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Rexel défend sa valeur face au milliardaire américain Brad Jacobs / Une proposition à 8,5 milliards d’euros jugée trop basse
Cela faisait un certain temps qu’un projet d’OPA, fut-il déjà caduc, n’avait pas visé une grande entreprise française cotée. En ce sens, l’offre non sollicitée, rejetée dimanche par Rexel, constitue sans nul doute un signe encourageant supplémentaire quant à la reprise progressive des affaires en matière de fusions et acquisitions. Un reflet aussi de la vitalité de la place parisienne, et une illustration, si besoin était, de l’attractivité que peuvent exercer nos fleurons.
Pour autant, le distributeur français de matériel électrique Rexel, issu de de la Compagnie de distribution de matériel électrique (CDME), créée en 1967 par la Compagnie Lebon, société familiale d’investissement dont les origines remontent à 1835, n’a pas forcément envie de servir de marchepied aux très récentes ambitions du milliardaire américain Brad Jacobs dans le secteur des produits de construction. Et en tout cas pas au prix proposé.
S’il a pris le soin de l’examiner "en détail", le conseil d’administration de Rexel a rejeté dimanche la proposition préliminaire qui lui était parvenue quelques jours auparavant dans une lettre envoyée par la société américaine QXO dirigée par Brad Jacobs. Celui-ci étant conseillé par Morgan Stanley, et Rexel par Rothschild et Bredin Prat.
QXO a offert un prix indicatif compris entre 28 et 28,4 euros par action, soit un montant total d’environ 8,5 milliards d’euros. Cela représente certes une prime de 22 % par rapport au cours de clôture de vendredi de 22,97 euros, mais "de seulement 14 % sur le cours moyen des 6 derniers mois (24,76 euros)", observe le cabinet Oddo BHF. Le haut de la fourchette de 28,4 euros est même inférieur au sommet de 28,88 euros atteint fin mai.
Création de valeur
Il est vrai que le fournisseur de matériel électrique a vu son cours de Bourse récemment sanctionné après l’abaissement de sa fourchette de marge pour cette année, dans un environnement plus complexe marqué par des incertitudes politiques et un marché plus concurrentiel. Ce qui a pu créer une opportunité dont le milliardaire américain a tenté de profiter.
Mais cette situation particulière fragilise aussi l’argument de la valorisation du candidat acquéreur. Dans sa réponse à la société QXO, Rexel a bien pris soin de souligner que la proposition reçue "sous-valorise de façon significative la société et ne reflète pas le potentiel de création de valeur que recèle son plan stratégique Power Up 25", plan présenté il y a un peu plus de deux ans, et mis à jour lors d’une journée investisseurs en juin dernier. Une opinion que partagent plusieurs analystes.
Il est légitime de penser aussi que le groupe français se trouve davantage en capacité de créer lui-même de la valeur qu’avec l’aide d’un nouveau venu dans le secteur. Fondateur du géant du transport et de la logistique XPO Logistics, Brad Jacobs est réputé pour sa stratégie de croissance par acquisitions et sa capacité à optimiser les opérations.
Mais il n’en est pas moins totalement novice dans le secteur des produits de construction sur lequel il a lancé fin 2023 sa nouvelle entreprise QXO, quand bien même il affiche d’importantes ambitions sur ce marché qu’il considère comme très fragmenté et présentant de grandes opportunités de consolidation. Après plusieurs placements privés, QXO dispose d’ailleurs d’une importante force de frappe évaluée à 5 milliards de dollars.
Et bien que la société américaine n’envisage pas de soumettre une nouvelle proposition à Rexel à ce stade, selon Reuters, son initiative aura eu le mérite de jeter coup de projecteur bienvenu sur la sous-valorisation du groupe français, dont l’action gagnait 9 % lundi, à 25 euros.
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