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Sanofi avale la biotech américaine Inhibrx pour 2,2 milliards de dollars / Grosse opération dans les maladies rares
Piocher dans l’écosystème des biotechnologies pour dynamiser son pipeline de médicaments en cours de développement est un classique récurrent qui fonctionne. C’est depuis longtemps une partie intégrante de la stratégie de Sanofi, sans laquelle le premier groupe pharmaceutique français ne disposerait d’ailleurs pas du Dupixent, son médicament phare, qui a généré à lui seul des ventes de 7,7 milliards d’euros sur les neuf premiers mois de 2023 et dont la trajectoire de croissance estimée pourrait le conduire à atteindre les 20 milliards d’euros à l’horizon 2030.
Et si le groupe n’a jamais racheté son partenaire américain Regeneron avec lequel il a développé le Dupixent (il a cédé sa participation en 2020), son annonce mercredi de l’acquisition de la société biopharmaceutique américaine Inhibrx (opération conseillée par Lazard côté acheteur et Centerview Partners côté vendeur) pour un montant maximum de 2,2 milliard de dollars s’inscrit dans une longue lignée d’opérations de croissance externe ciblées à forte valeur ajoutée. Depuis l’arrivée de Paul Hudson à la tête de Sanofi en 2019, le groupe a réalisé plusieurs acquisitions majeures de biotechs : Principia Biopharma pour 3,68 milliards de dollars en 2020, puis en 2021 Kymab pour un peu plus de 1,5 milliard de dollars, Translate Bio pour 3,2 milliards de dollars et Kadmon pour 1,9 milliard de dollars, et plus récemment Provention pour 2,9 milliards de dollars en 2023.
Aire thérapeutique prioritaire
Autant d’opérations qui, pèle mêle, ont renforcé le portefeuille de Sanofi dans le traitement des maladies auto-immunes (Principia Biopharma), l’immunothérapie (Kymab), les traitements pour la transplantation (Kadmon), lui ont permis de mettre un pied dans la technologie de l’ARN Messager (Translate Bio) et de faire son retour dans le diabète (Provention). Avec Inhibrx, Sanofi vient cette fois renforcer son portefeuille de médicaments pour les maladies rares, une aire thérapeutique qui fait partie de ses priorités. Et dans laquelle le groupe a récemment obtenu des autorités américaines une procédure de revue prioritaire à un traitement développé par sa filiale américaine Genzyme dans la maladie de Gaucher.
En l’occurrence, avec Inhibrx, vise un unique actif, baptisé "INBRX-101", en étude clinique de phase II, donc déjà bien avancée, visant à traiter le déficit en alpha-1 antitrypsine (DAAT), une protéine synthétisée par le foie, qui est une maladie héréditaire rare prédisposant à l’emphysème (maladie pulmonaire caractérisée par une destruction progressive et irréversible des alvéoles pulmonaires) et aux maladies du foie à un stade précoce. Etant précisé que tous les autres actifs en développement de cette biotech américaine vont être regroupés au préalable dans une nouvelle entité (New Inhibrx) scindée de la première, et donc non visée par l’opération de Sanofi.
Et cette maladie rare représente un potentiel de marché considérable. Le DAAT est en effet une affection génétique courante mais sous-reconnue qui affecte environ 1 personne sur 2000 à 1 personne sur 5 000. Le marché est actuellement dominé par le médicament Prolastin du laboratoire espagnol Grifols dont les revenus dans cette indication s’élèvent à 700 millions de dollars par an. Ainsi, l’acquisition d’Inhibrx apparaît non seulement "en bonne adéquation stratégique avec l’activité maladies rares de Sanofi " mais "apporte un actif offrant un potentiel de marché pouvant atteindre 1 milliard de dollars actuellement", souligne JP Morgan.
Un potentiel de 4 milliards de dollars à terme
A l’avenir, le fait que la maladie soit encore largement sous-diagnostiquée pourrait fortement élargir les besoins. Inhibrx voit un potentiel de 4 milliards de dollars à terme, dans l’hypothèse d’une augmentation du taux de diagnostic et d’une meilleure surveillance des atteintes précoces aux poumons, ce qui pourrait conduire à une augmentation d’environ quatre à cinq fois du nombre de patients américains éligibles, pour atteindre environ 40 000 patients (contre 8 à 10 000 aujourd’hui).
Bien sûr, le produit va devoir confirmer les attentes placées en lui avec les premiers résultats de l’essai clinique de phase II attendus fin 2024 ou début 2025. Sachant que l’année 2024 s’annonce déjà comme relativement riche en termes de résultats cliniques avancés pour Sanofi. Des données sont attendues dès le premier trimestre de la part du laboratoire partenaire américain Alnylam Pharmaceuticals sur le traitement d’une maladie rare du système nerveux, et surtout les résultats de l’étude de phase 3 du Tolebrutinib dans la sclérose en plaques sont prévus pour mi-2024. Des rendez-vous qui seront forcément très suivis des marchés pour continuer à juger de la capacité du pipeline à remplacer à terme le Dupixent lorsque ses brevets arriveront à échéance. L’action Sanofi perdait mardi 2 %, à 92,3 euros.
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