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Feuilleton de l'été / Driveco

Feuilleton de l'été
Driveco

exclusif Série d’été - ces jeunes leaders qui construisent la France de demain / Ion Leahu-Aluas, directeur général de Driveco

EXCLUSIF. Ingénieur à l’âme d’entrepreneur, le patron de la scale-up spécialiste de la recharge électrique n’a pas suivi un chemin tout tracé pour en arriver à ses fonctions actuelles. Un parcours partagé entre la Roumanie, les États-Unis et la France qui aura néanmoins toujours respecté l’envie de cet "intrapreneur" d’avoir un impact positif sur la société, tout en portant la création et l’essor de projets.
Ion Leahu-Aluas, directeur général de Driveco (©Philippe Servent)
Ion Leahu-Aluas, directeur général de Driveco (©Philippe Servent)

Si rien ne prédestinait particulièrement Ion Leahu-Aluas à devenir un jour le directeur général de Driveco, une scale-up spécialiste de la recharge électrique dont il a porté l’envol, ses activités actuelles semblent bien suivre le fil rouge qui a toujours guidé ses choix : soit celui d’avoir un impact positif sur la société et d’entreprendre des projets. "Je suis sans cesse en quête de performance et d’impact, j’ai le feu de la compétition en moi", assure-t-il à l’occasion d’un entretien accordé à WanSquare.

Tout commença en Roumanie, sous le régime du dictateur Nicolae Ceaușescu. Ion Leahu-Aluas a à peine six ans lorsque la révolution de 1989 éclate. Il explique : "Ma famille m’a inculqué la culture de l’apprentissage et de la performance académique. Mon enfance était relativement paisible, j’ai été préservé des événements dramatiques autour de nous". L’insouciance de l’enfance n’occulte pas les difficultés de son pays natal pour autant. Après la révolution, la démocratie s’installe progressivement mais le pays est détruit. C’est alors que ses parents décident de déménager aux États-Unis. Ion Leahu-Aluas a onze ans, possède déjà quelques bases de français grâce à l’école mais ne parle pas un mot d’anglais. Et c’est tout d’abord à Washington DC que sa famille posera ses valises. Sur le plan scolaire, le dirigeant prend très rapidement ses marques. "Les mathématiques sont un langage universel, j’ai fait tout mon possible pour obtenir les meilleures notes dans les matières scientifiques", remarque Ion Leahu-Aluas. En parallèle, il se passionne aussi pour le sport et commence le basketball et l’athlétisme au lycée. "J’ai même été champion du saut en longueur dans mon département", se souvient-il.

 

Le goût du travail

 

Concentré sur ses études, son installation aux États-Unis n’aura pas non plus été linéaire. Après quelques années passées à Washington DC, la famille déménagera à plusieurs reprises : à Indianapolis, Denver et enfin Atlanta, en Géorgie, où Ion Leahu-Aluas prendra finalement racine. Car il en est alors convaincu. C’est à l’ingénierie en aéronautique qu’il veut se destiner. "Parce que c’est passionnant, mais aussi parce que chaque jour est un nouveau défi", sourit-il.

Il décidera tout d’abord d’aller étudier la matière à Georgia Tech, une université reconnue dans ce domaine d’activité. Ion Leahu-Aluas, qui a toujours eu le goût du travail, est dans les premiers de sa classe et décide de se spécialiser plus encore dans les moteurs pour avions. En parallèle, il devient citoyen américain. Vient ensuite le moment de choisir son master. "Beaucoup d’opportunités se présentent à moi aux États-Unis, dont la possibilité d’intégrer un master au sein du prestigieux MIT. Mais en termes de culture, de cadre et de style de vie, l’Europe me manquait. J’ai donc choisi de poursuivre mon master à Georgia Tech, car l’université proposait un partenariat avec l’école des Arts et Métiers à Metz. Ce n’était pas le choix le plus évident, puisque les cours se déroulaient en partie en français, langue que je maîtrisais peu à l’époque", se souvient Ion Leahu-Aluas.

 

Une vocation à la croisée de trois chemins

 

Nous sommes alors en 2008, la question de la décarbonation commence à émerger, le mouvement s’accélère mais n’est pas très répandu. Surtout, les solutions manquent à l’appel. L’aéronautique est toujours la cible d’Ion Leahu-Aluas, mais il sent déjà bien qu’il a envie d’avoir un rôle plus large, d’avoir une vision stratégique de l'ensemble d’un projet et de mener des équipes. Il postulera alors à un programme dit "de hauts potentiels", qui permet d’exercer plusieurs expériences dans les structures de management d’un grand groupe. Il tente sa chance dans trois entreprises, chez Bombardier, ArcelorMittal et Airbus. Le constructeur aéronautique est son premier choix, mais il est finalement écarté au dernier tour. "Leur feedback était intéressant : j’avais une appétence forte pour le leadership qui faisait que je pouvais parfois aller trop vite", retrace Ion Leahu-Aluas.

