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Feuilleton de l'été / Pierre-Edouard Batard / Crédit Mutuel

Feuilleton de l'été
Pierre-Edouard Batard / Crédit Mutuel

exclusif Ils et elles vont construire le monde d'après - Pierre-Edouard Batard

EXCLUSIF. A la tête de l'organe politique du Crédit Mutuel, Pierre-Edouard Batard n’aime rien tant que servir l’intérêt collectif. Cet X-Ensae de 38 ans, également passé par Science Po Paris, s'épanouit tout à la fois dans la prise de hauteur stratégique et la compréhension des enjeux opérationnels.
Pierre-Edouard Batard, le directeur général de la Confédération nationale du Crédit Mutuel (CNCM) - DR
Pierre-Edouard Batard, le directeur général de la Confédération nationale du Crédit Mutuel (CNCM) - DR

Il y a banquier et banquier. Pierre-Edouard Batard n’était pas spécialement prédestiné à œuvrer à la Confédération nationale du Crédit Mutuel (CNCM), l’organe central du puissant groupe mutualiste, qu’il dirige depuis près de quatre ans. Ses études auraient pu le conduire vers un tout autre domaine.

Après avoir grandi en banlieue Nord à Villiers-le-Bel, où il a fait son collège, puis intégré en internat le lycée militaire de Saint-Cyr l’Ecole, le jeune étudiant d’alors suit une prépa scientifique qui le conduit à Polytechnique. "J’ai toujours eu de grandes facilités pour les matières scientifiques et en particulier les mathématiques", confie le dirigeant à WanSquare.

Il reste également attentif à "rester le plus généraliste possible pour ne pas avoir à faire des choix qui ferment des portes".

C'est dans cet esprit d'ouverture que Pierre-Edouard Batard décide également d'entrer à Science Po après ses trois premières années à l’X, optant pour un double cursus avec l’école nationale de la statistique et de l'administration économique, l’Ensae. Un parcours en marge de la voie classique. La quatrième année se fait nécessairement dans une école de spécialisation scientifique, d’où l’inscription à l’Ensae et afin de mener les deux en parallèle. Ce choix va beaucoup lui apporter.

"J’ai pris énormément de plaisir à Science Po, une école très ouverte, très complémentaire de ma formation antérieure, je le ressens aujourd’hui", raconte le dirigeant. "Lorsque l’on se retrouve ensuite à un poste de direction où l’on est au carrefour de l’ensemble des sujets, il faut être capable d’interagir tout à la fois sur des sujets sociaux avec son DRH, des aspects de droit public ou privé avec son directeur juridique, où – comme au Crédit Mutuel - sur des sujets financiers qui peuvent s’avérer très mathématiques. Mon cursus me permet dans tous ces domaines d’avoir une compréhension qui facilite à la fois le dialogue et la prise de décision", explique le trentenaire.

 

"Tête pensante"

 

Les stages contribuent également à façonner le profil du futur dirigeant. Il s’expatrie trois mois à Bahreïn pour travailler sur des questions de finance islamique, et fait un passage également à ce qui deviendra plus tard France Stratégie, institution autonome placée auprès du Premier ministre. "Une belle opportunité dans un endroit où l’on réfléchit beaucoup, à taille humaine, et participe du débat économique", souligne-t-il. L'expérience alimente sa réflexion sur son projet professionnel. 

"Je voyais bien qu’il fallait que je réfléchisse à la façon de mettre mon expertise et mon énergie au service du collectif. Mon ambition était d’avoir une utilité sociale", explique celui qui fait alors aussi un stage dans une association s’occupant de familles de sans papier et de sans abri, "des engagements essentiels".

Il se rend compte alors qu’entre le bénévolat, l’associatif, et l’humanitaire, la fonction publique est sans doute l’endroit où son expertise peut se révéler la plus pertinente. "Les questions stratégiques et prospectives me parlent, j’aime prendre de la hauteur, ‘mâchonner’ un sujet pour essayer de tirer des perspectives", explique-t-il.

Son recrutement au ministère des Finances, à la direction générale du Trésor, s’inscrit dans cette démarche. Au sein de cette "tête pensante sur les réformes et la politique économique", le jeune adjoint au chef du bureau marché du travail se sent "au bon endroit et vraiment à [sa] place". Qui plus est à un moment charnière au sortir de la crise financière de 2008. La question du chômage est alors prégnante, alors que les économistes réfléchissent ardemment à la façon de remettre la France sur le chemin du plein emploi. "Nous étions vraiment à un point d’inflexion extrêmement haut sur le niveau de chômage, où la réflexion sur les politiques à mettre en place pour le réduire était très intense", se remémore Pierre-Edouard Batard.


