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éditorial / Yves de Kerdrel

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Yves de Kerdrel

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Une étrange musique de fond
par Yves de Kerdrel

Depuis quelques jours – et bien avant le succès de la journée d’action intersyndicale de jeudi dernier – une étrange musique de fond s’installe dans le pays mettant en avant la prétendue injustice de la réforme des retraites et la nécessité de l’amender voire de l’édulcorer. De quoi donner des arguments aux opposants de la réforme pour mener des mouvements jusqu’à ce que le gouvernement cède.

22/01/2023 - 06:30 Temps Lecture 11 mn.

 

Ne pas subir. C’était la devise du Maréchal de Lattre. Ce devrait être le mot d’ordre de n’importe quel gouvernement qui mène une réforme. Surtout dans un pays aussi allergique aux changements que la France. Or depuis quelques jours la majorité présidentielle, la Première Ministre, son ministre du travail et tous ceux qui avaient si bien fait la pédagogie de la réforme des retraites, lors de la soirée du 10 janvier dernier, donnent le sentiment de "subir" des coups de boutoir qui viennent de tous les côtés sans les anticiper, sans répliquer assez fortement, et sans afficher la détermination nécessaire pour montrer qu’ils sont inutiles.

Seul le Chef de l’État a utilisé ce mot si nécessaire de "détermination". Mais, autour de lui, tout le monde semble tétanisé par les sondages – forcément hostiles à la réforme – par l’importance des défilés de jeudi dernier, par les annonces de mouvements de grève – notamment dans les transports – ou par la violence des déclarations des Insoumis. Sans compter l’irresponsabilité de certaines chaînes d’information en continu qui mettent sur un même pied d’égalité les affirmations péremptoires d’un opposant inconnu et celles d’économistes réputés.

 

L’irresponsabilité de Bayrou et de Philippe

 

Il y a quelque chose de morbide dans cette période où chacun semble renifler l’odeur du sang en se demandant quand et comment le gouvernement va devoir céder face à la rue, la grogne, et les oppositions les plus baroques. Et avec des amis comme François Bayrou ou Édouard Philippe, Emmanuel Macron n’a vraiment pas besoin d’ennemis. Le premier ne cesse de pointer les imperfections du projet de loi (comme s’il existait des réformes parfaites). Quant au second, il déclare avec un certain culot qu’il y a "mille choses plus importantes à faire" … Alors qu’il y a trois ans il défendait une réforme beaucoup plus contestable que celle-ci.

Et que dire de la droite qui ne cesse de montrer du doigt les points de faiblesse de la réforme, après avoir affirmé haut et fort qu’elle voterait le texte au Parlement. Bien sûr qu’il y a un problème sur les carrières longues. Mais il ne concerne qu’une poignée de Français et il peut être corrigé. Bien sûr qu’il y a un sujet sur l’index de l’emploi des seniors dans les entreprises, comme l’a démontré Geoffroy Roux de Bézieux lors des vœux du Medef. Mais de la même manière que Paris valait bien une messe pour Henri IV, cette réforme réclamée depuis des lustres par le patronat mérite bien une petite "anomalie" qui tombera vite en désuétude.

 

Équité avec les générations futures

 

Alors que la France s’apprête à passer le cap fatidique des 3 000 milliards d’euros de dette cumulée au cours des jours qui viennent, il serait bon de rappeler à tous ceux qui s’opposent à cette réforme, que chaque année le pays s’endette pour payer une partie de la pension des fonctionnaires. Ce qui constitue une aberration économique. Et que la nécessité d’avoir un système de retraites, au moins équilibré, est une question de responsabilité morale et d’équité avec les générations futures qui devront acquitter ce fardeau de la dette.

Les insoumis aiment à caricaturer cette réforme des retraites en faisant croire qu’elle est faite pour faire plaisir aux marchés financiers. Ils oublient assez facilement – eux qui sont issus pour la plupart du secteur public – que ce sont des investisseurs anonymes et internationaux qui financent actuellement les pensions des fonctionnaires. Et malheureusement personne n’ira dire sur un plateau de télévision à Monsieur Martinez ou à Monsieur Mélenchon que plutôt que de défiler entre République et Bastille ou sur La Canebière, il serait plus utile d’aller manifester sur la Place Tian'anmen pour supplier le fonds souverain chinois d’accepter le maintien des régimes spéciaux jusqu’en 2065… tout en continuant à acheter de la dette française.

 

Un calendrier parlementaire très serré

 

Pour l’heure, en termes de pure tactique politicienne, le gouvernement a choisi de prendre toutes les oppositions de vitesse en jouant sur le calendrier parlementaire. Après une présentation en conseil des ministres demain matin, le projet de loi de financement rectificative de la Sécurité sociale, véhicule législatif choisi par le gouvernement pour la réforme des retraites, arrivera au plus tard lundi 30 janvier – donc à la veille d’une nouvelle journée de grève - en Commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale.

