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Feuilleton de l'été / Shares / Benjamin Chemla

Feuilleton de l'été
Shares / Benjamin Chemla

exclusif Série d’été - ces jeunes leaders qui construisent la France de demain / Benjamin Chemla, président-directeur général et co-fondateur de Shares

EXCLUSIF. Animé par l’entrepreneuriat depuis toujours, c’est en co-fondant la fintech Shares que Benjamin Chemla a réalisé son dernier (et énième) projet en date. Une start-up qui rencontre une ascension pour le moins rapide : le fruit, notamment, d’une carrière de serial-entrepreneur reconnue, jalonnée d’étapes et de rencontres structurantes.
Benjamin Chemla (DR)
Benjamin Chemla (DR)

Tout vient à point à qui sait entreprendre. Benjamin Chemla en est le bon exemple : il dirige et préside aujourd’hui Shares, une fintech connue pour sa plateforme digitale d’investissement qu’il a cofondée en 2021. Et alors qu’elle s’est lancée en France il y a seulement huit mois, la start-up s’est rapidement fait une place. Au mois de mai, Shares a signé son entrée dans le French Tech 120 et compte d’ores et déjà 100 000 comptes-titres ouverts sur son application.

Il faut dire que Benjamin Chemla n’en est pas à son coup d’essai, alors même que l’entrepreneuriat l’a toujours animé. À l’occasion d’un entretien accordé à WanSquare et à 35 ans désormais, le serial-entrepreneur se souvient : "Depuis tout petit, j’adore créer des choses. J’ai produit des spectacles d’humoristes pendant mes années d’études et créé le bureau des étudiants en droit de la Sorbonne, afin de pouvoir organiser des conférences ou des évènements. Même enfant, j’étais de ceux qui dessinaient sur des coquillages à la plage pour essayer de les vendre".

Après avoir été formé au droit des affaires à la Sorbonne, Benjamin Chemla intégrera pourtant tout d’abord l’EFB afin de devenir avocat. Mais en parallèle, il débute un master d’entrepreneuriat à l’ESCP. "Je me suis gardé les deux options jusqu’à la fin. J’ai fondé ma première entreprise à l’issue de ce master, que j’ai incubée à l’ESCP. J’allais entrer dans un cabinet d’avocats, mais le premier jour de ma collaboration, je leur ai dit que je n’allais pas pouvoir venir. J’ai en fait été avocat une demi-journée", plaisante-t-il.

 

Faire de ses expériences des entreprises

 

À l’origine de sa première entreprise, CityCake, une expérience : voulant faire livrer une boîte de macarons, Benjamin Chemla ne trouve pas de services pour le faire. "Je me suis dit que j’allais digitaliser tous les pâtissiers, chocolatiers et épiceries fines pour en faire une plateforme qui permettrait de commander et de se faire livrer en moins d’une heure. J’ai tenu un an et demi avec 5 000 euros d’apport que mon père m’avait prêté", retrace le patron de Shares. Un an et demi plus tard, il parvient à lever des fonds. Son entreprise fusionne alors avec Resto In, sorte de précurseur de Deliveroo, dont Benjamin Chemla sera le dirigeant avant de quitter l’entreprise… pour en monter une autre.

Ayant lui-même été coursier fut un temps et après sa première expérience, un constat s’impose. Mutualiser une flotte de livreurs au profit de plusieurs commerces différents densifierait la quantité de livraisons, tout en permettant aux livreurs de trouver un point de retrait pour n’importe quelle course. Une opportunité est à saisir, sent Benjamin Chemla : "La suite logique, c’était Stuart. Soit de créer la plus grande flotte de livreurs indépendants et la mettre à disposition de toutes les typologies de commerces de proximité".

