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éditorial / Yves de Kerdrel

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Yves de Kerdrel

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Back to basics
par Yves de Kerdrel

Après une série de déplacement au contact des Français, qui n’ont pas vraiment contribué à apaiser le pays, Emmanuel Macron a décidé de revenir à l’essentiel. C’est-à-dire à la réindustrialisation du pays et à sa politique de l’offre qui ont permis de créer 1,5 million d’emplois en six ans. Seule fausse note de la semaine : les propos de Gabriel Attal promettant des contrôles fiscaux systématiques pour les cent plus grosses capitalisations boursières.

14/05/2023 - 06:30 Temps Lecture 11 mn.

Revoilà enfin le vrai Emmanuel Macron. Non pas celui qui de Chine, envoyait des propos désagréables à l’égard de Laurent Berger. Mais celui qui se démène pour promouvoir l’attractivité du territoire français et l’implantation de nouvelles usines en France. Le déplacement de cette semaine était donc consacré à l’annonce de la création d’une gigafactory du taïwanais ProLogium à Dunkerque. La seconde de ce groupe, et la première hors de Taïwan.

Les équipes de la région Hauts-de-France, que préside Xavier Bertrand, et de Business France ont effectué un travail colossal pour obtenir cette implantation. Au tout début du processus ProLogium avait dressé une liste de treize pays pour y créer cette gigafactory avant de la réduire à trois, puis de choisir Dunkerque grâce à des prix de l’énergie très attrayants promis par Bercy. Cela va représenter un investissement de 5,2 milliards d’euros d’ici 2030 avec 3 000 emplois à la clé. Et cette usine de fabrication de batteries électriques sera la quatrième du même type installée dans cette région qui est en train de devenir un véritable hub européen dans ce domaine.

 

Un nouveau crédit d’impôt en perspective

 

Cela fait plus d’un an qu’Emmanuel Macron suit ce dossier en personne. Il a rencontré à plusieurs reprises Vincent Yang et Gilles Normand, respectivement président et vice-président exécutif de ProLogium. Ce dernier a d’ailleurs indiqué que Bercy avait mis en place pour cette usine un certain nombre d’incitations, sans en donner le détail. À cela vont s’ajouter des subventions encore à l’étude par la Commission européenne.

Par ailleurs ce déplacement à Dunkerque intervient juste avant la sixième édition du sommet Choose France de demain qui verra se réunir à Versailles pas moins de 200 chefs d’entreprises étrangers. Et mercredi prochain, Bruno Le Maire devrait présenter en conseil des ministres un projet de loi consacré à l’énergie verte, qui sera probablement transmis juste après à l’Assemblée nationale pour examen. Celle-ci devrait instaurer un nouveau crédit d’impôt pouvant atteindre 40 % de l’investissement en capital d’une entreprise dans des projets éoliens, solaires, de pompes à chaleur et de batteries.

 

Pfizer, GSK et Ikea en vedette demain à Choose France

 

Selon les informations de WanSquare, le sommet Choose France de demain à Versailles promet d’être un grand succès, même s’il oblige la ville des rois de France à bloquer à la circulation et l’accès à une grande partie des artères principales. Ce sont environ 25 annonces d’investissements étrangers qui sont prévues. Parmi les patrons étrangers qui ont demandé à participer à ce sommet, une centaine d’entre eux ne sont jamais venus. Et l’on comptera demain à Versailles une trentaine de dirigeants asiatiques.

Le groupe Pfizer devrait annoncer à cette occasion un investissement de 500 millions d’euros pour une unité de production de médicaments, mais aussi des essais cliniques et de la recherche et développement. GSK devrait investir 400 millions d’euros pour produire de la Ventoline. Mais, après ProLogium, le plus gros investissement devrait être le fait d’Ikea avec plus de 900 millions d’euros annoncés (après 650 millions l’année dernière). Par ailleurs le bureau parisien de Morgan Stanley, que dirige Emmanuel Goldstein, va s’engager à créer 200 emplois en France d’ici 2025 et Nokia environ 500 postes. Parmi les entretiens en one-to-one prévus, Emmanuel Macron entend rencontrer le patron de Pfizer, celui d’Arcelor Mittal et du groupe thaïlandais Charoen Pokphand.

 

Borne aux abonnés absents

 

Toute cette séquence se déroule dans un environnement marqué par l’absence totale de la Première ministre qui est encore à nouveau en train de se déjuger. Après avoir fait une grosse bourde sur la promesse de ne plus utiliser l’article 49-3, qui lui a valu une sévère réprimande de l’Élysée, la locataire de Matignon, qui était, ces jours-ci à la Réunion, a finalement annoncé le retour d’un texte sur l’immigration, alors qu’il y a trois semaines celui-ci avait été décalé à 2024 faute de majorité pour le voter.