Après une semaine de débats et éventuellement d’adoptions d’amendements en commission, il est prévu que le PLFSSR soit examiné dès le lundi 6 février en séance publique dans l’Hémicycle. Un examen qui doit durer, selon l’ordre du jour de l’Assemblée défini par la Conférence des présidents, jusqu’au vendredi 17 février. Après, place au Sénat. Au total, Assemblée et Sénat disposent ensemble de cinquante jours, comme le veut l’article 47-1 de la Constitution. La réforme des retraites devrait donc être adoptée théoriquement au plus tard le 26 mars. Cela de manière à laisser à la contestation le moins de temps possible pour s’installer. Une fois encore cette tactique ne vaut que si elle est accompagnée d’une véritable détermination au plus haut sommet de l’état.

 

La France va passer à travers les gouttes de la récession

 

En matière économique, il y a une autre musique de fond qui s’installe progressivement, plus sympathique cette fois. Elle serine un air selon lequel la France pourrait très bien passer à travers les gouttes d’une récession cette année. Alors qu’il y a encore deux mois la plupart des économistes ou des dirigeants d’entreprise tablaient sur un ralentissement assez net de la marche des affaires. Cela vaut aussi pour les États-Unis où le sentiment économique ne cesse de s’améliorer jour après jour.

À l’occasion de ses vœux à la presse Geoffroy Roux de Bézieux, a divulgué les résultats d’un sondage sur le moral des dirigeants d’entreprise qui confirme cette tendance. Puisque 82 % des 600 dirigeants interrogés se déclarent optimistes en janvier vis-à-vis de la situation économique de leur entreprise (dont 14 % très optimistes). Un score en hausse de 4 points par rapport à la dernière édition publiée en août dernier. Il faut dire que pour 46 % des dirigeants, les carnets de commandes sont plutôt bien remplis, une tendance stable sur quatre mois (47 % en août 2022). Si bien que près de deux tiers des patrons interrogés maintiennent inchangés leurs projets d’investissement.

 

Lagarde douche les espoirs des marchés

 

La Banque centrale européenne a contrarié cette semaine les espoirs de certains investisseurs qui parient sur un ralentissement du rythme de ses hausses de taux d'intérêt compte tenu de la baisse récente de l'inflation. Christine Lagarde, et son collègue Klaas Knot ont déclaré que les investisseurs sous-estimaient la détermination de la BCE à ramener l'inflation dans la zone euro à son objectif de 2 %, contre 9,2 % le mois dernier.

Les marchés s'attendent actuellement à ce que le taux de dépôt de 2 % de la BCE atteigne environ 3,2 % d'ici l'été au lieu de 3,5 % il y a quelques semaines. Le patron de la banque centrale néerlandaise, Klaas Knot, a déclaré que les mouvements récents du marché n'étaient pas "compatibles avec un retour rapide de l'inflation vers 2 %" et que la BCE continuerait à augmenter les taux d'intérêt. Les minutes de la réunion de la BCE du 15 décembre, publiées jeudi, ont montré qu'un compromis avait alors été trouvé consistant en un ralentissement momentané du rythme des hausses de taux (de 75 points de base à 50 points de base) en échange d'un engagement portant sur plusieurs hausses de taux de la même ampleur.

 

La confession du Gouverneur

 

François Villeroy de Galhau a abondé dans ce sens en déclarant que la Banque centrale européenne n'avait pas encore gagné son combat contre une inflation vertigineuse, de sorte que ses prévisions de fortes hausses de taux dans les mois à venir restent valables. Le Gouverneur de la Banque de France a donc rappelé que les orientations données par Christine Lagarde concernant une hausse de 50 points de base en février et éventuellement lors de réunions ultérieures restent valables.

Pour lui, l'inflation globale pourrait culminer au premier semestre 2023 et retomber à l'objectif de 2 % de la BCE d'ici la fin 2024 ou le début 2025. François Villeroy de Galhau s'est également montré relativement optimiste sur la croissance, expliquant qu'une récession - qui est pourtant intégrée dans les prévisions de base de la BCE - pourrait être évitée compte tenu des indicateurs récents. "Si je regarde la situation depuis l'Europe, l'activité est plus résistante que prévu, et nous devrions éviter une récession cette année. Ce que je n'aurais pas prévu il y a trois mois.". Un sentiment qui confirme bien le changement d’état d’esprit général au sujet de la conjoncture que nous mentionnons plus haut.

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