 

Une fenêtre de tir

 

C’est ainsi qu’il retrouvera le fondateur de Resto In, Clément Benoit, pour construire cette idée. D’autant que le contexte était porteur, puisqu’Amazon arrivait alors en Europe avec PrimeNow, son offre de livraison express. "Cela terrorisait tous les commerces de proximité et les grands acteurs de la distribution de détail. Nous avions une solution à proposer, celle de leur apporter une brique technologique et logistique pour qu’ils puissent entrer en compétition avec Amazon grâce à une offre de livraison en départ de magasin", appuie Benjamin Chemla. "Lorsque j’ai commencé à entreprendre, en 2012, ce n’était pas du tout à la mode. Tout l’écosystème de la French Tech d’aujourd’hui n’existait pas, lever des fonds était très difficile. Pour Stuart, on avait tout de même réussi à faire un tour de table d’1,5 million d’euros avec des business angels", poursuit-il. Car trois années se sont désormais écoulées depuis la création de sa première entreprise. L’entrepreneur sent bien que son discours est plus construit.

Rapidement, il sera d’ailleurs invité avec son associé à rencontrer le groupe La Poste, qui fait lui-même face au dilemme du premier et du dernier kilomètre de livraison. Stuart n’a alors que quelques mois et le groupe rentrera finalement au capital de la start-up, pour la somme de 20 millions d’euros. "À ce moment-là, nous obtenons le record du plus gros investissement en seed français", se remémore Benjamin Chemla. En dix-huit mois, Stuart recrute 150 personnes, se déploie dans une vingtaine de villes et dans trois pays différents, acquiert plus de 500 clients et lance des projets tous azimuts. La start-up cherche donc à lever de nouveaux fonds pour faire grossir son activité. Néanmoins, avec un acteur industriel qui a vocation à devenir un acheteur et qui souhaitait monter progressivement au capital, l’entrepreneur peine à trouver un accord permettant de faire entrer de nouveaux investisseurs dans l’aventure. En l’absence de synergies significatives, Benjamin Chemla finit par vendre la société à La Poste un peu avant l’été 2017. "C’est à la fois incroyable d’avoir réussi une sortie avant 30 ans et d’avoir créé et développé un projet qui a eu du succès. Mais de l’autre côté, j’avais l’impression d’avoir terminé l’aventure trop tôt", se souvient-il.

 

Direction New York

 

Alors à la rentrée 2017, la décision est prise. C’est à New York qu’il veut aller tenter sa chance. Il raconte : "C’est l’endroit le plus excitant pour un entrepreneur. J’avais en tête que si je pouvais réussir là-bas, je pourrai le faire n’importe où. Nous sommes partis avec mon associé sur un coup de tête, en prenant un billet d’avion et une chambre d’hôtel. Nous n’avions même pas de visa". Il se trouve, par ailleurs, que la ville fait face à une crise de l’immobilier commercial. Sur la Cinquième Avenue ou sur celle de Broadway, nombre d’enseignes ont fait faillite. De là, l’idée de FitHouse se dessine dans l’esprit de l’entrepreneur. Soit celle de monter un concept de salles de sport éphémères avec une application qui permettrait de réserver des cours collectifs. Lorsqu’elles sont rentabilisées, les baux sont tournés sur du long terme. Le projet aura rapidement du succès. À tel point qu’après avoir rencontré le fondateur de WeWork, Benjamin Chemla va s’approcher de Wall Street en se retrouvant en marge du grand projet d’introduction en Bourse (IPO) du spécialiste des espaces de co-working, dans l’esprit que FitHouse devienne la version "fitness" de l’entreprise.

La suite de l’histoire est connue. L’IPO de WeWork tombe à l’eau, tout comme la stratégie de développement de FitHouse. Benjamin Chemla tente de rebondir en visant le rachat de Rise By We, les actifs sportifs de WeWork, à un prix symbolique. L’ouverture de la première salle reconvertie en FitHouse était prévue pour le 1er avril 2020. C’était évidemment sans compter sur le Covid-19. En mars 2020, le monde entier entre en confinement. Autrement dit, une jeune entreprise qui tire l’intégralité de ses revenus du commerce physique et des cours collectifs n’avait que très peu de chance d’y survivre. Rapidement immunisé contre le virus, Benjamin Chemla se lance dans le bénévolat et transforme ses salles de sport en ateliers de couture pour réaliser des blouses pour le personnel médical. Il rachète des stocks de tissu à l’armée, fait venir des couturiers et passe ses journées à livrer le matériel dans New York.

