Macro-économie / Taux / TotalEnergies / Isabelle Patrier
Macro-économie / Taux
TotalEnergies / Isabelle Patrier
L'année 2024 vue par... Isabelle Patrier /
Directrice France TotalEnergies
Quel est votre scénario de croissance pour 2024 ?
En 2023, TotalEnergies a réaffirmé la pertinence de sa stratégie multi-énergies au regard de l’évolution des marchés du pétrole, du gaz et de l’électricité. Ancrée sur deux piliers, les hydrocarbures, notamment le GNL (gaz naturel liquéfié), et l’électricité, énergie au cœur de la transition, les conditions de marché pour les entreprises énergétiques comme la nôtre restent favorables.
Nous avons mis en place une stratégie de diversification dans l’électricité, notamment renouvelable, au travers d’une stratégie intégrée de la production au client. Nous avons également fourni d’énormes efforts ces dernières années pour baisser nos coûts de production. Le point mort de TotalEnergies est aujourd’hui à 25 dollars le baril - et cette année, le prix du baril est au-dessus de 80 dollars. Pour toutes ces raisons, l’année 2024 sera sans aucun doute une bonne année pour notre compagnie.
De quelle manière les risques géopolitiques (guerre en Ukraine, conflit israélo-palestinien) sont-ils susceptibles d’affecter vos prévisions budgétaires pour 2024 et comment anticipez-vous leurs impacts sur vos activités ?
Concernant le conflit israélo-palestinien, la situation est complexe. On aurait pu craindre qu’il ait un impact sur les cours du pétrole ou qu’il provoque une crise comme dans les années 1970. Mais aujourd’hui, les pays producteurs arabes n’utilisent pas le pétrole comme une arme, ils savent que des prix trop élevés auraient un impact très négatif sur les clients et donc sur la demande. On a vu cette situation avec le gaz Russe et les conséquences que cela peut avoir pour une économie nationale lorsque les clients s’en détournent. Quand dans un pays comme l’Arabie saoudite, la part du budget national liée au pétrole s’élève à plus de 60%, conserver les clients à long terme est un enjeu.
Sur le marché du gaz, nous ne devrions pas revoir les prix de 2022, même s’ils restent aujourd’hui élevés à environ 50 euros le mégawattheure. Nous sommes entrés dans une nouvelle ère en remplaçant le gaz russe par le GNL en Europe. C’est d’ailleurs un marché qui s’est ouvert pour TotalEnergies : nous sommes le troisième acteur mondial du GNL avec de nombreux points d’accès à l’Europe. Ce marché va rester tendu jusqu’en 2026 ou 2027 car il faut d’abord augmenter les capacités mondiales de production de GNL et ce n’est qu’ensuite que l’offre s’améliorera. Mais soyons lucides, nous ne reverrons pas le niveau de prix du gaz russe que nous avons connu avant.
La remontée des défaillances d'entreprises vous inquiète-t-elle et notamment concernant votre secteur d’activité ?
Côté pétrole et gaz, il n’y a pas d’inquiétude à avoir. Côté électricité et renouvelables notre rentabilité progresse et est proche de 10%. Notre objectif et qu’elle atteigne environ 12% d’ici 2028. Dans les renouvelables, beaucoup d’entreprises ont à la fois parié sur une baisse des coûts de développement et ont signé des contrats à long terme avec les États pour vendre leur énergie à des prix souvent assez bas. TotalEnergies n’a pas ces problèmes. D’abord, nous avons suffisamment de capital pour le développement et nous ne cherchons pas à fixer un prix aujourd’hui pour 10 ou 20 ans.
Comment anticipez-vous l’évolution de l’inflation dans vos différents métiers et le maintien ou l’amélioration de vos marges à plus longue échéance ?
Le coût de la transition énergétique nécessite des investissements colossaux et au final, c’est le consommateur qui va payer. Il y a un risque de perdre le soutien dans les sociétés pour cette transition si la facture est trop lourde. L’énergie est un bien fondamental et doit rester abordable. Il faut donc qu’on avance graduellement dans cette transition afin de permettre aux foyers et aux entreprises de s’adapter. C’est ça, le grand défi de la transition énergétique. Pour TotalEnergies, nous sommes confiants dans les fondamentaux de la Compagnie, notre politique d’investissement est claire et disciplinée ainsi que notre potentiel de croissance pour les années à venir.
Considérez-vous la transition énergétique comme une contrainte et un facteur supplémentaire d’inflation ou comme une opportunité de transformation et d’adaptation de vos métiers ? S’agissant de l’entreprise que vous dirigez, quel est le montant de son coût d’ici à 2030 ?
