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Feuilleton de l'été / Léa Dauphas

Feuilleton de l'été
Léa Dauphas

exclusif Ils et elles vont construire le monde d'après - Léa Dauphas

EXCLUSIF. Passée par Société Générale et Natixis Asset Management, Léa Dauphas pilote une équipe ne craignant guère que ses prévisions macroéconomiques mâtinées d’intelligence artificielle s’affichent à contre-courant. De grandes entreprises et institutions se les arrachent.
Léa Dauphas - DR
Léa Dauphas - DR

"Abasourdis, nous étions tous devant les postes Bloomberg en nous demandant jusqu’où irait l’ajustement". Alors stratégiste taux, les premiers pas de Léa Dauphas dans le monde professionnel s’effectuent chez Natixis AM (désormais Ostrum AM) durant une période très spéciale pour l’économie mondiale : la chute de Lehman Brothers.

 

Nourrie aux crises

 

Tout juste titulaire du magistère d’économie et d’un master en finance de la Sorbonne, la native de Vitry-sur-Seine est au cœur du réacteur lorsque la pire crise économique depuis 1929 se produit. Ce moment historique l’incite à démarrer une thèse alors que les Banques centrales commencent à déployer leurs premières mesures non conventionnelles de politique monétaire. "J’avais l’idée d’analyser les effets de leurs programmes d’achat d’actifs sur les taux d’intérêt", explique-t-elle à WanSquare. Constatant qu’elle ne peut consacrer à son doctorat le temps qu’il mériterait, son projet académique se verra finalement contraint d’être avorté.

Tandis qu’une autre crise, celle des dettes souveraines, frappe le Vieux continent, elle décide de quitter le gestionnaire d’actifs. "J’avais l’envie d’évoluer et la crise de la zone euro m’a fait me rendre compte que j’avais besoin d’approfondir mes connaissances en macroéconomie", se souvient-elle, arguant qu’elle voulait être dotée de la double casquette "macro-marchés".

Elle est alors recrutée par Société Générale en qualité d’économiste risque pays à l’été 2011. Au sein de la banque rouge et noire, évoluer aux côtés d’Olivier Garnier, alors chef économiste du groupe, et Olivier de Boysson, son adjoint, se révèle particulièrement stimulant sur le plan intellectuel pour la jeune femme ."Travailler avec ces profils experts en temps de crise est un atout", confesse-t-elle.

En cette période de troubles, l’économiste a alors fort à faire puisqu’elle est en charge du suivi de l’Europe du Sud, le pan de la zone euro à l’origine des déboires connus par les Dix-neuf. "Travailler sur des scénarios de défaut d’un pays de la zone euro paraissait insensé", se rappelle-t-elle.

 

Virage à l’Ouest

 

Vient une envie de se challenger, Léa Dauphas se remet alors en question. "J’approchais la trentaine et je sentais que je devais avancer ; bifurquer vers la recherche académique en revenant à ma thèse, faire un saut à Londres en banque de financement d’investissement ou me donner quelques mois pour tenter l’expérience entrepreneuriale ", indique-t-elle. C’est cette dernière option qui obtient ses faveurs. D’origine bretonne, comme son conjoint, elle devient alors conseillère financière près de Rennes le temps d’affiner ses projets.

Puis, une combinaison de facteurs la conduit à revenir dans le monde du conseil économique. Le cabinet Tac Economics a ses quartiers à moins de deux cents mètres de chez elle dans la campagne bretonne et son dirigeant, Thierry Apoteker, la débauche sur les recommandations d’Olivier de Boysson pour compléter l’expertise économies développées et marchés. "Depuis une trentaine d’années, l’approche Tac Economics combine recherche macroéconomique et intelligence artificielle, comment ne pas être tenté par l’aventure ? ", estime-t-elle.

Elle n’est pas la seule, le cabinet niché dans un hameau bretillien du XVe siècle compte parmi ses clients une cinquantaine de grandes entreprises et institutions internationales dont la Caisse des Dépôts, Crédit Agricole CIB, Engie, H2O, Holcim, Natixis, Société Générale, Vinci ou encore la Commission européenne.

 

La macro en une image

 

Devenue cheffe économiste il y a un an et demi, Léa Dauphas dirige une équipe de dix personnes composée en binômes. "Des data scientist comprenant la macro collaborent avec des économistes sachant interpréter l’intelligence artificielle", explique-t-elle. De cette union naissent des modèles novateurs de prévision construits à partir de toute forme de data allant des traditionnelles données économiques, aux images satellites et aux indicateurs de sentiment.

"L’on s’est également inspirés de la recherche médicale, notamment en radiologie où à partir d’une mammographie, certaines méthodes d’IA permettent de détecter des lésions potentiellement cancéreuses. Nous avons appliqué ces méthodes à l’analyse conjoncturelle en créant une radiographie de la macro", illustre-t-elle.

À partir de ces images consacrées à l’ensemble des économies de la planète mais également aux marchés financiers, Léa Dauphas s’efforce ainsi, toujours à partir de modèles assis sur de la recherche fondamentale, de détecter des points d’inflexion dans les tendances et prend parfois le consensus à rebrousse-poil. "Même si l’on passe beaucoup de temps chez nos clients, notre emplacement géographique et la capacité à toujours s’appuyer sur un raisonnement scientifique semblent un peu nous préserver du comportement moutonnier qui peut parfois régir les marchés", analyse-t-elle.

Alors que les observateurs misent de plus en plus sur une récession des deux côtés de l’Atlantique, Léa Dauphas a une idée bien précise sur la question. "Elle devrait se produire en fin d’année aux Etats-Unis, en zone euro et au Royaume-Uni. Dans sa forme, elle aura un profil type 2001 donc plutôt de faible intensité, qu’un choc persistant et de nature systémique à la 2008 ", avance-t-elle.

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