Feuilleton de l'été / Pierre-Olivier Chotard / Ciri
Feuilleton de l'été
Pierre-Olivier Chotard / Ciri
Série d’été - ces jeunes leaders qui construisent la France de demain /
Pierre-Olivier Chotard, secrétaire général du Comité interministériel de restructuration industrielle
La chose publique parcourt les veines de Pierre-Olivier Chotard. "Mon père était fonctionnaire territorial tout comme ma mère qui fut médecin scolaire. Ma grand-mère a travaillé aux PTT tandis que mon grand-père était CRS", explique à WanSquare, le secrétaire général du Comité interministériel de restructuration industrielle (Ciri). C’est au cours de ses études supérieures qu’il réalisera vouloir s’inscrire dans les pas familiaux. Très porté sur l’économie, l’homme de 39 ans est parvenu à intégrer HEC Paris après des études littéraires. "C’est là que j’ai vraiment découvert la finance de marché et d’entreprise. Sur le versant économie, les cours d’Eloïc Peyrache [spécialisé en économie industrielle, aujourd’hui directeur général d’HEC, ndlr] m’ont également fasciné", rapporte Pierre-Olivier Chotard.
Il garde un très beau souvenir de son premier stage réalisé durant sa scolarité au sein de la prestigieuse école, stage qui aura une influence certaine sur la suite de son parcours. "J’avais rejoint les équipes internationales de la Direction générale du Trésor qui suivaient le Fonds monétaire international et les G7, G20 ", se rappelle-t-il. "Nous étions en pleine en crise financière mondiale, cela m’a donné le virus", ajoute Pierre-Olivier Chotard, qui avance que cet épisode fut déterminant dans sa volonté de rejoindre le secteur public.
Pour ce faire, il choisit la voie royale. Après avoir étudié le droit public à la Sorbonne, il prépare le concours de l’Ecole nationale d’administration (ENA). Il l’obtient, comme son père avant lui, et fait alors partie de la promotion "Marie Curie" aux côtés de Damien Ientile, directeur de l’Urssaf, Florian Colas, directeur général des douanes et des droits indirects, Paul Bazin, directeur général délégué de France Travail ou encore Angélique Delorme, directrice générale adjointe du musée du Quai Branly.
Son classement de sortie lui permet de choisir la DG Trésor et il revient alors dans le département où il avait évolué quelques années plus tôt. Adjoint au chef du bureau "stratégie européenne", il est chargé de la préparation des réunions de l’Eurogroupe et du Conseil Ecofin. "J’avais la chance d’accompagner le ministre et le directeur du Trésor à l’occasion de leurs déplacements à Bruxelles, ce qui a représenté une expérience particulièrement riche", explique-t-il. La crise des dettes souveraines frappe l’Europe et il devra travailler à l’élaboration des plans de sauvetage du Portugal, de Chypre ou encore de l’Irlande ainsi que le second de la Grèce. Œuvrer à la création du Mécanisme européen de stabilité (institution qui apporte un soutien sous condition aux Etats en difficulté financière), qui a succédé au Fonds européen de stabilité financière, occupera également ses journées.
Deux ans plus tard, une autre facette de Bercy se dévoile à Pierre-Olivier Chotard : l’Agence des participations de l’Etat. "Je ressentais le besoin de me plonger dans des problématiques plus microéconomiques et d’apprécier comment la puissance publique agissait au travers des entreprises au sein desquelles elle possédait une part au capital", témoigne-t-il. Il sera chargé entre autres du suivi d’Alstom. "Le contexte était celui de la cession de sa branche "énergie" à General Electric, l’Etat se devait d’encadrer de certains garde-fous cette opération et monter au capital d’Alstom Transport pour s’assurer que cette plus petite entité puisse poursuivre son activité de manière satisfaisante", indique Pierre-Olivier Chotard, qui travaillait en parallèle sur les entreprises de l’audiovisuel public et la Semmaris (Société d’économie mixte d’aménagement et de gestion du marché d’intérêt national de Rungis).
La macroéconomie signera par la suite son retour dans son itinéraire et l’emmènera à Washington. Il devient conseiller auprès de l’administrateur représentant la France au Fonds monétaire international (FMI). Près d'un an un plus tard, il est nommé administrateur suppléant au sein de l’autre institution internationale phare de la capitale des Etats-Unis : la Banque mondiale. S’ils sont plutôt méconnus du grand public, ces postes jouissent d’un certain prestige et furent notamment occupés dans le passé par Alexis Kohler, secrétaire général de l’Elysée, Bertrand Dumont, directeur du Trésor mais aussi Anthony Requin, ex-directeur général de l’Agence France Trésor.