C’est donc finalement chez ArcelorMittal qu’il fera ses premiers pas et dans une équipe au rôle particulier, celle de "New Technology Ventures". En clair, l’objectif était de choisir des technologies matures dans les laboratoires de R&D du groupe, de créer une société ad-hoc à l’aide de financements extérieurs pour pouvoir la développer, tout en étudiant son positionnement de marché et en créant son modèle d’affaires. Ce qui constituera ses premiers pas "d’intrapreneur", soit de porter, comme un entrepreneur, la création d’une entreprise… au sein d’une autre déjà existante, avant qu’elle ne décolle seule. Une expérience de bon augure pour la suite de sa carrière puisque de là, Ion Leahu-Aluas se rendra compte que sa vocation professionnelle se trouve en fait à la croisée de trois chemins : l’impact, le business et l’ingénierie.

 

L’attrait du photovoltaïque

 

Il s’en ira ensuite faire un passage chez Canopy, une entreprise spécialisée dans le développement de l’énergie photovoltaïque. Il y fera des missions au Cameroun, au Sénégal ou encore en Italie. Et c’est finalement en 2014 qu’il reprendra Driveco, un projet de recherche de recharge électrique grâce à l’énergie solaire développé au sein du groupe Corsica Sole, dont la genèse remonte à 2010. Alors que l'énergie solaire est abondante et que la mobilité produit plus de 30 % des émissions de CO2 en France, l'ingénieur se rend bien compte de l'impact que le couplage de la production d'énergie solaire et de la recharge électrique pourrait avoir. Il se consacrera ainsi désormais à développer la technologie de Driveco et à piloter sa stratégie.

Le premier démonstrateur s’installera en Corse, puis deux stations multi-transports seront déployées à Ajaccio et Bastia en 2015. Portée par la direction d’Ion Leahu-Aluas, l’entreprise prendra finalement son envol en 2016, afin de devenir indépendante et propriétaire de ses infrastructures. Elle lance son activité commerciale la même année. "L’idée est de proposer une plateforme de bout en bout, allant de la production de l’énergie solaire à la recharge, en passant par la gestion et le stockage. Les bornes sont évolutives, elles comprennent un logiciel embarqué qui peut être mis à jour à distance, un peu comme sur une Tesla. Et notre proposition de valeur est triple : nous concevons, installons et exploitons nos stations", explique le patron de Driveco.

 

Dans la cour de grands

 

L’entreprise signera son premier contrat avec Leroy Merlin. Tout juste débutante, elle parvient pourtant rapidement à s’attirer les faveurs de grandes entreprises, à l’instar de Darty, des concessions Ford, BMW… et même d’Airbus, dont Ion Leahu-Aluas aura finalement recroisé la route. Le constructeur aéronautique est désormais son premier partenaire, Driveco exploite 1 800 bornes pour lui. Plus récemment, l’entreprise a aussi remporté un appel d’offres auprès de Carrefour. Une croissance de l’activité soutenue qui ne saurait pour autant se concentrer uniquement sur cela. Rentable dès 2019, Driveco a fait sa première levée de fonds en 2020, auprès de Mirova. Une manière de pouvoir accroître ses équipes et d’investir dans sa technologie. En 2023, l’entreprise a bouclé un nouveau tour de table, de 250 millions d’euros, en faisant cette fois entrer le géant néerlandais APG à son capital. Et cela dans un environnement pourtant défavorable aux grandes levées de fonds dans la French Tech. L’objectif était alors d’investir plus encore dans la technologie, mais aussi de s’étendre en Europe. Désormais, Driveco compte des bureaux en France, en Belgique, en Espagne et en Italie, une équipe de plus de 150 personnes dans l’Hexagone et a un objectif ambitieux : avoir ouvert 60 000 bornes de recharge à l’horizon 2030 en Europe. Pour l’instant, la barre des 10 000 bornes a été franchie, avec 6 500 d’entre elles déjà en exploitation.

Surtout que la dynamique commerciale de l’entreprise ne fléchit pas. Driveco joue le jeu de la transparence en publiant son bilan d'activité et la scale-up a enregistré 35 millions d’euros de revenus en 2023, soit une hausse de 40 % sur un an. De quoi mettre le cap sur la suite, d’autant qu’Ion Leahu-Aluas mesure bien l’importance de son activité dans la diffusion de la mobilité électrique. "L’inquiétude quant à la capacité de recharger un véhicule électrique sans problème est le premier des freins à son adoption. Adresser ce frein psychologique est notre priorité absolue. La réglementation doit intervenir pour encourager la transition, et tenir compte des enjeux industriels", pointe-t-il, alors même que Driveco a toujours fait le choix de fabriquer ses bornes propriétaires près d’Angers. Pas de quoi, en revanche, le décourager ou le faire changer de cap quant à sa voie professionnelle. "Quand on veut avoir un impact positif et que l’on est attaché à la performance, qu’y a-t-il de mieux ?", conclut le dirigeant.

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