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éditorial / Yves de Kerdrel

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Yves de Kerdrel

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Berger au pied du mur
par Yves de Kerdrel

Si l’exécutif tente de tourner la page de la réforme des retraites, rien n’est réglé et de nombreuses échéances importantes vont scander l’actualité. Avec la rencontre des syndicats avec la Première Ministre suivie le lendemain par une nouvelle journée de manifestation. Avant que le Conseil Constitutionnel rende sa copie la semaine suivante. L’attitude de Laurent Berger sera déterminante lors de ces étapes à venir.

02/04/2023 - 06:30 Temps Lecture 10 mn.

 

À l’Élysée, on veut croire que le pire est passé et que le plus dur est fait. La manifestation du 28 mars a mobilisé moins qu’attendu. Les violences nocturnes ont – heureusement - diminué. Et Philippe Martinez, qui avait marché dans les pas de la CFDT dans son combat contre la réforme des retraites a été désavoué par une majorité de ses adhérents lors du congrès de la CGT. Si bien que sa successeure, Sophie Binet, n’est pas la candidate qu’il avait parrainée, mais une tenante d’une ligne plus dure que celle affichée ces derniers mois.

La prochaine étape est donc la rencontre de la Première Ministre avec les organisations syndicales mercredi à Matignon. Et si l’ordre du jour de cette réunion n’a pas été précisé, les divergences restent évidemment très fortes alors qu’une nouvelle journée d’action est prévue jeudi 6 avril, soit huit jours exactement avant la décision du Conseil constitutionnel sur la réforme. Toute la question est de savoir s’il s’agit d’une rencontre pour la forme ou bien si chacun est prêt à aborder les sujets qui fâchent. Et jamais la pression n’a été aussi forte sur les épaules de Laurent Berger, qui peut soit claquer la porte de la réunion, soit aider le gouvernement à trouver une sortie par le haut.

 

Un appel à Jean-Dominique Senard

 

Interrogé de nombreuses fois cette semaine, le leader de la CFDT a évoqué la nécessité d’un recours à une médiation, comme cela arrive souvent dans le domaine social. Raymond Soubie en sait quelque chose. Cette fois-ci Laurent Berger a laissé fuiter – en off - le nom de Jean-Dominique Senard, Président non exécutif de Renault, auteur, en mars 2018 avec Nicole Notat (ex-patronne de la CFDT) d’un rapport sur le thème "Entreprise et intérêt général", qui est devenu la bible de tous ceux qui s’intéressent à la Responsabilité Sociale de l’Entreprise (RSE).

Par ailleurs, l’ancien gérant de Michelin a été appelé par le gouvernement en décembre dernier pour organiser et être le "garant" des "Assises du travail" créées dans le cadre du Conseil National de la Refondation. Ces discussions, qui réunissent les partenaires sociaux, s’articulent autour de l’idée que le travail doit être replacé au cœur du débat public, au même titre que l’emploi, afin d’accompagner au mieux ses évolutions et les attentes de nos concitoyens. Le Président de Renault est accompagné dans cette nouvelle mission par Sophie Thiéry (CFDT), présidente de la commission Travail et emploi du CESE.

 

La médiation souhaitée par Laurent Berger est retoquée

 

Le problème c’est que le gouvernement a déjà fait savoir qu’il écartait la piste d’une médiation, souhaitée par Laurent Berger et d’autres organisations syndicales. "Nous saisissons la proposition de Laurent Berger de se parler, mais directement. Nul besoin de médiation", a affirmé Olivier Véran, au cours de la semaine. La raison pour laquelle le mot de médiation est tabou au sein du gouvernement, c’est parce qu’une médiation nécessiterait forcément de mettre sur "pause" l’application et la promulgation de la réforme des retraites. Ce qu’Emmanuel Macron refuse de manière catégorique.

Outre cette question de la médiation il y a un autre sujet qui risque de poser un problème lors de la réunion de mercredi, c’est celui de l’âge légal de départ à la retraite. Les syndicats estiment que, s’ils vont à Matignon, ils ne peuvent pas faire l’impasse sur la question des 64 ans. En revanche la Première Ministre a fait savoir qu’il s’agissait d’une "ligne rouge". Si Élisabeth Borne refuse de parler des 64 ans, "alors on partira", a prévenu Laurent Berger, sur France Inter. Même discours de la part de Cyril Chabanier, patron de la CFTC, ou de la part de Benoît Teste, numéro un de la FSU.

