américaines, BNP Paribas n'a pas gonflé ses bénéfices par des reprises de provisions sur encours sains ("strates 1 et 2") après avoir constaté la faible proportion de défauts : elles se sont limitées à 78 millions d'euros, alors qu'elle avait largement de quoi - la dotation aux provisions avait atteint 1,4 milliard d'euros en 2020, "un niveau record en Europe", a affirmé Jean-Laurent Bonnafé. Une démarche également soulignée par l'agence de notation Moody's. La structure des bénéfices de l'établissement français est donc plutôt franche.

La trajectoire du groupe en 2021 lui a permis de bénéficier d'un effet de ciseaux positif grâce à une croissance de ses revenus supérieure à celle de ses frais de gestion, dont l'augmentation a été maîtrisée par les mesures d'économies mises en place pendant la crise sanitaire. C'est plus précisément le cas dans le pôle Domestic Markets (banque de détail et métiers spécialisés comme Arval dans la location de voiture), dont la croissance des revenus a été forte tout au long de l'année (+5,2%) alors que ce sont des activités mûres et plombées par la faiblesse des taux.

Malgré son ralentissement au dernier trimestre sur les marchés en raison notamment d'un effet de comparaison défavorable par rapport à une fin d'année 2020 très relevée, le pôle de BFI a profité de l'activité record dans les fusions-acquisitions, dans le marché primaire actions en 2021 et dans le financement. Son PNB progresse de 3,4% par rapport à 2020 et de 18% par rapport à 2019 à 14,2 milliards d'euros, tandis que le résultat avant impôt s'adjuge 37% en glissement annuel et 47% sur deux ans.

Fort de ses comptes et de sa trajectoire ces dernières années (son actif net comptable tangible a augmenté en moyenne de 7,2% par an depuis 2008 et atteint 78,7 euros par action en 2021), BNP Paribas a voulu récompenser ses actionnaires : elle va proposer un dividende en numéraire de 3,67 euros par action, soit 50% du résultat net au titre de 2021. Si l'on ajoute le programme de rachat d'actions de 900 millions d'euros déjà exécuté, le taux de distribution pour 2021 atteint 60%. Un taux que la banque compte maintenir au cours de son nouveau plan stratégique "Growth, Technology & Sustainability 2025", présenté également ce matin.

Réorganisation

BNP Paribas s'est réorganisé de manière plus logique pour fixer ses nouveaux objectifs. Les banques "commerciales" (de détail) et les métiers spécialisés (Arval, crédit conso, courtage pour particuliers, nouveaux métiers numériques) sont désormais regroupés sous le pôle CPBS ("Commercial, Personal banking & Services"), l'assurance et la gestion de fortune et d'actifs sont logés dans IPS (Investment & Protection Services), CIB restant la BFI (banque de financement et d'investissement et services aux grands investisseurs).

Le groupe accorde toujours une grande importance une croissance dont les coûts seraient maîtrisés grâce à un usage croissant de la numérisation des processus pour mieux les industrialiser. Elle anticipe ainsi une progression de ses revenus supérieure à 3,5% par an d'ici à 2025 et un effet de ciseaux d'environ 2% par an. Ce qui devrait se traduire par une croissance annuelle du résultat net supérieure à 7% (hors plus-values de cessions). Selon le courtier Jefferies, cet objectif implique un bénéfice net d'au moins 11,5 milliards d'euros (contre 10,9 milliards pour le consensus des analystes ressorti avant les annonces de BNP Paribas).

L'établissement veut faire passer le coefficient d'exploitation de CPBS de 65% en 2021 à 58% en 2025, celui d'IPS de 65,2% à 62% et celui de la BFI de 66,5% à 60%. Il vise enfin un ratio de rentabilité des fonds propres (ROTE) supérieur à 11% en 2025 avec un objectif de ratio réglementaire CET1 de 12%. Le précédent objectif de ROTE (10%), initialement fixé pour 2020, a été atteint l'année dernière du fait de la pandémie.

Les réseaux au centre de la stratégie 2025

L'objectif de croissance du pôle BFI est fixé à 3% par an en moyenne, soit une croissance supérieure de près de deux points à celle de ses coûts. BNP Paribas mise beaucoup sur la finance durable notamment et entend en être un leader européen (avec par exemple 350 milliards d'euros mobilisés via ses activités de crédit et d'émissions obligataires).

Si la BFI a été un grand générateur de résultats (et de volatilité) pour les banques ces dernières années grâce à une activité très dynamique des entreprises et des fonds d'investissement en M&A et sur les marchés financiers, BNP Paribas s'appuiera désormais fortement sur la banque commerciale, voulant profiter de son récent regain de dynamisme. Au sein de CPBS, la hausse des revenus est attendue à près de 5% par an en moyenne, dont 3,5% dans la banque commerciale proprement dite (banque de détail, banque privée) et 8% dans les métiers spécialisés (leasing, crédit à la consommation, etc.). Jean-Laurent Bonnafé estime disposer, à travers sa banque en ligne Hello Bank! et sa néobanque Nickel, qui ont affiché de très fortes croissances l'année dernière, de "deux moteurs d'acquisition de clients très importants en Europe". BNP Paribas bénéficiera notamment de la plus-value réalisée par la vente de Bank of the West au canadien BMO pour 16,3 milliards de dollars (environ 14,4 milliards d'euros) : 7 milliards d'euros seront utilisés pour financer la croissance du groupe pendant la période du plan.

BNP Paribas reconnaît avoir établi son plan à partir d'une hypothèse prudente d'une hausse limitée des taux d'intérêt (avec un taux à 10 ans de 0,35% pour la France et l'Allemagne, à 1,36% pour le Royaume-Uni et à 2,10% aux Etats-Unis). "Ces hypothèses peuvent apparaître conservatrices et nous apporter un potentiel de croissance encore supérieur", souligne le patron de la banque.

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