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Les grands patrons égrènent leurs conseils sur la scène de BIG / De la longévité aux bienfaits de risquer l'échec, en passant par le progrès

Plusieurs dirigeants des entreprises françaises les plus incontournables ont fait le déplacement, ce jeudi, pour venir s’exprimer à l’occasion de l’évènement annuel de Bpifrance, le BIG. Alors que le thème du progrès a régi cette dixième édition, les grands patrons tricolores n’ont pas hésité à partager leur vision du sujet. Assemblée composée de nombreux entrepreneurs oblige, ils en auront aussi profité pour leur prodiguer quelques recommandations.

Le rendez-vous avait été pris à l’Accor Arena à Paris. Et ce jeudi, pour la dixième édition de l’évènement Bpifrance Inno Génération (BIG) de la banque publique d’investissement française, le fil rouge était clair : celui de parler de progrès. "BIG est né de cette volonté de célébrer, en grand, la perspective du progrès et de la culture du risque", a entamé Nicolas Dufourcq lors de son discours d’introduction. "La France est une Californie qui s’ignore, disions-nous alors. Et nous nous disions aussi qu’il fallait terrasser le dragon de l’amertume française", a poursuivi le directeur général de Bpifrance.

Des représentants de la French Tech, comme les cofondateurs respectifs de Pigment et Back Market Eléonore Crespo et Thibaud Hug de Larauze, des dirigeants d’entreprises de la cote parisienne, à l’instar du président-directeur général de VusionGroup Thierry Gadou, de celui de Believe, Denis Ladegaillerie ou du patron d’Arverne Group Pierre Brossollet, des dirigeants d’ETI comme Caroline Poissonnier, la directrice générale du groupe Baudelet, des chercheurs et des scientifiques, parmi lesquels le chef de l’intelligence artificielle chez Meta Yann Le Cun, l'un des cofondateurs de Pasqal Christophe Jurczak et le professeur Alain Fischer, ou même le ministre de l’Économie, des Finances et de l’Industrie Antoine Armand : une foule d’acteurs réunis par les liens de l’entreprise se sont succédé, au fil de la journée, sur la scène principale de l’évènement, afin de partager leur vision du progrès. Ou bien pour donner quelques conseils avisés à l’assemblée, ce qui aura notamment été le cas des patrons des plus grandes entreprises françaises.

 

Durer dans le temps

 

Axel Dumas, le gérant d’Hermès International a commencé par offrir sa vision de la longévité, alors que le groupe qu’il dirige est aujourd’hui presque bicentenaire. "Je le dis pour les entrepreneurs : cela peut marcher et cela peut durer. Il faut avoir de belles idées à l’origine, des choses qui font sens et qui vous différencient des autres. Nous, c’était de faire les objets en cuir de la plus grande qualité possible. Et c’est encore le cas aujourd’hui. Gardez votre personnalité, dans les difficultés et les succès. Et gardez votre indépendance", a débuté le dirigeant de la maison de luxe.

Retraçant la manière dont l’arrivée de l’automobile aurait pu réduire l’affaire familiale, reposant sur la sellerie, à néant, il a expliqué : "On avait un client, c’était le cheval. À l’époque, l’entreprise s’appelait Hermès Frères. L’un des deux a décidé que cela ne valait plus la peine et a vendu ses parts. Mon arrière-grand-père a repris l’affaire, a gardé tous ses collaborateurs et a trouvé de nouveaux clients". Les artisans qui fabriquaient alors exclusivement des selles se sont aussi mis à faire des sacs et des malles pour automobiles, ceux qui avaient la charge des mors pour chevaux et des étriers ont transité vers la bijouterie, ceux qui faisaient des casaques pour les jockeys ont commencé à faire des carrés de soie. "On a inventé, en dix ans, tous les métiers actuels d’Hermès. On peut perdre l’ensemble de ses clients et survivre. Le frère d’Émile Hermès a tout investi dans l’immobilier… je peux vous dire aujourd’hui que l’entrepreneuriat marche mieux que la rente immobilière", a plaisanté Axel Dumas.

Effectivement, le monde change perpétuellement. Et certaines révolutions technologiques sont encore venues mettre leur grain de sel dans les affaires d’Hermès. Les téléphones portables ont par exemple enrayé les ventes d’agenda, les méthodes de paiement au travers des mobiles pourront aussi, peut-être, avoir un impact à terme sur la popularité de la petite maroquinerie, comme les portefeuilles. "À nous, maintenant, de réinventer des métiers qui nous permettront de garder nos artisans. À vous de faire du changement un progrès. La culture de la tradition n’empêche pas l’amour du progrès", a assuré le gérant d’Hermès.