Cela participe encore une fois de la volonté d’aller débusquer Marine Le Pen sur tous ses sujets de prédilection. Cela montre aussi que le centre de gravité de l’exécutif est en train de se déplacer – hélas - de la Rue de Varenne à la Place Beauvau, avec un Gérald Darmanin qui multiplie les gesticulations. Au risque, une fois encore d’hystériser un débat public, déjà bien nourri par les partis populistes de droite comme de gauche.

 

La maladresse de Gabriel Attal

 

Gabriel Attal, qui, comme Gérald Darmanin, bénéficie d’une forte autonomie, tant vis-à-vis de Bruno le Maire que d’Élisabeth Borne a annoncé cette semaine un grand plan de lutte contre la fraude fiscale. Une manière de faire à clin d’œil à ce qu’il reste de gauche social-démocrate. Avec à la clé le recrutement d’effectifs supplémentaires pour mener des contrôles fiscaux, pour traquer la fraude à la TVA, et pour passer en revue, avec du datamining, tous les gros patrimoines.

Tout cela ne se fera que par décrets. Ce qui est bien commode en cette période où le Parlement à une tendance à se montrer un petit peu frondeur. En revanche le ministre des Comptes publics a commis une vraie faute de carre annonçant que les cent plus grosses capitalisations boursières feront désormais l’objet de contrôles fiscaux approfondis tous les deux ans. Ni le Medef, ni l’Afep n’ont jugé utile de réagir à cette provocation un peu ridicule. Il est dommage qu’à la veille de recevoir deux cents patrons étrangers à Versailles, le ministre des Comptes public soit allé sur neuf plateaux de télévisions ou de radios différents pour laisser croire aux Français que les grands groupes cotés sont des fraudeurs en puissance. En quelques minutes il a mis à bas tous les efforts réalisés par Emmanuel Macron depuis six ans pour réconcilier les Français avec leurs champions de la croissance, de l’innovation et des emplois.

 

Pas de baisses d’impôts non financées

 

La fiscalité revient d’ailleurs curieusement au centre des débats depuis quelques semaines. Toujours dans le cadre de la démarche lancée par le Chef de l’État pour essayer d’affaiblir le Rassemblent National en cherchant à se rallier les classes moyennes qui sont de plus en plus tentées par le discours de Marine Le Pen. Le même Gabriel Attal a donc laissé entrevoir – sans doute pour le projet de loi de finances pour 2024 – des baisses d’impôts pour ces Français qui gagnent assez d’argent pour être imposés mais pas assez pour vivre correctement et notamment financer des emprunts immobiliers.

Cette initiative a amené le Gouverneur de la Banque de France à prendre la parole jeudi dernier dans les journaux du groupe Ebra (appartenant au Crédit Mutuel) pour y expliquer "qu’on ne peut pas en même temps dire qu’on va réduire l’endettement, et promettre de nouvelles baisses d’impôts non financées." Tout en rappelant que la Banque de France n’a pas la charge de la fiscalité. François Villeroy de Galhau a par ailleurs rappelé ce qu’il avait écrit il y a un mois au Président de la République : "réunissons-nous autour de ces ambitions économiques, plutôt que de nous perdre dans des illusions fiscales.

 

En attendant la décision de Standard & Poor’s le 2 juin

 

Dans cette même interview le Gouverneur de la Banque de France a rappelé que sa prévision de croissance pour 2023 demeurait autour de 0,6 %. Et il a insisté sur le fait que l’inflation "est en train de passer son pic". Pour preuve : dans la dernière enquête de conjoncture de la Banque de France, la proportion d’entreprises du secteur manufacturier ayant monté leurs prix en avril est la plus basse depuis 2020.

S’agissant de la récente dégradation de la note de la dette française par Fitch, François Villeroy de Galhau n’a pas caché que "la France a un niveau de dette trop élevé, et en sus notre déficit devrait être en 2023 le plus élevé de la zone euro ! Cela ne veut pas dire que notre pays n’arrivera pas à se financer, mais cette dette nous coûte de plus en plus cher, et surtout coûtera cher aux générations suivantes. Nous laissons malheureusement à nos enfants une dette climatique, et nous sommes en train d’y ajouter une dette financière trop lourde." Comme disait Talleyrand : tout cela va sans dire ; mais cela va encore mieux en le disant. Pour mémoire : si Moody’s a préféré temporiser, Standard & Poor’s pourrait dégrader la note de la France le 2 juin prochain.

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