La quadrature du cercle

 

C’est naturellement que le jeune conseiller économique se retrouve embarqué dans la campagne présidentielle de 2012, à produire des notes pendant ses nuits et ses week-ends pour le candidat socialiste, qui remportera finalement la victoire. François Hollande élu, Pierre-Edouard Batard est appelé comme de nombreux contributeurs de l’ombre à rejoindre les cabinets ministériels afin de mettre en œuvre les propositions de la campagne. "Il y avait une vraie continuité de passer de la proposition stratégique à la mise en œuvre opérationnelle auprès du ministre du travail pendant deux ans", raconte-t-il.

Il passe cette période "extrêmement stimulante" l’œil rivé sur la courbe du chômage, dont l’inversion se produira finalement, bien qu’un peu plus tard qu’espéré. Il suit ensuite le ministre à Bercy. De plus en plus aguerri et grâce à sa polyvalence, il se voit confier par Michel Sapin le pilotage macroéconomique à la fois du suivi des prévisions et du budget. Sa mission ? Veiller à ce que la politique de soutien à la croissance demeure bien dans les limites de déficit public de Bruxelles, les fameux 3%. Ou, dit autrement, "trouver un sentier de rééquilibrage des finances publiques compatible avec les ambitions de préservation de la croissance et donc de diminution du chômage".

En somme, "faire entrer le clown dans la boîte", entre baisse d’impôt, plan de relance et plan d’économie. Un travail d’équilibriste dont il reste "fier", quand bien même le gouvernement a pu être décrié à l’époque. Nommé directeur de cabinet adjoint, il aura ensuite pour tâche en 2017 de rendre "autant que possible une maison en ordre". Objectif atteint en grande partie, "aussi bien en termes de croissance, de chômage, et de déficit, nous étions quasiment dans les clous à l’époque", rappelle-t-il, évoquant cette période avec une "certaine nostalgie".

 

La finance autrement

 

L’aventure du Crédit Mutuel débute comme "une belle rencontre", pourtant loin d’être une évidence de prime abord. "J’avais spontanément exclu le secteur de la banque et de l’assurance", raconte-t-il, ce qui se conçoit aisément, alors qu’il venait de travailler pour un président dans l’ennemi était la finance.

Mais les préjugés sont vite dépassés. Ses premiers contacts avec la banque mutualiste lui renvoient l’impression positive qu’il est possible de faire de la finance sans se renier. Au contraire. "Lors de ma rencontre avec les dirigeants de l’époque, tout s’est aligné, cela collait parfaitement tant à mes valeurs qu'à mon expertise et mon souhait de proximité avec les gens avec qui j’allais travailler".

La greffe prend immédiatement. Le jeune responsable trouve au Crédit Mutuel ce qu’il recherche : "à tous les étages de l’organisation, nous avons le sentiment d’avoir presque une mission de service public, de financement des projets de développement territorial, d’accompagnement de nos clients dans leurs difficultés, ce qui me parle énormément", poursuit-il d’un ton passionné. D'un "rouage d'une machine à l'utilité collective" dans le secteur public, Pierre-Edouard Batard devient au Crédit Mutuel le "rouage d’un acteur de la société civile s'inscrivant dans le champ de l’économie sociale et solidaire avec une vraie responsabilité sociétale historique".

D’abord nommé directeur général adjoint de la Confédération nationale du Crédit Mutuel en 2017, Pierre-Edouard Batard accède à la direction générale en 2019. S’il n’avait pas "complément anticipé" cette promotion inattendue, il a su relever le défi, accompagné par une équipe solide et la confiance de son président.

 

Le "meilleur des mondes"

 

A la tête de l’organisation depuis trois ans et huit mois, le dirigeant estime se trouver "un peu dans le meilleur des mondes", avec à la fois la possibilité d’agir au quotidien pour transformer la Confédération et, en même temps, de participer plus largement d’un groupe qui se transforme et contribue lui-même à la transformation de la société. Diriger la Confédération du Crédit Mutuel, une structure de 250 collaborateurs dans un groupe qui en fait 80 000 "est aussi la bonne taille d’école de management", observe-t-il.

Pour la suite de son parcours ? Le dirigeant n’envisage pas de retourner en politique, ayant trouvé "une autre vraie source d’épanouissement" dans ce qu’il fait et la façon dont il se projette, appréciant les enjeux stratégiques de sa fonction et sa mission de "représenter les intérêts du groupe auprès de la Banque centrale européenne et des pouvoirs publics au sens large".

En revanche, il laisse ouverte la possibilité de retourner à un moment donné "vers plus d’opérationnel" et de "se rapprocher du cœur de métier du groupe en allant travailler plus près de la banque de réseau". "J’aurais énormément à y apprendre", souligne-t-il.

Tout en étant "extrêmement épanoui dans [son] travail" dans une entreprise qui lui ressemble, Pierre-Edouard Batard est attentif à préserver un juste équilibre avec sa vie de famille. Il a d’ailleurs fait le choix de s’arrêter trois mois l’an dernier pour prendre un congé paternité long, espérant "en inspirer d’autres" et faire passer le message que "c’est possible quel que soit son niveau de responsabilité".

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