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Les entreprises, ces catalyseurs de progrès sur qui compter / Des attentes qui vont des plus petites aux plus grandes
Vaste notion qu’est le progrès. Technologique, médical, environnemental, économique, scientifique… le mot se niche dans toutes les strates de la société et appelle aussi à des ressentis différents. Il y a pourtant une catégorie de protagonistes qui semble pouvoir en être le vecteur tout trouvé, tant du point de vue des citoyens que des dirigeants français : les entreprises. En parallèle de la tenue de l’évènement annuel de Bpifrance, le BIG, son laboratoire d’idées Le Lab révèle en effet cet après-midi une étude portant sur la thématique choisie pour cette édition marquant son dixième anniversaire. Soit le progrès, évidemment.
L’occasion de croiser les regards des Français et de près de 500 patrons, qui ont donc trouvé un terrain d’entente. Car outre les institutions de recherche qui restent favorites - et dont les liens avec le monde de l’entrepreneuriat se resserrent au travers de la deeptech -, les PME et TPE, les start-ups et les grandes entreprises apparaissent comme les acteurs du progrès les plus crédibles à leurs yeux. La popularité des TPE et PME se fait d’ailleurs tout particulièrement valoir, elles qui sont plébiscitées à hauteur de 94 % par les dirigeants et de 75 % par les Français. "La dimension territoriale est importante car une PME est souvent une entreprise près de chez soi, celle dont on a une expérience plus ou moins directe et avec laquelle il y a une proximité. On est toujours plus sensible à ce qui est proche. La notion de petite structure joue également, le scepticisme à l’égard des acteurs grandit aussi avec leur taille", explique à WanSquare Élise Tissier, la directrice de Bpifrance Le Lab.
Devant la sphère publique
Rien de trop étonnant, donc, à ce que les collectivités territoriales soient l’échelon institutionnel incarnant le plus le progrès selon les répondants (66 % chez les citoyens, 70 % pour les patrons) plutôt loin devant l’Union européenne, l’État ou encore les organisations internationales. Reste, pourtant, que les grandes entreprises semblent elles aussi attirer (certes, dans une moindre mesure) la confiance. "Les attentes à leur égard sont fortes. Il y a les mécanismes de partage de la valeur, relatifs au progrès social, qui sont à prendre en compte. Et leurs pratiques peuvent influencer tout un écosystème de PME. Elles représentent une force de frappe qui peut contribuer à écrire un récit collectif du progrès", souligne Élise Tissier.
Il faut dire que cette notion de perception collective a de l’importance. Car le sentiment de vivre dans un pays en progrès ne fait pas nécessairement l’unanimité. Seuls 37 % des dirigeants l’estiment et 29 % chez les citoyens. Il est aussi possible de prendre le résultat dans l’autre sens, observe Élise Tissier : "Notre étonnement vient plutôt de la foi dans le progrès. C’est une notion que nous défendons chez Bpifrance, mais nous ne sommes manifestement pas les seuls à y croire. D’autant que le terme provoque, presque unanimement, un imaginaire positif". Certaines nuances se dessinent toutefois entre les citoyens et les dirigeants. Il y a par exemple le sujet d’accessibilité. Pour les patrons, le progrès serait plutôt un bien commun, alors que les citoyens l’imaginent comme réservé à une minorité. Et notamment sur le plan socio-économique.
Question de "technosolutionnisme"
C’est en fait surtout le progrès scientifique et technologique qui semble concentrer les espoirs. Notamment parce que près de neuf Français sur dix pensent que leurs descendants connaîtront de telles avancées. Et de fait, dirigeants comme citoyens sont majoritairement convaincus de la capacité de la technologie à produire un monde meilleur. C’est notamment le cas des solutions pour lutter contre le réchauffement climatique, même si certains remparts s’érigent davantage du côté des citoyens, convaincus à plus de 40 % que le progrès technologique et technique consomme trop de ressource.
Effectivement, appuie Élise Tissier, il ne s’agit pas de tomber dans un "technosolutionnisme" absolu : "L’entrepreneur Xavier Duportet, CEO d’Eligo Bioscience, qui était présent à 'la Deeptech voit BIG' hier a parfaitement expliqué ce qui relie l’innovation au progrès : avoir l’obsession du problème à résoudre, et non pas de la technologie. L’idée n’est pas de faire de la Tech pour de la Tech, car l’innovation ne représente pas forcément le progrès. Et encore moins pour le plus grand nombre. Même si cela va en s’améliorant : il n’y avait pas beaucoup de monde qui faisait de la deeptech il y a dix ans". Car les innovations, technologiques ou non, semblent bien provoquer quelques ambivalences en matière de progrès, alors que certains cas tangibles suscitent la méfiance. Un bon exemple serait celui de la différence entre les vaccins et les réseaux sociaux, explique l’étude. Les premiers sont unanimement reconnus comme un progrès, les seconds beaucoup moins. L’opinion sur l’intelligence artificielle reste quant à elle partagée.
À la portée d’un plus grand nombre
À Xavier Jaravel, économiste professeur à la London School of Economics, interrogé dans le cadre de cette étude, d’expliquer lui aussi que l’ouverture de l’accès aux professions d’innovateurs permettraient à leurs produits d’être plus nombreux et plus diversifiés. Objectif ? Avoir une stratégie nationale "d’innovation pour tous", relève-t-il. "Nos politiques publiques se concentrent sur la subvention de l’innovation pour la rendre moins coûteuse, ce qui a un effet d’entraînement faible. Le cœur du problème réside dans le manque de talents et non de financements", souligne Xavier Jaravel. Ce qui passera nécessairement par l’éducation, afin de démocratiser l’accès à la science et aux carrières entrepreneuriales.
Pour l’instant, charge donc aux entreprises d’incarner et de porter le progrès en avant, qu’elles se rangent du côté des innovatrices ou qu’elles incarnent la notion dans un sens plus large. "Cette confiance veut dire qu’il y a des attentes élevées vis-à-vis d’elles. On attend des entreprises qu’elles créent des emplois, qu’elles développent des biens et des services répondant à des besoins. Notre responsabilité est aussi de travailler sur ces progrès, dans toutes leurs dimensions", insiste Élise Tissier.
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