Entreprises / Actions / Eurofins
Entreprises / Actions
Eurofins
Eurofins déclenche la deuxième phase de sa riposte contre Muddy Waters / Avec un résultat incertain
"Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose", dit l’adage. Il est dans l’intérêt du groupe de laboratoires d’analyses Eurofins cependant de réduire le plus possible les séquelles des attaques récemment portées à son encontre par le fonds activiste américain Muddy Waters. Après une première réponse faite immédiatement après la publication fin juin du rapport à charge du hedge fund, le groupe fondé et dirigé par Gilles Martin a choisi de développer ses arguments de manières plus détaillée. Et ce afin de "réfuter les accusations les plus flagrantes et les informations trompeuses diffusées intentionnellement" par Muddy Waters, à qui la situation profite bien évidemment en tant que vendeur à découvert sur l’action.
En reprochant à Eurofins une structure d’entreprise "optimisée pour les malversations" et d’être contrôlé "au mieux, par un actionnaire de contrôle parasite qui siphonne l’argent de la société depuis deux décennies", en ciblant la famille Martin, à la tête de 32,7 % du capital, le fonds spéculatif n’y est certes pas allé de main morte. Selon Muddy Waters, Gilles Martin aurait "détourné l’argent d’Eurofins pour construire son portefeuille de biens immobiliers commerciaux". Pêle-mêle, le hedge fund pointe ainsi des transactions immobilières entre parties liées, une comptabilité complexe semblant conçue pour "maximiser la confusion" et des contrôles internes et une gouvernance faibles.
Après avoir dans un premier temps, répondu que ces allégations étaient "soit inexactes, soit non pertinentes, soit partiales et/ou trompeuses", le groupe a donc publié mercredi un document pour répondre de manière détaillée à toutes les accusations (au nombre de 13) formulées contre lui par le fonds spéculatif Muddy Waters.
Sur sa gouvernance, la société argue notamment que seuls trois des huit membres du conseil d’administration sont des membres de la famille Martin. "Les cinq membres restants sont indépendants et forment la majorité (63 %)", tandis qu’"aucun membre de la famille Martin ne siège dans les comités du conseil d’administration", répond-elle.
Eurofins souligne également la séparation totale de ses liquidités de celles des sociétés de Gilles Martin, défend la solidité de son système d’information financière, reposant sur "des applications financières standard reconnues pour les plates-formes comptables en Europe et en Amérique du Nord". Plus spécifiquement, s’agissant d’un reclassement de 682 millions d’euros de créances et de passifs qu’aurait effectué Deloitte au titre des comptes de 2022 dans une filiale, Eurofins explique que celui-ci était lié non pas à "des pools de trésorerie mais à des positions de créances et de dettes intra-groupe avec d’autres sociétés du groupe qui n’étaient pas compensées initialement et qui l’ont été dans la version amendée".
Quant au volet immobilier, beaucoup mis en avant par Muddy Waters, le groupe dément aussi tout lien avec un vendeur de biens lors de transactions, et réaffirme que "les transactions de location entre parties liées sont réalisées dans des conditions de concurrence normale".
Une défense plutôt bien accueillie en apparence sur le marché, où l’action Eurofins regagnait 4,1 % à 46 euros mercredi. Pour autant, le titre demeure loin de ses niveaux autour de 53 euros d’avant la publication du rapport à charge de Muddy Waters. La défense d’Eurofins est compliquée, ou facilitée - c’est selon - par le fait que l’angle d’attaque n’est pas nouveau. Ce n’est pas la première fois que l’opacité des comptes d’Eurofins ou que des opérations immobilières réalisées avec des entités appartenant à Gilles Martin sont pointées du doigts. De nombreux points soulevés par le hedge fund sont similaires à ceux du rapport du même type émis en octobre 2019 par Shadowfall, un autre fonds activiste. S’ajoutaient à l’époque de fortes inquiétudes sur l’endettement de l’entreprise, finalement balayées grâce au surcroît d’activité entraîné par la pandémie de Covid-19, dont la manne lui a permis d’assainir sa situation financière.
Restent les autres points, auxquels Eurofins n’a peut-être pas fini de devoir répondre. Or, comparé à celui de Shadowfall, le pouvoir de nuisance de Muddy Waters est sans aucun doute bien supérieur. Ce n’est pas Casino, ou Solutions 30, qui diront le contraire.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

