WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche
Abonnez-vous
Abonnez-vous à notre newsletter quotidienne

éditorial / Yves de Kerdrel

éditorial
Yves de Kerdrel

éditorial
L’Europe en confettis
par Yves de Kerdrel

Si les pénuries d’essence sont moins importantes qu’il y a une semaine, la situation sociale reste explosive en France. Et la situation politique n’est guère meilleure avec l’article 49-3 dégainé à deux reprises. Mais le Royaume-Uni est désormais sans gouvernement. L’Allemagne est minée par les divisions de la coalition au pouvoir. Quant à l’Italie, elle a enfin un gouvernement. Mais personne ne sait ce qu'il va décider.

23/10/2022 - 06:30 Temps Lecture 12 mn.

Triste époque. Alors que le bruit des canons tonne à trois 3 heures d’avion de Paris, l’Europe ne cesse de se désunir, mais aussi de se dissoudre sous le coup de l’impuissance de ses principaux dirigeants, malmenés dans leur propre pays. Les dirigeants de l’Union Européenne ont essayé de sauver les apparences dans la nuit de jeudi à vendredi en annonçant qu’ils étaient tombés d’accord pour travailler à des mesures afin de contenir les prix de l'énergie pour les ménages et les entreprises. Mais il y a encore loin, hélas, de la coupe aux lèvres.

Pour l’heure, les chefs d’État ou de gouvernement se sont seulement mis d'accord sur la nécessité de favoriser les achats en commun de gaz à l'échelle de l'Union Européenne. Ils ont également appelé à accélérer les négociations avec des pays producteurs fiables, comme la Norvège et les États-Unis, pour tirer avantage du poids économique agrégé de l'Union plutôt que de se faire concurrence sur le marché mondial au risque d'alimenter la fièvre des prix.

 

Discussions européennes sur fond de méfiance

 

Par ailleurs, outre une mesure d'encadrement du prix de gros dans les transactions de gaz naturel, les dirigeants européens ont demandé un projet précis de mécanisme temporaire afin de plafonner les prix du gaz utilisé pour produire de l'électricité. La France réclame l'extension à l'ensemble de l'Union Européenne de ce dispositif déjà mis en place en Espagne et au Portugal. Les Allemands bloquaient jusque-là. Si bien qu’il a été convenu de faire une concession à l'Allemagne en faisant en sorte que ce mécanisme soit assorti de garde-fous pour éviter toute consommation accrue de gaz.

Clairement, les Vingt-sept ont voulu présenter un front uni sur un accord a minima. Mais de très nombreux points restent à trancher, et les négociations des prochaines semaines s'annoncent difficiles. Le chancelier allemand, Olaf Scholz, a ainsi expliqué que si les ministres de l'Énergie n'arrivaient pas à s'entendre sur une version finale de cet accord, un nouveau sommet des chefs d'État serait nécessaire. C’est dire si les discussions continuent de s’inscrire dans un climat de défiance et de méfiance entre les principales économies européennes, comme me le faisait remarquer vendredi, un conseiller d’Emmanuel Macron.

 

Rien ne va plus entre Paris et Berlin

 

Mercredi dernier, Paris et Berlin avaient annoncé le report d'un Conseil des ministres commun prévu de longue date pour ce mercredi 26 octobre. Autre symptôme de la brouille qui couve depuis plusieurs mois entre les deux pays. À Paris, on a cherché à minimiser ce report en l’imputant à des questions d'emplois de temps et de ministre en vacances (sic…) En revanche, à Berlin on reconnaissait ouvertement l'absence d'accord sur des sujets essentiels. L’Allemagne, sous la pression de ses industriels fait cavalier seul depuis plusieurs mois en achetant massivement du gaz pour reconstituer ses réserves. Ce faisant Berlin a contribué à faire grimper les prix, mettant les autres pays européens en difficulté. Par ailleurs, en annonçant un vaste plan d'aide de 200 milliards d'euros pour soutenir son économie, Berlin a provoqué la stupeur de Paris. Et des autres capitales. Car ce soutien généreux va aggraver les écarts de compétitivité entre l'Allemagne et les autres pays européens et créer, de fait, une distorsion majeure de concurrence au sein du marché unique.