 

Flou sur l’ordre du jour de la concertation

 

Afin d’éviter un échec de cette concertation à laquelle la cheffe du gouvernement tient absolument, Gérald Darmanin et Clément Beaune ont été missionnés pour affirmer que "tous les sujets" seraient abordés lors de cette réunion. Et à Matignon on précise que si le gouvernement ne compte pas revenir sur le cœur de sa réforme, des discussions sont encore possibles sur ses modalités de mise en œuvre, avant l’entrée en vigueur du texte prévue en septembre. "La mise en place opérationnelle planifiée de la loi" implique "énormément de points de discussion et d’échanges", a rappelé Olivier Véran à la sortie du Conseil des ministres.

Certaines mesures de la réforme - comme le "CDI seniors" - sont d’ailleurs conditionnées à des discussions entre les partenaires sociaux. Le texte adopté par le Parlement subordonne sa mise en place à la signature d’un accord national interprofessionnel entre les syndicats et le patronat, d’ici au 31 août prochain. Par ailleurs le gouvernement veut élargir les discussions à la question du travail de manière générale. Dans la mesure où l’exécutif a dans ses cartons une nouvelle loi sur le travail et sur l’emploi, qu’Olivier Dussopt aurait souhaité voir débattue au Parlement au moins en première lecture d’ici l’été. Mais les syndicats ne sont pas prêts, pour l’heure à aborder d’autres sujets que les retraites. Car cela signifierait qu’ils ont accepté cette loi. Là encore l’attitude de Laurent Berger sera déterminante. Et un échec de cette réunion pourrait gonfler les rangs des manifestants le lendemain, jeudi 6 avril. Avec ensuite l’annonce d’une douzième journée de mobilisation générale.

 

Déplacement présidentiel en Chine

 

Une fois encore, Emmanuel Macron sera à l’étranger pendant cette nouvelle manifestation puisqu’il rejoint la Chine mercredi prochain où il restera jusqu’à samedi. Il sera accompagné, lors d’une partie de son déplacement, par Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission Européenne. De même une importante délégation patronale devrait le suivre lors de ce voyage très attendu. En revanche, depuis un mois le Chef de l’État n’aura fait que deux déplacements à la rencontre des Français, dont un jeudi dernier à Embrun. Et beaucoup autour de lui redoutent que ce fossé entre le Président et le peuple se creuse davantage.

Du côté de Matignon et des ministres, consigne a été donnée de limiter au maximum les déplacements en France, afin d’éviter les manifestations hostiles et donc la mobilisation de gendarmes épuisés. Si bien que toute la machine gouvernementale est à l’arrêt depuis le rejet de la motion de censure. En fait les jours d’Élisabeth Borne sont comptés. Mais Emmanuel Macron veut lui épargner l’humiliation d’un séjour à Matignon plus court que celui d’Édith Cresson en 1991 et 1992 (dix mois et huit jours). Elle essaye tout de même de recoller les morceaux en invitant les patrons de groupes parlementaires à Matignon. Les Communistes et les Insoumis ont d’ores et déjà décliné cette proposition. Quant au socialiste Boris Vallaud il réserve sa réponse.

 

Une bonne sortie par le haut

 

De plus en plus il est question, pour succéder à Élisabeth Borne, de faire appel à Gérard Larcher. Des discussions ont déjà eu lieu entre le Chef de l’État et le Président du Sénat. Les deux hommes se respectent et se parlent souvent. Si Emmanuel Macron fait appel à cette personnalité, c’est parce qu’il est sans doute aujourd’hui le seul capable de créer une majorité réunissant Renaissance, Horizons, le Modem et les quarante députés LR qui n’ont pas voté la motion de censure.

Parallèlement à cette nomination il est aussi question de créer une sorte de "commission de salut public" où siégeraient des personnalités de droite et de gauche modérée comme Jean-Pierre Raffarin, Jean-Louis Borloo, Thierry Breton, Bernard Cazeneuve, Richard Ferrand et François Rebsamen. Leur mission serait de trouver les grands sujets en matière d’éducation, de santé ou de fiscalité autour desquels il serait possible de construire une majorité parlementaire. Ce scénario, dont la mise en œuvre est encore loin de la coupe aux lèvres constituerait une bonne "sortie par le haut" pour Emmanuel Macron, avec l’assurance que son second mandat soit consistant et utile au Pays.

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