Auront marqué son passage : une très forte augmentation de capital pour la Banque internationale pour la reconstruction et le développement et la Société financière internationale (filiales de la Banque mondiale). "Cet argent frais a notamment permis de doper les moyens dédiés à la transition écologique à un moment où le président Donald Trump tentait de limiter l’action de la Banque mondiale en la matière", se remémore Pierre-Olivier Chotard. Il y eut également la reconstitution historique du fonds concessionnel pour les pays les plus pauvres (Association internationale pour le développement).
Après son aventure de trois ans chez l’Oncle Sam, il retrouve le douzième arrondissement de Paris, ce peu après que la France a connu son premier confinement en réponse à la propagation du Covid-19. C’est le secteur financier qui, cette fois-ci, fera l’objet de toute son attention, étant nommé chef du bureau "services bancaires et moyens de paiement" de la DG Trésor. La règlementation des crypto-actifs apparaît comme le sujet du moment. "Facebook avait annoncé son souhait de lancer une monnaie mondiale, ce qui nous inquiétait car cela remettait en cause la souveraineté monétaire des Etats", souligne-t-il. La conception de ce qui deviendra le règlement européen Mica (Markets in Crypto-Assets) sera sa principale tâche. Les Vingt-Sept étant sous présidence française durant une fraction de ce chantier, Pierre-Olivier Chotard fera partie des équipes pilotant les trilogues (Parlement européen, Conseil de l’Union européenne et Commission européenne) à Bruxelles. "J’ai pris beaucoup de plaisir à apprendre à écrire la loi ainsi qu’à découvrir d’autres volets de la finance", explique-t-il.
Puis, un matin, son patron, Sébastien Raspiller, chef du service "financement de l’économie" au Trésor (aujourd’hui secrétaire général de l’Autorité des marchés financiers) l’appelle. "Il m’informe que le poste de secrétaire général du Ciri va se libérer, il m’a fallu à peine deux secondes de réflexion pour me décider à candidater", rapporte Pierre-Olivier Chotard, qui entrera en fonction en septembre 2022.
Fondé quarante ans plus tôt, l’organisme rattaché à Bercy a pour objectif d’accompagner dans la mise au point et le financement de leurs plans de retournement les entreprises de plus de 400 salariés. "Nous essayons de venir en aide aux entreprises trop endettées ou qui ont une mauvaise stratégie qui provoque une sortie de leur marché, les deux phénomènes pouvant évidemment se cumuler", résume Pierre-Olivier Chotard. Il ne tardera pas à être aux prises avec deux des plus gros dossiers que l’institution ait eus à gérer depuis qu’elle a vu le jour : Casino et Atos. "L’avenir de plusieurs milliers de personnes est en jeu, nous avons donc une pression supplémentaire sans compter celle que font peser les médias. De plus, ces deux entreprises étant cotées, cela bouleverse nos habitudes puisque d’ordinaire nous opérons dans la confidentialité", explique le haut fonctionnaire, qui rend compte chaque semaine à l’Elysée, Matignon et aux plus hautes sphères du ministère de l’Economie et des Finances.
Pour autant, "cela reste des dossiers de restructuration, ce n’est pas parce que c’est plus gros que c’est plus difficile, au contraire", affirme Pierre-Olivier Chotard. "Il y a tellement d’urgentistes autour du patient que c’est plus facile qu’un dossier plus petit où l’on est tout seul à essayer de trouver une solution", illustre-t-il, rappelant que ces cas représentent une très grosse proportion des travaux du Ciri.
Pour ce qui est de la suite à donner à sa carrière professionnelle, celui qui estime avoir à réaliser encore 1 000 choses dans le secteur public ira "là où l’Etat souhaitera m’utiliser", dit-il en plaisantant, mettant en avant le caractère inattendu de certaines missions. "Récemment, en l’espace de deux mois, j’ai été envoyé trois fois en Nouvelle-Calédonie en lien avec les difficultés de la filière nickel", remarque-t-il.
Reste qu’il est ouvert à explorer d’autres contrées. "Le Ciri m’a montré qu’il n’y avait pas qu’au sein de l’Etat que l’on était utile à ses concitoyens. En étant en entreprise ou en banque etc., on apporte aussi sa pierre à la construction collective", juge Pierre-Olivier Chotard.
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