L'autre grosse pomme de discorde entre Paris et Berlin porte sur les projets communs dans le domaine de la défense. Pour que cette Europe de la défense devienne réalité, Paris bataille depuis des années pour la construction de nouveaux outils franco-allemands. Un char et un avion de combat devant remplacer le Rafale et l'Eurofighter. Mais ces chantiers sont au point mort, faute d'accord entre les industriels concernés, chaque pays défendant ses entreprises. En cela, la décision de l'Allemagne d’acheter des F35 américains pour renouveler sa flotte a été vécue à Paris comme une humiliation. En arrière-plan de tout cela, il y a le contexte politique très délicat de la coalition formée par les sociaux-démocrates, les verts et les libéraux. Cet attelage tire à hue et à dia sur les sujets clés comme l'énergie ou la diplomatie.

 

Une coalition allemande fragilisée

 

Et c’est aujourd’hui le spectacle désolant que donne l’Europe (au sens large) au monde entier. Après la démission de Liz Truss à la suite d’une séquence désolante marquée par des aberrations économiques, le Royaume-Uni se trouve plongé dans une crise politique profonde. Il doit se trouver un nouveau Premier Ministre conservateur, dans un pays devenu très largement travailliste et populiste dans le sillage du repli sur lui-même qu’a provoqué le Brexit. L’Italie a un gouvernement depuis vendredi soir. Mais personne ne sait quelle sera l’attitude de Giorgia Meloni une fois installée dans ses fonctions.

L’Allemagne, on l’a vu, voit Olaf Scholz malmené à l’intérieur de sa coalition avec les libéraux et les écologistes. Ceux-ci s’opposent notamment au maintien en fonction de centrales nucléaires ou à l’effort que l’Allemagne a décrété en faveur de son outil de défense. Et le fait que notre principal partenaire économique enregistre cette année le premier déficit commercial depuis plus de trente ans commence à miner la confiance des Allemands envers leur Chancelier. Si bien que l’extrême droite, représentée par l’AfD remonte fortement dans les sondages.

 

Un 49-3 à deux coups

 

Et à Paris la situation n’est guère plus favorable. Après la grève de mardi dernier qui a donné lieu à d’importants cortèges, le climat social reste très tendu. L’approvisionnement des stations essence a repris juste avant les vacances de la Toussaint, même si tout n’est pas réglé. En revanche le conflit s’accroît dans la maintenance des centrales nucléaires, bastion de la CGT.

C’est dans ce contexte qu’Élisabeth Borne a dû faire jouer cette semaine l’article 49-3 à deux reprises. D’abord sur le projet de loi de finances pour 2023 avec comme base un texte qui intègre 117 amendements (dont 98 proviennent de la majorité présidentielle, 5 de la NUPES et 3 des LR). Ensuite sur le PLFSS. Des motions de censure ont évidemment été aussitôt déposées. La première doit être discutée demain avec comme principal orateur pour la coalition de gauche, le socialiste Boris Vallaud.

 

Le Président "en colère" contre les Français

 

L’exécutif ne sortira pas intact de toute cette séquence. D’autant que l’on peut penser que le chahut à l’Assemblée nationale va se poursuivre, même après la mise en œuvre du 49-3. Et cela d’autant plus facilement que le groupe Renaissance n’a pas la même capacité à faire contrepoids que ce fût le cas lors du premier quinquennat. D’abord car Aurore Bergé, qui doit s’absenter pour sa grossesse, n’arrive pas à fédérer les députés. Ensuite parce qu’ils sont moins nombreux et moins "glorieux". Enfin et surtout car ils ont le sentiment de ne plus être écoutés à l’Élysée où leur relais habituel, Stéphane Séjourné, est désormais absent.

