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ASML instille le doute sur la reprise dans les machines pour semi-conducteurs / Rattrapage espéré au second semestre
Faire partie des Granolas, ces fleurons qui constituent le pendant européen aux Sept Magnifiques américaines, n’est pas une garantie absolue contre le risque. Les onze grandes valeurs (GSK, Roche, ASML, Astrazeneca, Nestlé, Novartis, Novo Nordisk, L'Oréal, LVMH, SAP, Sanofi) derrière cet acronyme que l’on doit à Goldman Sachs ont beau réunir des qualités de croissance bénéficiaire et de solidité de bilan bien supérieures à la moyenne, il leur arrive aussi de décevoir. C’est ce qui vient de se produire pour le géant néerlandais des semi-conducteurs ASML, dont le cours de Bourse chutait mercredi de plus de 7% à Amsterdam et à New York.
Plus grand fabricant mondial de machines de lithographie destinées à l'impression des circuits intégrés sur ces plaques très fines de silicium appelées wafers, le groupe a déçu avec des commandes et un chiffre d'affaires inférieurs aux prévisions des analystes pour le premier trimestre. Ses commandes ont reculé à 3,61 milliards d'euros lors du trimestre clos fin mars, contre 3,75 milliards d'euros un an plus tôt, loin derrière la prévision moyenne du consensus Visible Alpha de 5,1 milliards d'euros. La déception sur les ventes est plus ténue : le chiffre d'affaires s'est établi à 5,29 milliards d'euros (contre 6,75 milliards d'euros un an plus tôt), en dessous des 5,42 milliards d’euros attendus par le consensus. Tandis que la bonne surprise d’un bénéfice par action de 3,11 euros, contre 2,83 euros anticipés par les analystes, est passée totalement inaperçue.
Des commandes volatiles
Il est vrai, comme le note la banque Jefferies, que "les prises de commandes du 1er trimestre sont étonnamment faibles", à 3,6 milliards d'euros, notamment comparées aux commandes record 9,2 milliards d’euros du quatrième trimestre 2023. Qui plus est, les commandes pour les systèmes de lithographie extrême ultraviolet EUV, méthode utilisant la lumière ultraviolette extrême pour graver des motifs extrêmement fins sur les wafers, donc surtout utilisée pour les puces et les mémoires de pointe, n’ont été que de 656 millions d'euros, par rapport au niveau record de 5,6 milliards d'euros du quatrième trimestre. Les commandes trimestrielles de systèmes EUV sont certes "toujours très volatiles", rappelle de son côté le bureau de recherche Stifel.
Une particularité qui ne facilite pas la tâche des analystes dans l’exercice des prévisions par trimestre. D’une manière générale " les prises de commandes d'ASML ont fait l'objet de nombreuses spéculations. Tout le monde sait que le processus de réception des commandes est généralement assez irrégulier ", a observé Roger Dassen, le directeur financier, lors de la conférence de présentation des résultats. Malgré l’important décalage dans les commandes d’un trimestre à l’autre, le groupe a donc confirmé sa prévision d’une stabilité de ses ventes en 2024, toujours vue comme "une année de transition " durant laquelle les investissements sont poursuivis "à la fois dans la montée en puissance et dans la technologie, afin d'être prêts pour le retournement du cycle ", a indiqué de son côté Peter Wennink, président et Chief Executive Officer d'ASML.
Normalisation des stocks
Cette stabilité du chiffre d'affaires sur l'année suppose logiquement que le second semestre sera plus solide que le premier. Or à court terme, les prévisions de ventes fournies pour le deuxième trimestre laissent un peu les analystes sur leur faim. ASML prévoit un chiffre d'affaires compris entre 5,7 milliards d'euros et 6,2 milliards d'euros, en dessous de la prévision du consensus de 6,5 milliards d'euros. Mais pas de quoi remettre en question le scénario de reprise du secteur. " Les niveaux de stocks commencent à se normaliser", et "les perspectives pour 2025 semblent beaucoup plus saines", note Derren Nathan, responsable de la recherche actions chez Hargreaves Lansdow.
ASML espère voir son chiffre d'affaires atteindre entre 30 et 40 milliards d'euros l’an prochain, ce qui correspondrait à une augmentation de 27 % au point médian par rapport aux niveaux de 2023. En considérant le carnet de commandes actuel, le directeur financier, Roger Dassen, a remarqué que l’atteinte de cette prévision nécessiterait que les prises de commandes s'élèvent en moyenne à un peu plus de 4 milliards d'euros au cours des trois trimestres restants de cette année, ce qui, aux yeux de Derren Nathan, ne semble pas "un objectif extrêmement exigeant ".
Néanmoins, alors que le plus gros client d'ASML, le géant taïwanais Taiwan Semiconductor Manufacturing Company (TSMC) doit publier jeudi ses propres résultats du premier trimestre 2024, ses commentaires seront plus qu'intéressants pour mieux juger de la trajectoire de la reprise espérée.
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