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Sanofi vend la moitié d’Opella à CD & R, Bpifrance au capital / Une opération à 16 milliards d’euros assortie de garanties
Le fonds français PAI Partners, qui souhaitait revenir dans la partie, est définitivement hors-jeu. Quelques jours à peine après leur entrée en discussions, Sanofi et le fonds d’investissement américain Clayton, Dubilier & Rice (CD & R) sont entrés en phase de négociations exclusives, ont-ils annoncé lundi. Désormais, plus rien ne devrait donc venir empêcher la cession à celui-ci de 50 % d’Opella, la filiale de médicaments sans ordonnance – dont le célèbre Doliprane – et de compléments alimentaires du groupe pharmaceutique.
Et ce d’autant moins que l’obstacle de la nationalité étrangère de l’acheteur, qui a suscité une levée de boucliers de quasiment tout l’échiquier politique en France, a été levé. Si Opella passera bien sous pavillon américain, l’Etat ne s’opposera pas à la transaction. Fortement mobilisés depuis plusieurs jours autour de ce dossier érigé, d’une façon que l’on pourra ou non juger excessive, au rang de symbole de la souveraineté sanitaire française, Antoine Armand, le ministre de l’Economie et des Finances du gouvernement Barnier, et Marc Ferracci, ministre délégué chargé de l’industrie, ont déployé une grande énergie à obtenir le plus haut niveau de garanties possible pour ce qui concerne le maintien de l’emploi et des sites de fabrication dans l’Hexagone. Au bout du compte, ils revendiquent la signature d’un "accord tripartite inédit".
Comme toujours dans ces cas-là, les engagements pris ont une durée de vie limitée. Le maintien d’un niveau minimum de valeur ajoutée produit sur ces sites a été obtenu pour cinq ans, et "pourra être prolongé par la suite". Une pénalité censée être dissuasive pouvant s’élever jusqu’à 40 millions d’euros s’appliquera en cas d’arrêt de la production sur ces deux sites. De même, les deux ministres ont obtenu l’assurance que 70 millions d’euros y seront investis en cumulés sur les cinq prochaines années. Le gouvernement s’est par ailleurs vu assurer du maintien de volumes minimaux de production en France pour les produits d’Opella qualifiés (à tort ou à raison) de "sensibles" pour la nation. Sont désignés, outre le Doliprane (qui est du paracétamol), le Lanzor (pour le traitement des brûlures d’estomac) et l’Aspegic (aspirine bien connue sous forme de poudre).
Pour s’assurer une influence sur la durée, le mieux est tout de même d’être présent au board. Ainsi, la participation du bras financier armé de la puissance publique à l’opération constitue sans nul doute la garantie la plus solide que les engagements pris seront bien respectés. Bpifrance détiendra une participation (de 2 %) au capital d’Opella, associée à un siège avec droit de vote au conseil d’administration de l’entreprise. "L’entrée au capital de l’État grâce à Bpifrance sont des leviers puissants qui garantiront le maintien et le développement de l’activité d’Opella sur notre territoire", assure ainsi Antoine Armand.
La question de "la souveraineté sanitaire" et du maintien de l’empreinte industrielle étant réglée, la bonne surprise se trouve du côté de la valorisation d’Opella. Celle-ci est annoncée à 16 milliards d’euros, soit tout de même un milliard de plus que le chiffre qui avait circulé.
La vente de la moitié du capital d’Opella au fond CD & R est prévue pour être bouclée au deuxième trimestre 2025. Sanofi maintiendra ensuite une participation significative de 48 % dans sa franchise CHC (Consumer Healthcare). Le but étant de conserver une partie de la création de valeur future de la société dont le groupe s’est déjà employé à simplifier le portefeuille de produits. Celui-ci est désormais recentré sur "15 marques prioritaires, qui représentent les deux tiers de l’activité et qui ont généré 85 % de la croissance au cours des trois dernières années", note le cabinet Oddo BHF. Des marques qui disposent d’un important potentiel, en particulier aux Etats-Unis et sur les marchés émergents, notamment asiatiques. D’où le choix, d’ailleurs, de CD & R dont la dimension mondiale sera mise à contribution. "Nous avons choisi le partenaire ayant les meilleures capacités et les personnes qui nous aideraient à assurer le succès à long terme de l’entreprise", a souligné Paul Hudson, le directeur général de Sanofi, lors d’une conférence téléphonique.
Surtout, la sortie, même partielle, d’Opella va permettre au groupe pharmaceutique d’accélérer sa stratégie. Comme le remarque également Oddo BHF, l’opération permet à Sanofi de "réallouer à bon escient son capital dans la recherche et son business development". Le laboratoire va ainsi pouvoir amplifier le virage pris il y a un an de se concentrer sur ses médicaments et vaccins innovants via l’augmentation de ses dépenses de R & D. Même si dans l’immédiat, Sanofi pourrait vouloir utiliser une partie de son capital pour compenser la dilution mécanique de cette activité par un rachat d’actions.
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