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Sanofi / Zantac
Que risque vraiment Sanofi dans l’affaire du Zantac ?
Une inquiétude chasse l’autre. La semaine avait déjà débuté de façon mitigée pour le champion français de la pharmacie, avec l’annonce mardi de l’arrêt du recrutement pour les essais cliniques d’un traitement expérimental prometteur de certaines formes de sclérose en plaque. Les choses ont brutalement empiré. Plus de 10% de la capitalisation boursière du champion français de la pharmacie se sont évaporés au cours des dernières séances dans la craintes de possibles répercussions financières concernant des litiges liés au Zantac, un médicament peu connu du portefeuille de Sanofi si ce n’est parce qu’il peut lui attirer des ennuis.
Médicament antiulcéreux, le Zantac a longtemps été largement utilisé et commercialisé aux Etats-Unis contre les brûlures d’estomac jusqu’à ce que la Food and drug administration (FDA), l’agence américaine du médicament, n’alerte en 2019 sur la présence d’un contaminant - connu sous le nom de N-nitrosodiméthylamine (NDMA) - suspecté d'être cancérogène pour l'homme, puis impose le retrait de la vente du produit en 2020.
2 850 plaignants
L’affaire n’est pas nouvelle. Sans surprise au pays de la class action, elle a déjà donné à lieu à de nombreux dépôts de plaintes. "Au 1er août 2022, Sanofi avait connaissance d'environ 2 850 plaignants pour dommages corporels dans les juridictions étatiques et fédérales ayant déposé des plaintes désignant Sanofi en plus d'autres défendeurs", a indiqué jeudi le groupe dans un communiqué. En prenant en compte "les autres affaires Zantac qui n'impliquent pas Sanofi", le laboratoire français "a connaissance d'un total d'environ 3 450 plaignants pour dommages corporels dans toutes les juridiction", a-t-il précisé.
Le fait est que Sanofi n’est pas en première ligne dans l’affaire. Mis au point par GlaxoSmithKline (GSK), le Zantac a d’abord été commercialisé, de 1983 à 1995, uniquement sur ordonnance, par le laboratoire britannique. Il est ensuite devenu un médicament en vente libre, avec des droits commerciaux partagés entre GSK et Warner Lambert (acquis par Pfizer). Cédés en 2006 à Boehringer Ingelheimn, ces mêmes droits ont été transférés à Sanofi en 2017 lors du rachat par le groupe français de l'activité de médicaments sans ordonnance de son homologue allemand. Sanofi a ainsi acquis les droits du Zantac moins de trois ans avant les premières poursuites, et alors que le médicament était déjà sur le marché depuis plus de 35 ans.
Voilà qui explique que le groupe français ne soit pas la cible de la plupart des procès à venir, sachant aussi, qu’outre GSK, Pfizer et Boehringer Ingelheim, des dizaines de fabricants de médicaments génériques figurent parmi les défendeurs.
Le risque financier n’est pas à négliger pour autant, d’autant que les plaignants seront notamment défendus en Californie par l'avocat Brent Wisner, connu pour avoir remporté plusieurs succès dans la bataille contre l’herbicide au glyphosate Roundup de Bayer, propriétaire de Monsanto.
Comme le remarquent les analystes de Credit Suisse, "si les responsabilités étaient réparties en fonction des ventes cumulées, cela impliquerait 80% pour GSK en tant que créateur de la marque et 20% pour les fabricants de médicaments en vente libre combinés". Dans le cadre de précédents procès concernant des médicaments, les sommes accordées ont "varié entre 30 000 et 270 000 dollars par demandeur", ajoute la banque helvète. De plus, fait-elle remarquer, en fonction des verdicts des premiers procès, le nombre de plaignants pourrait s'envoler et atteindre plusieurs dizaines de milliers.
12,5 milliards de dollars à partager
En supposant qu’il y ait 100 000 plaignants en attente avec un dédommagement de 250 000 dollars par plaignant et un ratio de 50% des plaintes démontrées, "nous arriverions à un montant global de 12,5 milliards de dollars à partager entre les quatre sociétés principalement impliquées", soit deux à quatre milliards de dollars par laboratoire, calcule de son côté le cabinet Oddo BHF.
A première vue, la baisse de 15 milliards d’euros de la capitalisation boursière de Sanofi depuis le début de la semaine semble donc intégrer un scénario excessivement défavorable. Dit autrement, "la destruction de la capitalisation boursière cette semaine semble déjà se situer dans la partie supérieure d'un scénario catastrophe plausible", remarque JPMorgan. D'ailleurs, la banque américaine ne pense pas que le parallèle avec l'affaire du glyphosate de Bayer soit approprié, "étant donné que le Zantac était un médicament approuvé par la FDA, avec des données de sécurité et un suivi approfondi avant et après la mise sur le marché".
Arbitrage
Il n’est pas exclu non plus que Sanofi échappe à toute exposition. La responsabilité de la marque n'avait pas été entièrement transférée au groupe lors de son acquisition du Zantac en 2017. En désaccord sur les obligations d'indemnisation de Sanofi dans le cadre de son acquisition du produit auprès de Boehringer Ingelheim, les deux parties attendent justement d’ici la fin de l’année la sentence d’un arbitrage en cours.
Même dans le cas où Sanofi perdrait cet arbitrage, sa responsabilité théorique ne concernerait probablement que les ventes de 2017 à 2019, alors que le groupe avait immédiatement retiré le produit du marché dès les premières alertes de la FDA. Après cela, Sanofi avait comptabilisé une charge de dépréciation de 352 millions d'euros, pour des ventes cumulées du produit de 320 millions d’euros.
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