Quant à Emmanuel Macron, ses proches le disent profondément changé par rapport à son premier quinquennat. Il serait aujourd’hui habité par une sorte de "colère" envers les Français. Cela est lié au fait que pour la seconde fois il n’a pas vu venir la fronde sociale dans le Pays. Et qu’il pensait au fond de lui-même que les mesures prises en juillet en faveur du pouvoir d’achat permettraient d’éviter tout mouvement social. Si bien qu’aujourd’hui il se réfugie dans les échanges internationaux, avec de nombreux voyages programmés au cours des semaines à venir.

 

L’ahurissant "plaider-coupable" de Lafarge sur ordre d’Holcim

 

Sur le plan du business il convient de noter cette transaction ahurissante intervenue en début de semaine entre la société Lafarge SA et la justice américaine. La filiale française du cimentier Holcim a accepté de payer une sanction financière de 778 millions de dollars aux États-Unis et de "plaider coupable" pour avoir aidé des organisations "terroristes" entre 2013 et 2014. Alors qu’aucun fait n’a été établi dans cette affaire. Le groupe Lafarge est soupçonné d'avoir versé via sa filiale syrienne Lafarge Cement Syria de l’argent (il est en fait question de quelques centaines de milliers de dollars) à des intermédiaires afin de maintenir l'activité d'une cimenterie non loin de Mossoul.

Or il y a tout juste un an, l’un des responsables des services secrets jordaniens a déclaré au Guardian que si cette cimenterie a continué à fonctionner, c’est uniquement parce que s’y trouvaient des agents et forces spéciales de plusieurs pays de la coalition anti-Daesh chargés notamment de retrouver des otages de l’État Islamique. À commencer par le journaliste américain James Foley, le photographe britannique John Cantlie et le pilote jordanien Moaz al-Kasasbeh. C'est aujourd'hui un secret de polichinelle que des militaires français, rapportant directement à la DGSE, étaient abrités dans cette cimenterie pour servir les intérêts occidentaux.

C’est pourquoi Bruno Lafont, l’ancien patron de Lafarge, qui conteste fermement avoir jamais été informé de quelconques paiements au bénéfice de groupes terroristes ou d’approvisionnements auprès de tels groupes, va demander aux magistrats instructeurs français à être rapidement entendu pour évoquer certains éléments récents. Il entend également solliciter la déclassification de certains documents ainsi que la communication d’un certain nombre de documents placés sous scellés. Il va par ailleurs solliciter l’audition de certaines personnes susceptibles d’apporter de nouveaux éléments sur le dossier. De manière que l’on connaisse enfin la vraie histoire de cette cimenterie et non celle que des ONG ont réussi à imposer à l’opinion publique pour salir un fleuron industriel français avec la complicité de son actionnaire suisse-allemand.

précédents ÉDITORIAUX
précédents
ÉDITORIAUX

Éditorial / Yves de Kerdrel

Éditorial / Ça craque de partout...

16/10/2022 - 06:30

Éditorial / Yves de Kerdrel

Éditorial / Sobriété voulue, mais aussi sobriété subie !

09/10/2022 - 06:30

Les chroniques de la semaine
Les chroniques
de la semaine

Chronique / Jean-Baptiste Noé

Chronique / Iran : échec d’une révolution

22/10/2022 - 08:30

Chronique / Jean-Baptiste Noé

Chronique / Erdogan relancé par l’Ukraine

15/10/2022 - 08:30

Chronique / Jean-Baptiste Noé

Chronique / Brésil : Bolsonaro à qui perd gagne

08/10/2022 - 08:30

Chronique / Jean-Baptiste Noé

Chronique / Italie : rien n’est gagné pour Giorgia Meloni

01/10/2022 - 08:30

Chronique / Bernard Spitz

Chronique / Giorgia on my mind

27/09/2022 - 11:26

Chronique / Jean-Baptiste Noé

Chronique / Mobilisation en Russie : près des mots, loin des réalités

24/09/2022 - 08:30

Chronique / Jean-Baptiste Noé

Chronique / Élizabeth II : une reine mondiale

17/09/2022 - 10:00