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Commission de l'IA

La France a de quoi devenir une vraie actrice de la révolution IA / De l'audace et des moyens ciblés et concentrés pour faire émerger un écosystème solide

La Commission de l’Intelligence Artificielle (IA) a rendu son rapport à Emmanuel Macron. Des 600 auditions, 7 000 consultations menées et des 25 sessions plénières organisées seront ressorties un certain nombre de recommandations destinées à "faire de la France un pays à la pointe de l’IA". Grâce à ses talents et ses entreprises bien positionnées, l’Hexagone a de quoi faire valoir ses atouts dans cette course. Mais cela passera nécessairement par de plus amples financements, qui accusent un retard non négligeable. Au programme : de l’innovation en la matière, ciblée et concentrée.  
Commission de l'IA (© site de l'Elysée)
Commission de l'IA (© site de l'Elysée)

Vingt-sept milliards d’euros sur cinq ans. C’est ce qu’il devrait en coûter à la France pour devenir un pays à la pointe de l’intelligence artificielle (IA). La Commission de l’IA, composée de la fine fleur française du secteur et coprésidée par la présidente du conseil d’administration de l’ENS Anne Bouverot et l’économiste Philippe Aghion a rendu mercredi, comme convenu, son rapport à Emmanuel Macron. L’objectif avait été clairement annoncé en septembre dernier, lors de la formation de ce comité interministériel : la France avait besoin de recommandation pour ajuster sa stratégie en la matière.

Il faut dire le comité l’explique bien. La diffusion soudaine de l’IA générative a marqué un tournant dans la révolution que représentait déjà cette technologie. Elle affecte tous les domaines, de l’économie à l’emploi, en passant par l’environnement, la culture, l’information… Objet de spéculation, "l’IA ne doit susciter ni excès d’optimisme : nous n’anticipons ni chômage de masse, ni accélération automatique de la croissance", explique le rapport. Et d’assurer que la France et l'Europe, au regard de l’excellence de leurs talents et grâce à des entreprises de premier rang positionnées sur l’ensemble de la chaîne de valeur, ont de quoi être des actrices de cette révolution.

 

Le retard reste réel

 

Mais cela ne masque pas le retard pris, surtout face aux États-Unis et à la Chine qui ont fait de la maîtrise de l’IA l’un des piliers de leurs stratégies de puissance. À richesse comparable, la France investit trois à quatre fois moins dans l’IA que les Américains. Des retards qui, s’ils ne sont pas comblés, auraient de graves conséquences sur l’économie, la souveraineté et la cohésion sociale. "De même, il est illusoire de croire que nous pouvons emprunter un chemin autarcique. Il nous revient donc de tirer parti, dès à présent, du potentiel des systèmes d’IA, d’où qu’ils viennent, tout en créant les conditions d’une offre européenne d’IA", soutient le rapport.

En clair, le vivier de talents de talents et d’entreprises est là. Mais il reste à faire en sorte que l’IA devienne un réel facteur de progrès. De plus, il n’y aura pas de maîtrise de notre avenir au travers du déploiement de l’IA des autres. Pour remédier à cela, il faudra notamment faire émerger un écosystème d’IA, tout en créant les conditions d'une offre européenne en la matière. Trois axes d’intervention sont recommandés pour ce faire. Tout d’abord, concernant les financements : en toute logique, s’il faut fournir un effort annuel d’environ 5 milliards d’euros sur les cinq prochaines années pour faire de la France une championne de l’IA, il conviendrait surtout flécher correctement les moyens qui y seront consacrés. La Commission de l’IA préconise d’ailleurs que près la moitié de cette enveloppe (45 %) soit dédiée aux investissements technologiques et industriels.

Encore faut-il trouver ces financements, alors que les finances publiques ont de moins en moins de marges de manœuvre. La Commission de l’IA propose donc tout d’abord de réorienter l’épargne vers l’innovation afin de favoriser l’émergence d’un écosystème. À court terme, la création d’un fonds d’investissement "France & IA" a été proposée. Il mobilisera 10 milliards d’euros de capital-investissement d’entreprise et de soutien public. En plus des moyens financiers, ce fonds s’accompagnera également d’une mise en commun des données d’activité pour conduire des projets numériques. Un tandem inédit, estime le rapport. Mais "face au risque de déclassement économique, l’audace participera de l’émergence de solutions innovantes performantes et de l’accélération de la modernisation des entreprises françaises", ajoute la Commission de l’IA.

 

Mettre simplement l’AI Act en œuvre

 

Pour tirer les bénéfices de l’IA générative, cette audace dans la manière d’agir devra nécessairement s’accompagner de données fiables et de qualité. C’est le deuxième axe d’intervention proposé pour qu’un écosystème se crée : la gouvernance des données doit être repensée. Déjà, l’accès aux données à caractère personnel utilisées dans des innovations thérapeutiques devra être facilité. Cela supposerait de réformer le mandat de la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil) afin d’y ajouter un objectif d’innovation, de lui allouer des moyens supplémentaires et de réformer la composition de son collège.

Ensuite, l’application du principe de transparence des données d’entraînement des grands modèles d’IA, comme exigé par l’AI Act, devra être mise en œuvre de la manière la plus simple possible. Cela pourrait par exemple se traduire par l’élaboration de standards pour la publication des informations sur les modèles d’IA et la mise en œuvre du droit de retrait. Enfin, une nouvelle gestion collective des données devra être pensée. Aujourd’hui, elle est centrée sur l’individu, notamment au regard du RGPD européen. Mais l’accès aux données des modèles d’IA et les bénéfices qui en découlent sont collectifs. Cette dichotomie a favorisé les géants du numérique, explique le rapport, car ils sont les "seuls à disposer de centaines de millions d’utilisateurs qui génèrent chaque jour des flux de données pour entraîner leurs modèles. Il convient d’explorer de nouveaux modèles de gouvernance commune des données, sans bien sûr affaiblir la protection des individus".

 

Jouer sur l’offre et la demande

 

S’agissant du troisième moyen d’action, il devra concerner la puissance de calcul, "l’autre ingrédient incontournable de l’IA générative" avec les données, rappelle le rapport. La France devra devenir un pôle majeur du domaine, sans quoi l’autonomie stratégique ne verra pas le jour. Les capacités publiques des supercalculateurs ne suffiront pas, il faudra donc jouer sur l’offre et la demande.

D’un côté, sécuriser l’approvisionnement français au travers d’une commande européenne de calcul privé pourrait venir porter cet objectif. De même concernant un appel à projet d’implantation de centres de calcul à l’échelle européenne. De l’autre, un crédit d’impôt IA soutiendrait les projets de recherche et développement, tandis que la politique industrielle mériterait d’être orientée vers l’émergence d’une filière électronique adaptée à l’IA.

La Commission de l’IA l’assure,"il ne s’agit pas de courir derrière les avancées technologiques, mais de créer nos avantages comparatifs". Et cela reposera sur deux mots d’ordre : le ciblage et la concentration des moyens. De quoi fonder une supériorité sur certains pans de la chaîne de valeur, est-il estimé, et permettre à la France "de parler d’égal à égal avec nos concurrents et nos partenaires".

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