Depuis plusieurs années TotalEnergies a engagé une transformation en profondeur. C’est la raison pour laquelle nous avons changé de nom en mai 2021 et sommes devenus TotalEnergies, avec "énergies" au pluriel. Notre ambition est d’être un acteur majeur de la transition énergétique, engagé vers la neutralité carbone en 2050, ensemble avec la société. Cette transition ne se fera pas du jour au lendemain. TotalEnergies a décidé de s’y engager et nous sommes convaincus que davantage de compagnies pétrolières devraient suivre notre exemple, même si chacun choisit sa propre stratégie.
Pour TotalEnergies, c’est un choix de croissance à long terme. Le pétrole ne sera plus un marché de croissance, l’électricité oui. Notre analyse est claire : l’énergie du XXIe siècle est l’électricité. La première responsabilité des entreprises pétrolières, c’est de baisser les émissions de la production du pétrole et du gaz. La deuxième responsabilité, c’est de contribuer à la construction d’un système énergétique décarboné.
Nous avons donc décidé de nous diversifier et de construire un business bas carbone de grande taille. Nous investissons cette année à peu près 5 milliards d’euros dans les énergies bas carbone, avec l’objectif de figurer en 2030 parmi les cinq plus grands producteurs d’électricité d’origine éolienne et solaire au monde. Grâce à notre portefeuille de solaire, d’éolien à terre, d’éolien en mer, nous serons à cette date un des dix plus gros électriciens au monde hors Chine. Est-ce que c’est réaliste ? Nous sommes déjà à 22 GW et serons à 35 GW en 2025. On ajoute à peu près 6 à 8 GW par an. A ce rythme-là, nous aurons multiplié par 3 notre production d’électricité renouvelable d’ici 2030.
Cette transition est concrète et déjà engagée : pour preuve, TotalEnergies a récemment été classé premier développeur solaire au niveau mondial, et loin devant d’autres compagnies. Notre ambition est que ce nouveau métier de l’électricité représente entre 15 et 20 % de notre mix énergétique à horizon 2030 et 50 % en 2050 !
De quelle manière appréhendez-vous, dans vos métiers, les opportunités offertes par l’Intelligence artificielle, les supercalculateurs et le cloud ? Estimez-vous optimale la sécurité de votre entreprise face aux risques cyber ? De quelle manière vous armez-vous contre ces risques d’un nouveau type ?
L’intelligence artificielle (IA) est une technologie que TotalEnergies utilise depuis longtemps, notamment pour optimiser la décision ou la maintenance. Depuis août 2023, nous disposons même de notre propre "ChatGPT" privé et nous développons de nombreux projets d’IA au service de nos métiers.
Nos nouvelles activités exigent de l’innovation et des systèmes d’information performants. C’est pourquoi nous recourons au cloud pour construire plus rapidement ce dont nous avons besoin. Nous avons une stratégie multicloud publique avec des partenaires comme Microsoft et Amazon, avec qui nous avons signé en 2021 des contrats combinant la fourniture de ressources cloud et d’électricité "verte" pour alimenter leurs datacenters et soutenir leur transition énergétique.
Concernant les supercalculateurs, TotalEnergies s’est doté en 2019 du supercalculateur industriel le plus puissant au monde, qui nous aide notamment à atteindre nos ambitions en matière de transition énergétique grâce à sa puissance de calcul.
Il a été beaucoup question de la "grande démission" avec la crise sanitaire, mais aussi de l’apparition du télétravail notamment dans le secteur tertiaire – avec à la clé une baisse de la compétitivité -. Comment vous adaptez-vous aux nouveaux modes de travail, aux nouvelles contraintes et aux nouvelles exigences de vos collaborateurs de manière à attirer et retenir les meilleurs talents ?
Nous sommes convaincus que le bien-être de nos collaborateurs est un facteur clé de notre performance et de notre attractivité. Notre objectif est de favoriser une organisation du travail flexible, moderne, attractive pour nos collaborateurs tout en préservant l’efficacité collective. Nous faisons confiance en la responsabilité de nos salariés pour que le télétravail soit intégré pleinement dans nos modes de fonctionnement.
Avec la volonté d’innover et d’expérimenter, nous avons d’ailleurs décidé de mettre en place dès janvier 2023 les Green Fridays : un vendredi sur deux est libéré de toute réunion afin de permettre à chacun de prendre du recul et de se concentrer sur un travail individuel. Cette nouvelle organisation est appliquée dans le monde entier.
Nous sondons tous les deux ans l’ensemble de nos collaborateurs dans le monde pour mesurer leur engagement au travail et leur vision du futur de la Compagnie. Les résultats de la dernière enquête montrent que nos collaborateurs ont confiance en notre potentiel à réaliser notre ambition et affichent un taux d’engagement de 80 %, ce qui est très satisfaisant.
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