 

La genèse de Shares

 

Autre occupation du confinement, qui marquera un tournant pour la suite de son parcours : il se met à s’intéresser aux marchés financiers après le krach qu’ils viennent de subir. Si Benjamin Chemla a toujours exercé une activité de business angels, le cas est ici différent. Ce n’est pas sur un projet qu’il doit investir, mais sur des produits auxquels il ne connaît pas grand-chose. "J’ai commencé à apprendre au contact des gens, sur des groupes WhatsApp, Telegram ou sur Reddit. Je posais mes questions tout seul. J’ai ensuite cherché un courtier qui me permettrait d’avoir accès à des produits variés, simple d’utilisation et pas trop cher. J’ai trouvé cela pénible. C’était aussi le début des influenceurs de la finance, ils racontaient un peu tout et n’importe quoi. Je me suis dit qu’il serait pratique d’avoir un broker régulé qui permettrait d’observer en direct le portefeuille d’autres gens, pour que la parole et les actes aient lieu au même endroit", explique Benjamin Chemla. Le concept de Shares était né.

Fin 2020, il rentre en France et retombe sur un ami de longue date, François Ruty, désormais directeur de la technologie de la start-up. Il lui soumet son idée et ils décident de s’associer pour fonder l’entreprise. Il débauchera par la suite Harjas Singh chez Revolut, afin d’avoir un spécialiste en fintech au sein du trio fondateur qui développerait ses produits. En avril 2021, la société est en cours d’immatriculation. "Et là, pour la première fois, j’ai l’embarras du choix. Je reçois une dizaine de marques d’intérêt de fonds et je crée le tour de table de mes rêves sur une levée de fonds seed de 8,5 millions d’euros", retrace Benjamin Chemla. Shares enchaîne ensuite deux autres tours de table et lève ainsi plus de 80 millions d’euros à vitesse éclair, accompagné par des investisseurs de renoms. Valar Ventures, le fonds d’investissement du fondateur de PayPal Peter Thiel, a notamment mené sa série B.

 

Des partenaires pas comme les autres

 

Après avoir lancé son application en Angleterre dans un premier temps, c’est finalement en novembre dernier, le travail réglementaire une fois réalisé, que Shares a mis le cap sur le marché français. Entre-temps, la start-up s’est aussi attaché l’accompagnement des sœurs Williams, après que Benjamin Chemla a rencontré Venus Williams lors d’un dîner. L’entrepreneur les a d’ailleurs accompagnées lors d’une intervention à VivaTech cette année. Ce qui l’a convaincue ? "Elle s’est battu toute sa carrière pour l’égalité entre les hommes et les femmes, elle refusait d’aller dans des compétitions quand les prix n’étaient pas les mêmes. Le côté inclusif de Shares, alors que 40 % de nos utilisateurs sont des femmes et que la statistique tourne plutôt autour de 10 %, en moyenne, chez les investisseurs de détail a certainement pesé dans la balance. De plus, l’éducation financière que propose Shares est aussi un sujet capital pour elle", souligne-t-il.

De fait, la start-up en propose pour tous les goûts : comptes-titres personnels et professionnels, plan d’épargne en action, gestion de l’épargne salariale… Tout est accessible depuis l’application où il est possible d’investir dès un euro, grâce à un mécanisme de fractionnement d’actions, de communiquer sur ses opérations ou bien d’observer celles réalisées par d’autres membres. "Nous lançons aussi de nouveaux produits, comme un plan piloté pour les débutants en investissement. Car nous ajustons notre offre en fonction des retours, celle d’avoir des allocations suggérées en était une. Certains corporate du secteur commencent également à s’intéresser à nos outils, qu’ils souhaiteraient utiliser sous forme de licence. Cela nous permettrait de générer des revenus récurrents. À plus long terme, notre objectif est que Shares devienne un réflexe pour gérer l’ensemble de ses finances, que l’application soit installée à côté de celles des mails ou des transports", prévoit Benjamin Chemla.

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