 

Innovations, progrès et risquer l’échec

 

Un amour du progrès résolument partagé par Xavier Niel, le fondateur et président du groupe Iliad. "Il y a des gens qui ont un master en pessimisme", a regretté l’homme d’affaires, bien connu pour être un serial investisseur de start-ups. Il faut dire qu’avec plus de 30 années passées à évoluer dans l’univers de la technologie à son actif, Xavier Niel n’a pas hésité à le souligner : du minitel à l’apparition d’internet ou des moteurs de recherche, chaque nouvelle innovation aurait pu être vécue comme une fin en soi, sans laisser présager de ce qui allait se passer par la suite. Et pourtant, même en ce qui concerne son entreprise de télécommunications, le dirigeant l’assume : il ne sait pas de quoi sera fait demain et son entreprise devra bien s’adapter à cela. "Ce que je sais en revanche, c’est que ce sont les gens comme vous qui font progresser le monde", a-t-il adressé aux entrepreneurs de la salle. "Sans vous, il n’y a pas de progrès et demain sera mieux qu’aujourd’hui", a poursuivi Xavier Niel.

Pour le directeur général de L’Oréal, Nicolas Hieronimus, le lien entre les entrepreneurs et le progrès est là aussi clair : l’innovation. Mais dans tous les sens du terme. "Il n’y a pas de vrai progrès sans valeur. Le succès commercial et l’amélioration du niveau de vie sont des choses importantes, mais le vrai progrès, c’est l’innovation sociale", a relevé le patron du géant de la beauté, faisant notamment référence aux programmes d’actionnariat salarié. Selon lui, cette notion de valeur serait l’un des trois piliers de celle du progrès. Les deux autres ? L’état d’esprit, tout d’abord, soit la curiosité des intuitions et de la résilience. Et l’acceptation de l’échec, ensuite. Pour illustrer son propos auprès des entrepreneurs, Nicolas Hieronimus a pris l’exemple d’une gamme pour hommes, lancée par ses soins chez Garnier au début de sa carrière. Un accident commercial. Des années plus tard, le concept revu a été lancé chez L’Oréal Beauty et sera devenu un succès mondial. "Ne pas accepter le risque d’échec, c’est censurer le progrès", a insisté le directeur général de L’Oréal.

 

Jouer collectif

 

Quoi qu’il en soit, le progrès devra être collectif ou ne sera pas. Sabrina Soussan, la présidente-directrice générale de Suez, en a fait la démonstration, alors que le secteur dans lequel évolue son entreprise est un cas d’exemple de la thématique tout trouvé. "Le progrès c’est un travail d’équipe, une aventure collective. Je crois également que même si la notion de progrès est universelle, chaque environnement a besoin de progrès différents. Par exemple dans le domaine de l’eau, le progrès dans un pays européen sera d’avoir de l’eau sans calcaire. Dans un pays en développement, cela sera d’avoir accès à l’eau potable. Ce qui ne change pas, c’est que le progrès est le fruit du travail, de la détermination. C’est un socle intangible", a-t-elle observé. À chacun de définir son rôle pour participer au progrès, a poursuivi la dirigeante, expliquant que sa manière à elle de le faire avait été de choisir de prendre les rênes d’une entreprise dont le cœur de métier est d’apporter de l’eau. "C’est un cas emblématique de la manière dont un progrès technique peut entraîner le progrès social et humain", a insisté Sabrina Soussan.

Selon la dirigeante, la décomposition du progrès serait en fait simple à faire : une réaction en chaîne et à effets positifs. "Je pense que nous avons une chose en commun, nous les entrepreneurs, c’est de vouloir apporter des solutions, contribuer au progrès, pour améliorer la vie des hommes et des femmes. Ce qui compte, c’est d’agir avec conviction", a-t-elle pointé. De la conviction, qui rime aussi avec ambition, a expliqué Maurice Lévy, qui occupe le poste de président d’honneur de Publicis, après trente années passées à diriger le groupe. Son mentor, le fondateur du désormais géant mondial de la communication Marcel Bleustein-Blanchet, lui répétait une expression de Charles de Gaulle : "Montez plus haut, il y a moins de monde". "Ça voulait dire 'levez-vous, grimpez plus haut, encore plus haut'. Cette volonté est devenue un réflexe de progression. C’est sur ce terreau que j’ai fait de cette maxime la mienne et que je l’ai aussi utilisée pour Publicis", a conclu Maurice Lévy.

 

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